DU MONOTHÉISME PRIMITIF DES SÉMITES
le pluriel élohim se construit avec le verbe au singulier. Là où l’Aryen invoque une grande variété de dieux, chaque élément étant régi par une divinité spéciale, le Sémite invoque un seul être. Sa prière monte vers le même Dieu. Quelque vagues que fussent tout d’abord de pareïlles notions elles n’en étaient pas moins le premier stade de l’évolution vers l’unité divine.
C’est là assurément une très belle page de psychologie ethnique et personne n’a parlé comme Renan du génie des races et des peuples. Malheureusement même sous sa seconde forme, l'hypothèse du monothéisme sémitique n’a pas résisté au témoignage des faits. Chaque jour de nouvelles découvertes nous permettent d'apprécier le polythéisme idolâtrique fondamental de tous les peuples sémitiques, non seulement des Phéniciens de la côte suspects à cause des influences étrangères qu’ils ont subies, et des Babyloniens trop civilisés, mais aussi des voisins d'Israël et des tribus restées fidèles à la vié primitive et à l’organisation tribale. Nous avons constaté dans notre premier chapitre le caractère naturiste et polydémoniste des cultes syriens, cananéens, arabes : culte des eaux, des arbres, des pierres brutes, des animaux, des astres. Et le désert était aussi favorable que la terre fertile à l’éclosion des superstitions les plus grossières et les plus variées. Partout le nomade voyait des esprits, des ginn, et sa démonologie était savante et compliquée. Au lieu d’une « simplicité grandiose », nous trouvons ici les terreurs de l’animisme et les pratiques de la divination et de la magie”. Au dessus du grossier paganisme populaire, il y avait la religion de la tribu et les cultes des sanctuaires. Or les dieux étaient fort nombreux ; chaque tribu, chaque oasis, cha-
1 Wellhausen, Reste arabischen Heidentums, p. 147 à 177 et 200 à