Excelsior cœlis factus. (Hebr., va
reux du terme; que par conséquent le nom d’Emmanuel (Dieu avec nous) n’indique pas une simple présence de Dieu par sa grâce, mais une véritable et réelle manifestation dans la chair; qu’enfin par une conséquence ultérieure on doit se garder, 1c1 plus que jamais, d’affaiblir l’énergie du mot n%6y (alma), vierge, par lequel sa mère y est formellement désignée.
Ce philologue ira plus loin, s’il veut. Il discutera l’un après l’autre tous les passages de la Bible où le mot « alma » se rencontre, afin d'en mieux discerner le sens. Il s’assurera que ce mot est tou- Jours, à l'exception d’un seul endroit digne d’examen, appliqué à des vierges. Peut-être même arrivera-t-1l à se convaincre que ce passage unique, souvent objecté contre l'interprétation orthodoxe du terme, a une force particulière pour l’'établir.
Voici ce passage cité selon la Vulgate : « Tria sunt difficiia mihi, et quartum penitus ignoro : viam aquilæ in cœlo, viam colubri super terram, viam navis in medio mari, et viam viri in adoles= centia » (Prov. xxx, 18, 19). Cette traduction est exacte, sauf le dernier mot, qui se lit dans nos bibles massorétiques autrement que saint Jérôme ne l’a lu dans son texte privé de voyelles. IL faut donc substituer au mot « adolescentia » celui de virgo, ou de adolescentula (alma) : C'est entre ces deux significations qu'est tout le débat.
Il importe pour le vider de découvrir le but ou la morale cachée sous le proverbe. Je n’en devine pas d'autre que le dessein de donner une importante leçon aux juges appelés à prononcer en des matières excessivement délicates. La loi permettait à l’époux trompé sur la condition de sa jeune épouse, qui lui avait été donnée pour vierge, de réclamer la dissolution du mariage et de porter la cause devant les tribunaux. Tout ce que les juges devaient apporter de vigilance et de sagacité pour terminer un procès de ce genre, l’auteur sacré le fait entendre par sa maxime. S'il conserve à l’accusée le titre de vierge, c’est qu’elle y a droit, Jjusqu'à ce qu'elle ait été convaincue. D'ailleurs aucun autre terme n’eût indiqué la nature de la cause pendante. Essayez d’y substituer celui de jeune fille, et le sens du proverbe vous échappe. Il a perdu sa pointe et sa valeur pratique.
Voilà d'assez belles questions qui relèvent de la philologie. Je le répète cependant, vous pourrez les résoudre sans parvenir à l'intelligence des textes dont il s’agit. D’une part vous serez conduit à l’idée d’une naissance immédiate. L'enfant divin vient au jour, se développe, atteint l’âge du discernement du bien et du mal. Avant qu'il ait atteint cet âge, les ennemis de Juda sont frappés mortellement, et la Judée échappe à leurs étreintes. D'autre
part, vous remarquerez tant d'événements funestes
qui doivent précéder le règne du Messie, tant de désastres qui se succèdent et se poussent comme des flots débordés sur la terre d'Israël, sans que la main de Dieu se lasse de frapper, tant de calamités en Juda, qui sera Jeté comme la poussière sur toutes les plages Les plus lointaines, de si terribles fléaux sur l’Assyrien, dont la marche orgueilleuse contre Jérusalem est décrite 1c1 longtemps à l’avance étape par étape, et qui y trouve enfin sa ruine, — que vous ne pouvez raisonnablement soupçonner Isaïe d’avoir accumulé de si vastes événements en de si étroites limites.
Et ce soupçon vous paraîtrait encore plus chimérique, si, ne vous bornant pas au livre d'Emmanuel, vous embrassiez les prophéties d’Isaïe dans leur ensemble; et si de là vous passiez à Michée son contemporain, pour expliquer leurs prophéties l’une par l’autre. Car vous les verriez s’accorder à prédire la captivité de Babylone longtemps avant que cette ville devint la capitale d’un nouvel empire {. Il est évident qu’ils ont considéré cet exil comme antérieur aux Jours heureux et paisibles du Messie; d’où il suit que ni Isaïe ni aucun de ses contemporains n’ont cru à son avénement immédiat.
Voilà l’énigme que la philologie seule ne résoudra