Isaïe, xxxix, 6, 7. Michée, rv
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jamais. Elle tient à un des caractères les plus intimes, mais aussi les plus divins de la prophétie, caractère que le rationalisme est condamné à ne jamais reconnaître, parce qu'il ne pourrait l’admettre sans se démentir.
Le nœud de cette énigme est précisément dans la question du double sens des prophéties, dont M. Réville se moque fort à son aise. À l’en croire, cette question aurait tourmenté le génie de Pascal, et soulevé dans son âme de terribles luttes. Il ose même avancer que l’illustre apologiste « sonne le glas funèbre de la théologie traditionnelle, » quand il dit dans ses Pensées : « Pour examiner les prophéties il faut les entendre; si elles n’ont qu’un sens, 1l est sûr que le Messie ne sera pas venu; mais, si elles ont deux sens, il est sùr qu'il sera venu en Jésus-Christ. »
Il y a de l’hyperbole dans cette proposition de Pascal, je l'avoue. Ce grand esprit avait le défaut de l’exagération, et la secte janséniste à laquelle il se livra, secte dont l’essence même fut de corrompre la vérité par les exagérations les plus outrées, aggrava ce défaut chez lui au lieu d’y porter remède. Mais au fond sa pensée est sérieuse, elle est intime, elle porte Le cachet d’une conviction très-calme, et rien n’y révèle ces « luttes intérieures » qu’on lui suppose gratuitement. La question qu'il se pose n’est pas non plus si sotte « qu’elle soit déjà résolue,
rien que par l’énoncé » (p. 822). Ce profond penseur n’avait pas coutume d’énoucer des propositions vides de sens.
Sans doute, si, par le double sens des prophéties, on voulait dire que les termes en sont ambigus, comme ceux des oracles de la Pythie; si l’on soutenait que le même mot réveille deux idées disparates : que, par exemple, dans un passage déjà cité d'Isaïe, il faut attribuer simultanément à l’hébreu le sens de « père du butin » et de « père de l’éternité, » de semblables ambiguïtés seraient indignes du Dieu de vérité. Mais aussi n'est-ce pas dans nos rangs que de pareils quiproquos rencontrent des approbateurs.
Ce que l’Église, héritière de la Synagogue, enseigne touchant les prophéties, c’est que leur horizon s'étend d'ordinaire au delà de ce qui en parait d’abord, et que la réflexion y découvre d’admirables profondeurs. Une prophétie peut être générale sans être indéterminée, et, dans l'unité d’un grand fait historique et social, embrasser une multitude de faits individuels et plus obscurs. Ce fait peut même être tel qu’il ait besoin de toute la suite des siècles pour se développer et atteindre son dernier terme, bien qu'il ressorte avec un éclat extraordinaire à certaines époques privilégiées. De ce genre est le règne de Dieu. considéré dans ses commencements, ses progrès et sa consommation. Toute prophétie
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| LES PROPHÈTES D’ISRAEL 85 qui s’y rapporte mettra surtout en relief le grand événement de la prédication de l'Évangile, et de la conversion du monde. Ce fait, malgré son immense étendue, est assez précis pour devenir l’objet d’un oracle divin, capable de servir de preuve; et je tiens pour assuré qu’en écartant des livres prophétiques tous les endroits obscurs, pour se borner aux traits les plus clairs et les plus saillants qui annoncent, on se formerait en peu de temps une conviction inébranlable, assise sur le roc le plus ferme. Mais ce fait général se subdivise en des ramifications sans nombre. C’est un faisceau de lumières formé par la concentration de mille rayons divers. 1 a eu sa préparation et son ébauche qui ont duré de longs siècles. Quand l’arche d'Israël s’avançait dans le désert de l’Arabie à la tête des douze tribus, couverte de la nuée où Dieu cachait sa présence; quand elle s’arrêtait pour commander la halte, et que le peuple campait autour d'elle dans un ordre parfait; quand Balaam, contemplant ce spectacle des hauteurs de Moab, s’écriait avec ravissement : « Que tes tabernacles sont beaux, Ô Jacob, et tes tentes, Ô Israël! Il est couché comme un lion et comme une lionne que nul n’ose troubler... Le Seigneur son Dieu l'accompagne, et de bruyantes elameurs y annoncent la présence desonroi»(Nomb., xx1v, D, 9; xx, 2) : n'est-il pas vrai qu'Israël était déjà le royaume de Dieu sur la terre? Et quand cette
