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LES SANCTUAIRES

Le culte iahviste

Comme les autres divinités sémitiques, Iahvé est adoré sur les collines et à l’ombre des bosquets sacrés :. On avait dédié au Dieu d'Israël les hauts lieux cananéens, la large enceinte sous le grand ciel au sommet d’un mamelon désert.

Bientôt quelques-uns de ces sanctuaires grandiront en importance, Béthel, Guilgal, Beershéba, et‘surtout Jéru-

Tu as fait jaillir des sources et des torrents, C’est toi qui as créé la lumière et le soleil. PSALXRIV, 12;a 17.

Conf. Esaïe LI, 9-10 et Ps. LXXXIX, 10-15.

Cette tradition est d’origine babylonienne (Lutte de Mardouk contre Tiâmat), mais elle peut avoir été de bonne heure populaire en Israël, Voir Gunkel, op. cit. 149-160.

1 Le sanctuaire sémitique s’élevait généralement sur les montagnes et les collines ou bien auprès des sources, des rivières, des lacs. Il consistait primitivement en une enceinte entourée d’un mur de pierres. Cette enceinte, appelée charam, est la propriété sacrée et inviolable du dieu. Elle est rigoureusement fermée aux étrangers. L'homme ne peut y pénétrer qu’en tant que membre de la tribu, c’est-à-dire parent et ami du dieu. Il est interdit de couper les branches du bois sacré, d’en tuer le gibier, de poursuivre le criminel qui s’est réfugié dans le sanctuaire, car tout ce qui habite la demeure du dieu, participe de son caractère sacré. Tout profane qui ne respécte pas les droits divins est impitoyablement frappé et dévoué par interdit.

Dans le charam on trouve la fontaine et le bosquet sacré. Aux époques de civilisation urbaine, lorsque le sanctuaire est resserré entre les murs de la cité et les maisons, on représente l’arbre et l’eau par des symboles : la mer d’airain et le pieu planté en terre, lashéra. .

Un autre élément essentiel du sanctuaire est la pierre sacrée. Au milieu de l’enceinte il y avait d'ordinaire plusieurs pierres. (A Gêzer et à Taanak, il y avait toute une rangée de pierres). D’après Rob. Smith, avant de devenir l’idole par excellence, la pierre aurait été l’autel sur lequel le Sémite nomade verse le sang de la victime. Die Rel. der Semiten, p. 152, 188.

Wellhausen Reste, p. 141.

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salem. Un clergé nombreux s’y assemblera et les rois y bâtiront des temples de pierre et de bois à la manière d'Egypte et de Phénicie.

Sur les bamoth et dans les temples, nous trouvons les accessoires et les symboles cultuels classiques de l'Orient sémitique : l’autel, les cippes, la source ou la citerne, l’arbre ou l’ashéra, la mer d’airain, l'arche, l’éphod, le serpent d’airain, le taureau d’or.

L’arche paraît avoir tenu une grande place dans le iahvisme ancien. Elle était le centre de la nation et le sanctuaire où le dieu se manifestait à son peuple. On la portait devant les tribus au désert. Elle accompagnait les armées israélites au milieu des vicissitudes de la conquête. Elle était vraiment la demeure de Iahvé:.

Le livre des Rois nous parle de Néhushtan, le serpent d’airain du temple de Jérusalem devant lequel les enfants d'Israël brûlaient des parfum et qu'Ezéchias fit mettre en pièces *. Etait-ce là un reste de zoolâtrie ou de fétichisme ; le serpent représentait-il une divinité tutélaire, un démon ? Cela est peu vraisemblable. C'était plutôt un emblème religieux figurant l’une des mani-

1 L’arche se retrouve fréquemment dans les religions de l'Orient. On a pensé qu’elle était d’origine égyptienne, et l’hypothèse est fort vraisemblable. La barque sacrée tient une grande place dans les cultes et les mythologies de l'Egypte. Les Béné-Israël pourraient lavoir apportée de Goshen. Mais dans la religion babylonienne, il est aussi question de la barque sur laquelle sont montées les divinités solaires dans l’océan du ciel. A la procession du nouvel an, les statues des dieux de Babylone étaient portées à travers les rues de la ville sur des bateaux montés sur des roues. Winckler et Zimmern Die Keilinschriflen und das A. T. 3° Auflage, p. 514-515. Benziger Hebräische Archäologie, 2° Aufl. Tübingen, 1907, p. 310-312.

