DU MONOTHÉISME PRIMITIF DES SÉMITES
« tous les autres peuples devaient adopter à son exem-
ple et sur la foi de sa prédication. Cette race n’a jamais conçu le gouvernement de l’univers que comme une monarchie absolue ; sa théodicée n’a pas
: fait un pas depuis le livre de Job. Les grandeurs et
les aberrations du polythéisme lui sont toujours restées étrangères. On n’invente pas le monothéisme. L’Inde qui a pensé avec tant d’originalité et de profondeur n’y est pas encore arrivée de nos jours ; toute la force de l’esprit grec n’eut pas suffi pour y ramener l’humanité sans la coopération des Sémites ;
: on peut affirmer de même que ceux-ci n’eussent
jamais conquis le dogme de l’unité divine, s'ils ne l’avaient trouvé dans les instincts les plus impérieux de leur esprit et de leur cœur. Les Sémites ne comprirent point en Dieu la variété, la pluralité, le sexe : le mot déesse serait en hébreu le plus horrible barbarisme. Tous les noms par lesquels la race sémitique a désigné la divinité : El, Eloh, Adon, Baal, Elion, Schaddai, Jéhova, Allah, lors même qu’ils revêtent la forme plurielle, impliquent tous l’idée de suprême et incommunicable puissance, de parfaite unité. La nature d’un autre côté tient peu de place dans les religions sémitiques : le désert est monothéiste ; sublime dans son immense uniformité, il révéla tout d’abord à l’homme l’idée de l’infini, mais non le sentiment de cette vie incessamment créatrice qu’une
. nature plus féconde a inspiré à d’autres races. Voilà
pourquoi l'Arabie a toujours été le boulevard du monothéisme le plus exalté’. »
Renan paraît avoir beaucoup tenu à cette théorie, et
il y est revenu à plusieurs reprises, d’abord dans divers
1 Histoire générale des langues sémiliques, p, 5 et 6.
articles’, ensuite et surtout dans son discours inaugural au collège de France en 1862 ?,
Vingt ans plus tard dans les premiers chapitres de son Histoire d'Israël, il parle encore du puritanisme religieux des anciens habitants du désert.
Ici il n’est plus question des Sémites en général mais seulement des Sémites nomades : « La vie de la « tente paraît avoir été le facteur capital de la sélec- « tion de cette aristocratie religieuse qui a détruit le « paganisme et converti le monde au monothéisme. Les « racines de ce grand fait s’enfoncent dans le plus vieux « sol de l’histoire. La tente du patriarche sémite est « le point de départ du développement religieux de « lhumanité.. Oui dès l’époque reculée où nous som- « mes, le pasteur sémite porte au front le sceau du « Dieu absolu sur lequel il est écrit : Cette race sup- « primera de la terre la superstition. »
Ainsi c’est le sol et le genre de vie qui ont exercé leur influence profonde sur la religion des Sémites primitifs. La nature sèche et sans fécondité, la simplicité et l’austérité de la vie patriarcale prédisposaient à un culte simple sans idolâtrie, à des idées religieuses relativement pures et sans mythologie, à la rigide conception d’un Dieu unique isolé du monde, maître commun au ciel et à la terre. Derrière les phénomènes dé la nature le Sémite croit remarquer des élohim, des myriades d'êtres actifs analogues aux esprits des sauvages. Mais bien que distincts, ces élohim sont si peu individualisés qu’ils agissent tous comme un seul et même être et que
? Dans une étude sur l’Hist. de la relig. d'Israël d'Ewald, Etudes d’hist. religieuse, 7° édition 11856), p. 173 à 182 et dans un article du Journal asiatique, Fév., Mars, Avril, 1859.
? De la part des peuples sémitiques dans l'Histoire de la civilisation (1862).
# Histoire d’Israël, Tome I, p. 43 et 51.