CHAPITRE IV l'union du travail et la tradition démocratique
11 nous reste à examiner un autre exemple décisif de cette organisation spécialisée de l'activité américaine : celui des Unions du travail. La puissance que les Unions ont acquise dans certains centres industriels et la rigueur de leur organisation auraient semblé une anomalie au bon démocrate jacksonien. A son point de vue. la démocratie américaine tout entière était une sorte d'union du travail, dont la constitution politique prévoyait une égale division matérielle des produits du travail ; et si les Etats-Unis étaient restés, comme en 1830, un peuple d'ap^riculteurs, le système jacksonien aurait continué à suffire.
A part certains mouvements locaux, les fermiers n'ont jamais éprouvé le besoin de s'orpi'aniser pour défendre leurs intérêts économiques ou politiques. Mais lorsque l'artisan ou le journalier se rassemblèrent dans les villes, ils s'aperçurent bientôt que la vie dans un État démocratique n'allait pas sans certains intérêts de classe spéciaux. Il n'est pas douteux que leurs salaires ne fussent pour le moins plus élevés que ceux de leurs confrères d'Europe, parce que dans un pays neuf l'oflFre dépassait constamment la demande; mais il arriva jvirfois que le travailleur fut. comme son patron, exposé à des concurrences .sans merci. Le flot large et continu des immigrants étrangers, qui, au commencement, menaient la vie frugale et économe à laquelle ils (Haicnt fails, moins coûteuse que celle à laquelle on
était accoutumé en ce pays, était, surtout dans les temps difficiles, une menace constante non seulement pour l'avancement social de l'ouvTier. mais aussi pour la stabilité de sa situation économique. Alors il commença à s'organiser, en partie dans le but de se protéger contre une pareille concurrence. Pendant les trente années qui viennent de s'écouler, ce travail d'organisation a fait des pas énormes ; il s'est beaucoup accéléré, grâce à la puissance industrielle croissante des grandes corporations. L'artisan et le journalier en sont venus à croire qu'ils devaient opposer organisation à organisation et discipline à discipline. Leur objet, en formant des associations du travail, eut un caractère combatif. Ils avaient le dessein de conquérir une plus grande part du produit économique par l'offensive d'une action commune.
Ils ont pleinement réussi dans leurs efforts pour atteindre leur but. En dépit du flot d'immigration étrangère, le manœuvre américain a pu obtenir un salaire presque constamment augmenté, et il est sincèrement persuadé que les Unions ont contribué plus que tout le reste à établir fortement sa position économique. En conséquence il croit à lunionisme plus qu'à aucune autre doctrine. Il est, en vérité, beaucoup plus ardent à se préoccuper des intérêts de sa classe, dans leur opposition avec ses intérêts individuels, que ne le sont ses patrons. Il n'a pas de respect pour l'individualisme traditionnel américain en tant qu'appliqué à sa condition sociale et économique. Chaque fois qu'il l'a pu, il a supprimé la ronrurrenc<' avec autant de cruauté que ses employeurs. 11 abreuve dt-s reproches les plus injurieux le.s travailleurs (jui ont l'audace de le remplacer (juand il se met en grève, et il ne se fait pas scrupule, dans de telles circonstances, d'employer des armes ])lus convaincantes que les épithète.s le.s plus insultantes Sa personnalité est ab.sorbée par celle de l'Uninn. i'our lui iiiciin individu n'a de rlrnils. s'il.s sont opposés à <<;ux «le 1 l'iiion La <*on«urrenee