LE CULTE. LES SACRIFICES
À époque fixe, trois fois par an, au printemps, au moment des moissons, après les récoltes de l’automne :, l’Israélite doit se présenter devant son Dieu et lui apporter des offrandes. Car Iahvé est le roi du pays et le maître de la terre. On doit lui donner en tribut les prémices des fruits des champs et des produits du troupeau. Il semble que l’idée primitive de communion avec le dieu protecteur et père de la tribu passe à l’arrièreplan. Le sacrifice est une redevance. Chacun doit donner selon les bénédictions qu’il a reçues de Iahvé, et il n’est pas permis de se présenter devant l’autel les mains vides *.
Le culte est encore une fête champêtre ; on se réjouit de la bienveillance de Iahvé. Mais à mesure que les sanctuaires grandissent en importance et que les clergés s'organisent, l’antique simplicité disparaît et aussi l’antique joie. L’angoisse et la terreur des religions sémitiques envahissent l’âme d'Israël. Il fallait apaiser la colère divine, arrêter le bras de Iahvé tendu sur les fils des hommes. Le sacrifice pour le péché n’est décrit que dans le Code sacerdotal ; maïs le besoin d’expiation qui s’y manifeste était fort ancien*.
Le sacrifice des enfants premiers nés, si habituel aux Cananéens', se maintint longtemps encore à l’époque israélite. Ilahvé, comme les Baalim, recevait de ses
autels sculptés et magnifiquement décorés. Tel l’autel des parfums en métal fondu, que Sellin a retrouvé à Taanak. H. Vincent, Canaan, p. 181-184 cet Benzinger, op. cit., p. 223-224.
1 Exode XXIII, 14-17.
Ces fêtes toutes en rapport avec la vie agricole, sont d’origine cananéenne (Juges IX, 27). Mais la Pâque cest d’origine plus ancienne et peut avoir été primitivement une fête de nomades et de pasteurs.
? Exode XXXIV, 19-20-26.
5 Michée VI, 7.
# Près de la grande pierre du bamoth de Gézer, Macalister a retrouvé un véritable cimetière d'enfants nouveau-nés (tous âgés
adorateurs ces offrandes sanglantes. Abraham voulut lui sacrifier son fils unique”. Jephté dévoua sa fille à Iahvé*, Quand Hiel de Béthel rebâtit Jéricho, il emmura ses deux fils dans les fondements pour assurer la prospérité de la cité”. Les historiens d'Israël nous rapportent ces faits comme des actes extraordinaires accomplis dans de solennelles occasions ; mais l’ancienne législation place loffrande des premiers nés de la femme sur le même plan que l’offrande des premiers nés de la vache et de la brebis *.
La religion consiste surtout dans le culte. La morale reste au second plan. Le plus ancien décalogue est un
de moins de six jours), enfouis dans des jarres, la tête la premiére. Quelque temps après, Sellin a fait une découverte analogue dans les fouilles de Taanak.
Les mêmes savants ont retrouvé sous les remparts des villes et sous le seuil des maisons, les restes de victimes murées. H. Vincent, Canaan d’après l’exploration récente, p. 188 à 201 et Sellin Der Ertrag der Ausgrabungen im Orient für die Erkenntniss der Entwicklung der Religion Israels, Leipzig, 1905, p. 30-31.
1 Genèse, XXII.
2? Juges XV.
5 I Rois XVI, 36.
* Exode XXII 2930, « Tu me donneras le premier-né de tes fils. Tu me donneras aussi le premier-né de la vache et de la brebis. Il restera six jours avec sa mère et le huitième jour tu me le donneras. » 2
La législation postérieure ordonnait le rachat des premiers-nés. « Tout premier-né m’appartient.. Tu rachèteras avec un agneau le premier-né de l’âne, et si tu ne le rachètes pas, tu lui briseras la nuque. Tu rachèteras le premier-né de tes fils, et l’on ne se présentera pas à vide devant ma face. » Exode XXXIV, 19-20.
Cette coutume du rachat paraît avoir été fort ancienne. On a signalé dans les fouilles palestiniennes, des cas où la victime humaine était remplacée par un simulacre, soit une jarre vide, soit un enfant déjà mort, soit une lampe placée entre deux coupes. Dussaud, Les sacrifices humains chez les Cananéens, p. 20 à 24 et 28. La tradition hébraïque racontait explicitement comment Abraham avait remplacé son fils par un bélier, Genèse XXII, 13.