2 II Rois XVIII 4.

On a retrouvé un serpent de bronze dans la fosse aux libations

de Gézer H. Vincent Canaan d’après l'exploration récente, Paris, 1907, p. 174-176 et Benzinger op. cit., p. 328.

LES SYMBOLES CULTUELS 39

festations de l’activité de Iahvé (peut-être les fulgura-. tions de l’éclair).

De même, les taureaux d’or que les Israélites avaient empruntés aux Cananéens et que Jéroboam établit dans les sanctuaires de Dan et de Béthel doivent être considérés, non comme des représentations de Iahvé, mais comme des symboles de la force divine”.

L’éphod était un objet cultuel très répandu et très souvent nommé. Cependant, il ne nous est pas facile de nous en faire une idée. Il servait à l’époque des Juges comme instrument divinatoire*.

Quelque grande qu’ait pu être l’importance de ces emblèmes, une chose demeure : Ilahvé est un Dieu qui ne se laisse pas représenter sous la forme d'images taillées. Dès la première heure, il s’affirme comme l'esprit puissant et mystérieux qui répugne à toute idolâtrie. Une vieille légende racontait que Moïse lui-même sur la montagne du Sinaï n’avait pu voir la face de Jahvé.

Moïse dit : Fais-moi voir ta gloire ! Iahvé répondit : Nul mortel ne peut me voir et vivre. Mais viens, tu te tiendras dans le creux du rocher, je te couvrirai de ma main jusqu’à ce que j'aie passé. Alors je retirerai ma main et tu me verras par derrière ; mais ma face ne saurait être vue {

C’est là l’un des points décisifs de la religion primitive d'Israël. Et plus tard, au moment des luttes contre les dieux de bois et les dieux de métal fondu, les pro-

MIPROIS XI 28 04291:

? On a exhumé plusieurs taureaux cananéens dédiés à Baal ou à Moloch. H. Vincent, Canaan, p. 168-170 et Gressmann Die Ausgrabungen in Palästina und des A, T, Tübingen, 1908, p. 34-36.

5 Juges VIII, 26-s ; XVII, 18 ; I Sam. XIV, 18.

‘ Exode XXXIII, 18-23.

phètes trouveront un point d'appui dans la tradition constante de leur peuple.

Le culte primitif était très simple. Dans la religion des nomades, le sacrifice n’a pas encore le caractère liturgique qu’il prendra plus tard’. C’est une cérémonie domestique toute spontanée. Le père de famille — non le prêtre — immolait la victime sur le tertre ou sur la pierre les plus proches, puis on faisait un festin et l’on se réjouissait devant Iahvé.

Tu m'’élèveras un autel de terre sur lequel tu offriras tes holocaustes et tes sacrifices d'actions de grâces, tes brebis et tes bœufs. Partout où je ferai souvenir de mon nom, je viendrai à toi et je te bénirai ?.

Le sacrifice des bamoth et des sanctuaires de l’époque des premiers rois est déjà une cérémonie plus solennelle. Désormais le prêtre préside à l’autel, il a sa part des offrandes, il dirige les pompes sacrées. On immole la victime sur un autel de pierre*.

1 Mavez-vous offert des sacrifices et des offrandes pendant les quarante années du désert, enfants d’Israël ?.… Amos V, 25.

Je n’ai donné aucun ordre à vos pères quand je les ai fait sortir du pays d'Egypte, au sujet des holocaustes et des offrandes. Jérémie VII, 22. Cependant Marti exagère quand il parle de l'importance minime du sacrifice dans l’ancienne religion d’Israël. Die Relig. des A. T. unter den Relig. des v. Orients. Tübingen, 1906, p. 23. C'est trop tirer de deux textes isolés. Chez la plupart des peuples, le sacrifice était la partie essentielle du culte. Les Béné-Israël ne paraissent pas avoir fait exception.

? Ex. XX, 24-25.

Conf. Deut. XII, 4-28.

5 Cétait d’abord un autel de pierre non taillée. Longtemps les autels sculptés sont proscrits comme une innovation étrangére.

« Si tu m’élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras pas en pierre taillée, car en passant ton ciseau sur la pierre, tu la profanerais. Tu ne monteras pas à mon autel par des degrés, afin que ta nudité ne soit point découverte. »

Mais dans les temples de l’époque des rois, on avait bâti des

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