‹ Les promesses de la vie américaine;Chapitre 41 sur 123 · L'UNION DU TRAVAIL ET LA TRADITION DÉMOCRATIQUE · texte numérisé non relu

L'UNION DU TRAVAIL ET LA TRADITION DÉMOCRATIQUE

entre patrons lui semble toute naturelle, de même que ceux-ci proclament avec enthousiasme la liberté individuelle du travailleur. Dans son métier il ne supporte d'individualité d'aucune sorte. L'Union doit se composer d'un nombre donné d'unités égales, dont le travail pour le même nombre d'heures reçoit un salaire égal ; personne ne doit en toucher un plus élevé même en travaillant davantage. Le syndiqué en est arrivé à compter sur son Union pour obtenir cette prospérité matérielle et l'avancement social qui. d'après la tradition américaine, devait être le résultat inévitable des idées politiques et des institutions américaines. Son attachement à son Union est devenu le plus fort attachement de sa vie, plus fort même, dans la plupart des cas, que son attachement à l'idéal américain et à l'intérêt national.

Certaines Unions du travail, de même que certaines corporations, ont profité des faiblesses des administrations des villes et de l'Etat pour devenir pleines d'arrogance et défier les lois. A l'occasion d'une grande grève, les grévistes sont souvent aussi violents que la police locale le leur permet. Lorsque la police les empêche de s'opposer par la force au travail des nongrévistes, ils se figurent apparemment que le système politique du pays a été requis pour être mis au service de leurs ennemis, et ils commencent à se demander s'il ne sera pas nécessaire d'intervenir eux-mêmes pour vaincre l'hostilité d'une pareille organisation politique. Le travailleur syndiqué peut éprouver, en général, quelques hésitations à assaillir et maltraiter un pauvre diable de « renard », mais il approuve chaudement de I)areilles attaques et croit que. dans les conditions actuelles des luttes industrielles, elles sont moralement justifiables. En ceci, comme à d'autres égards, il considère l'obligation de sa fidélité à son Union et à sa classe comme supérieure à celle qu il doit à son Etat ot à son pays. Dans l'intérêt de son organisation, il devient un mauvais citoyen et parfois un animal inhumain,

LES PROMESSES DE LA VIE AMÉRlCAliVE.

prêt à estropier ou à tuer un autre homme, tout en supposant qu'il agit ainsi pour son bien et celui de ses camarades.

Le plus sérieux danger auquel l'avenir de la démocratie américaine soit exposé par un unionisme agressif et sans scrupule, réside dans l'état d'esprit dont les violences de la populace ne sont qu'une expression. Les unionistes militants commencent à parler avec conviction , comme s'ils étaient en guerre avec l'ordre social et politique existant, comme si le système politique américain était hostile à leurs intérêts, ainsi que pourrait l'être celui d'une monarchie ou d'une aristocratie européenne. Ils propagent systématiquement l'idée que le gouvernement américain favorise le millionnaire au détriment du salarié ; les faits qui viennent à l'appui de cette allégation, soit superficiellement, soit réellement, sont assez nombreux pour lui gagner un nombre de plus en plus considérable d'adhérents. Le travailleur syndiqué a une tendance à se méfier non seulement de son employeur, mais aussi de la constitution de la société américaine. Ses mœurs deviennent celles de gens engagés dans la lutte jjour la vie. Les manifestations actives de cet état d'esprit ne sont pas très nombreuses, bien qu'en maintes circonstances elles aient revêtu un aspect assez sinistre. Mais elles sont assez nombreuses pour exiger une sérieuse attention, car la littérature en vogue parmi les unionistes est une littérature non iseulcmeni de mécontentement, mais quelquefois de révolte.

Je n'ai j)as la prétention de prédire si ce syndicalisme agressif deviendra jamais assez populaire pour mettre en danger 1 Onlre politique et social américain Les dangers pr.iiii|ucs (|ui (mi résulteraient à un moment <lonné seront grandement neutralisés par la m'ule étendue du pays et In complexité de son éc«)nomie sociale ci industrielle. La menace qu'il renferme pour la nation dan» son ennemble ne pourra guère avoir de conséquences criti(]ueH. t.mt '|u une proportion aussi ctJnsidérable d'électeurs ckmcricain.s sera toruivt- ])nr »l«'s fermiers propriétaires Mais si

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