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LA SITUATION COSTEMPORAISE ET SES PROBLEMES

toire. Elle contenait en elle les germes de sa dissolution. Cette transformation se produisit progressivement, dès que les conditions économiques firent préférer l'homme capable de se spécialiser dans son travail et de l'organiser avec celui de ses camarades.

Le trait dominant, en conséquence, de la période des pionniers fut une consistance nationale informe, obtenue à l'aide d'une communauté naturelle de sentiments et d'une similarité générale d'occupation et de bien-être. D'un autre côté, le trait dominant de la période de 1870 jusqu'à nos jours a été la désintégration graduelle de cette primitive cohésion nationale, amenée par les forces économiques favorisant la spécialisation et l'organisation dans toutes les affaires pratiques, la classification sociale et finalement une distinction plus grande de l'individu. D'ailleurs cette tendance vers la spécialisation commença à ébranler la pierre angulaire de l'édifice démocratique du pionnier. Si l'intérêt particulier et le bien public devaient s'harmoniser aussi bien que le pionnier le prétendait, chaque producteur économique devrait être nécessairement un politicien et il ne devrait pas exister de division profonde entre ces activités élémentaires. Mais le premier résultat de cette tendance à la spécialisation fut de faire virer de bord, chacun de son côté, l'homme d'affaires, le politicien et l'homme de loi. Les intérêts commerciaux devinrent si absorbants qu'ils exigeaient tout le temps et l'énergie de l'homme d'affaires; il était obligé de négliger la politique, sauf en tant que la politique pouvait affecter les affaires. De la même manière, les hommes de loi prospères après la guerre étaient moins disposés qu'auparavant à devenir politiciens et hommes d'État. Ils abandonnaient en grande partie les affaires publiques aux avocats moins fortunés. La politique elle-même était devenue une carrière pleine d'exigences où un homme avait à défendre son temps et sa conscience. Les services publics ou les succès militaires n'étaient

plus les voies les meilleures pour atteindre aux distinctions publiques. On devenait célèbre et on se faisait distinguer tout autant, sinon plus, par les succès obtenus dans des occupations particulières et spéciales. Tout en reconnaissant la suprématie des hommes d'Etat et des généraux, les Américains commençaient à admettre celle des financiers (ces « capitaines d'industrie n), des avocats des corporations, des patrons (bosses) de la politique et du travail, et ces personnages jouèrent un rôle des plus importants dans la direction des affaires américaines. Officiellement, les nouveaux chefs étaient tout semblables à n'importe quel autre citoyen américain. On ne pouvait leur conférer aucun titre et leur position n'entraînait avec elle aucune responsabilité publique nécessaire. En fait, cependant, ils exerçaient, en bien des cas, plus d'influence sur l'économie politique et sociale américaine que les gouvernants officiels. Ils étaient des intrus dans le système traditionnel économique, politique et social, — contre lesquels on ne s'était pas pourvu. Leurs intérêts spéciaux et les nécessités de leurs tâches spéciales avaient modifié leur manière de vivre, différente de celle des autres citoyens américains; leurs opportunités spéciales leur avaient permis de s'approprier une part extraordinairement large des fruits du développement économique américain. Ils affaiblirent de la sorte sérieusement l'homogénéité sociale et économique, que le pionnier croyait être la qualité essentielle de l'américanisme fécond.

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