même arche, tombée entre les mains des Philistins, les contraignait par des plaies humiliantes à la restituer avec honneur, et qu'elle était portée avec une grande pompe de sacrifices et de cérémonies sur la montagne de Sion; n’était-ce pas l’image du Seigneur prenant possession de son trône au milieu des siens? Pourquoi donc s'étonner que quelques psaumes composés à cette occasion embrassent les siècles futurs, et trouvent leur juste application, soit à l'entrée triomphante de Jésus à Jérusalem, six Jours avant sa passion, soit à son entrée dans le ciel, qui est la Sion mystique et éternelle, soit à son entrée dans une âme dont il chasse le péché et dont il se rend maître par sa grâce, soit enfin au so- Jide établissement de son Église, au milieu de laquelle il a dressé sa tente? Ce qui est vrai de l’ensemble, l’est pareillement de chacun des événements qui se combinent pour le produire. Mais il faut tou- Jours en revenir au grand fait universel, au résultat visible et éclatant dans lequel tous les autres se réunissent. C'est là que les expressions des prophètes paraissent plus exactes dans leur magnificence. On y voit la connaissance de Dieu, franchissant toutes les limites du temps et de l’espace, s'étendre sur le monde comme la mer couvre ses abîmes, et s’y fixer à jamais; l'harmonie et la paix dans l’unité de la foi et de l’amour rapprocher les individus et les nations. La présence de Dieu s’y
LES PROPHÈTES D'ISRAEL 87 manifeste par des effets de sainteté visiblement surhumains, et ces fruits de sainteté qui mürissent pour le ciel, exhalent déjà pour la terre un baume réparateur et consolateur.
Quoi donc! sommes-nous au dernier terme de la prophétie, et n'y manque-t-il rien pour en réaliser toute l'énergie? Loin de là. L'Église elle-même, avec ses Incomparables prérogatives, n’ignore pas ce qui la laisse encore imparfaite. Et c’est pourquoi elle répète incessamment le cri des anciens justes : Seigneur, que votre règne arrive! adveniat regnum tuum! Cette prière sera sur ses lèvres jusqu’à ce que le dernier des élus ait reçu sa couronne, que le Juge suprême ait fait le discernement des enfants du royaume et des étrangers, et emmené triomphalement dans le ciel le nombre désormais immuable de ses saints. Alors seulement l’humble supplication fera place à une action de grâces éternelle. Alors il sera vrai de dire que pas un iota, pas un point ne manque à l’accomplissement intégral des divines | promesses. |
Telest ce grand drame qui se déroule à travers les siècles. Plus 1l avance vers sa fin, et plus il devient manifeste qu'il est dirigé dans sa marche par une main toûute-puissante, qui plie les volontés les plus rebelles, comme il a été décrit d'avance par une science infinie. k
Ce que j'ai dit de l’idée du royaume de Dieu,
peut être affirmé de même, et toute proportion gardée, de l’idée de la rédemption. La mort dont le Fils de Dieu nous délivre et la vie qu’il nous communique doivent s'entendre dans le sens le plus large et le plus illimité. On s’est étonné que saint Matthieu, à propos des guérisons miraculeuses du Sauveur, nous rappelât le texte d’Isaïe : « Il a vraiment porté nos infirmités, et s’est chargé de nos douleurs. » Mais ces douleurs et ces infirmités ne sont-elles pas la suite du péché? Ne sont-elles pas les signes précurseurs et les ministres de la mort? Et celui qui nous délivrait du péché et se soumettait à la mort pour nous en affranchir, devait-il laisser son œuvre imparfaite? Ce qui nous trompe, c’est que nous voyons encore la souffrance régner autour de nous. Nous oublions aisément l’ordre selon lequel la plénitude de notre rédemption doit nous être appliquée. L’âme revit par la grâce avant de communiquer au corps ce privilége de vie immortelle et glorieuse. Mais le corps y participera enfin, et 1l n’y aura plus alors n1 infirmité, ni labeur, ni larmes, ni tristesse d’aucune sorte, parce qu'il n’y aura plus de mort.
Tel est l’ordre général et régulier. Il convenait pourtant que le Sauveur ne s’y assujettit pas sans réserve, et qu'il préludât par quelques exemples anticipés à l'exécution de ses promesses les plus éloignées. Par là il affermissait la foi de son Église