NATIONALITÉ ET CENTRALISATION
L'organisation politique fédérale a toujours tendu à obscurcir dans l'esprit américain la relation entre démocratie et nationalité. La nation, en tant que corps légal, fut, naturellement. créée par la Constitution, qui accorda au gouvernement central certains pouvoirs et certaines responsabilités spécifiques, et diminua, presque dans les mêmes proportions, les pouvoirs et responsabilités des Etats séparés. En conséquence, pour la grande majorité des Américains, le progrès de la nationalisalion croissante semble devoir impliquer un accroissement des fonctions du gouvernement central Pour la même raison, il est probable que l'on interprétera l'affirmation d'une relation constructive entre le principe national et le principe démocratique, comme une simple icnlative sur le terrain de la théorie abstraite pour limiter le pouvoir du gouvernement des Etats et dénigrer leurs droits. Une pareille interprétation serait, cependant, essentiellement erronée. Elle se baserait sur l'idée même contre latjuelle je n'ai cessé de protester — l'idée <|ue la nation américaine, au lieu de représenter un ])rin(ipe politique vivant et formatit, n'est .simplement (jiie le syst«'me politique eréé par la ('onslitution fédérale; elle al>outirail à la conclusion absurde que les i)romesses de la démocratie américaine ne Hauraient se réaliser <nie |)ar 1 abolition des in.stituiions politiques locales américaines.
SATIOSALITE ET C E STRAUS ATIOy.
La nationalisation de la vie américaine — politique, économique et sociale — signifie quelque chose de plus que la centralisation fédérale, quelque chose d'entièrement différent. Nationaliser un peuple, cela n'a jamais eu comme signification unique centraliser son gouvernement. Peu à peu une organisation politique, entièrement nationale, a pris en Europe la signification d'une organisation unissant l'autorité effective à certaines responsabilités envers le peuple ; mais l'intérêt national a pu consister aussi bien à demander la décentralisation que la centralisation. La Prusse de Frédéric le Grand, par exemple, souffrait d'un excès de centralisation. Pour lui rendre la vitalité nationale, tâche à laquelle le gouvernement se consacra après les désastres de 1806, il fut nécessaire de donner une nouvelle vigueur aux membres locaux du corps national. En ceci, comme en beaucoup d'autres cas semblables, l'intérêt et le bien-être national furent le but proposé, et, pour l'atteindre, une mesure, plus ou moins grande, de gouvernement centralisé, fut le seul mécanisme nécessaire. La marche de la centralisation n'est pas, comme celle de la nationalisation, une transformation politique essentiellement formative et éducatrice Lorsqu'un peuple est en voie de se nationaliser, son organisation politique, économique et sociale, se coordonne avec ses besoins actuels et son idéal moral et politique. On doit regarder la centralisation gouvernementale comme l'un des nombreux moyens à prendre, ou à ne pas prendre, dans le but d'effectuer ce dessein. Comme tout autre aspect do l'organisation nationale, il doit être jugé sur ses fruits. 11 n'y a pas de présomption en sa faveur, il n'y a pas non plus de présomption contre lui. Qu'une fonction donnée doive être, ou ne pas être, exercée par le gouvernement central dans un système fédéral, ce n'est, au point de vue de la logique politiciue, qu'une question de convenance — mais en laissant la charge d'en faire l'épreuve à ceux qui proj)osent de modifier un arrangement <iu<'lconc|ue de la Constitution existante.
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On peut donc affirmer, sans être accusé de paradoxe, que parmi les branches de l'organisation nationale américaine qui ont le plus grand besoin d'être nationalisées, se trouve le gouvernement central. Presque tous les membres du corps politique américain ont été, à une époque ou une autre, d'une manière ou d'une autre, détournés de leur mission pour servir des intérêts spéciaux. Les gouvernements des Etats et les administrations municipales sont plus coupables sous ce rapport que le gouvernement central, mais le gouvernement central a luimême de grandes fautes à se reprocher Les autorités fédérales sont responsables de la politique admise relativement aux pensions militaires, qui est un des crimes les plus flagrants qui aient jamais été commis contre l'intérêt national. Les autorités fédérales sont également responsables de l'adoption des tarifs actuels en faveur d'un groupe d'intérêts spéciaux et aux dépens de la prospérité nationale. Enfin, les autorités fédérales sont responsables de la loi Sherman contre les Trusts, dont l'inscription dans le Recueil des Lois est un obstacle fatal à la discussion du problème d'agrandissement corporatif, au point de vue d'une politique sincèrement nationale. On pourrait multiplier ces exemples; mais ils suffisent pour montrer que l'idéal d'une relation constructive entre le principe national américain et le principe démocratitiue n'implique pas qu'une partie quelconque de la législation ou de la politique soit nationale parce qu'elle est fédérale. Le gouvernement fédéral, autant que les gouvernements des Etats, a été victime d'intérêts spéciaux, et lorsqu'un groupe de fonctionnaires de l'Etal ou de la ville défend efficacement l'intérêt ])uhlic contre les intérêts particuliers de la machine ou des corp«)ralions locales, il agit aussi manifestement, sinon aussi largement, pour le bien national, que si son O'uvre dMvail jirofiter au peuple américain tout entier i..i inéthr>de de nationalisation ajiplitiuée à 1 organisation politique américaine a pour objet de distrihucr le pouxoir |)oliti(pic parmi