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que contrée avaient les leurs ; et ce que nous pouvons savoir de l’ancien paganisme arabe nous montre un panthéon assez riche sinon très organisé. Evidemment le pasteur sémite aimait lui aussi à multiplier les dieux et à se sentir entouré de divinités protectrices’.
Mais on nous assure que le polythéisme n’était qu’une déviation et une corruption de la religion primitive plus pure et vraiment monothéiste. Le P. Lagrange croit trouver une trace manifeste de ce monothéisme dans le nom générique El employé par tous les Sémites pour désigner la divinité. Le Sémite primitif aurait « distinctement envisagé Dieu comme un être supérieur sans aucune attache à un lieu spécial, ni à une force de la nature, ni à un objet animé ou inanimé. » El serait « le Dieu commun primitif et très probablement unique des Sémites ? ».
Une telle conclusion est quelque peu précipitée. Les discussions sur le sens de El n’ont pas encore fait la pleine lumière, bien qu’elles remplissent des volumes ; ct le P. Lagrange lui-même reconnaît que nous n’avons pas pénétré le fond de l’âme du Sémite et que nous ne savons pas ce qu’il exprimait exactement par le mot EL. Dans la plupart des cas El s'applique à la divinité en général. Mais souvent aussi El se concrétisait et même se personnalisait. Par exemple dans les noms théophores (Ismaël, Hazaël, Rahel, Karibaël, Eliphaz, Réuel, Sassariel). Quelquefois même El a pu désigner un dieu particulier. Dans les inscriptions de Sindjirli
1 Wellhausen, op. cit., 13 à 74 ; Baethgen, Beiträge zur semitischen Religionsgeschichte, p, 91 à 130 ; O. Weber, Arabien vor dem Islam. D’après la tradition musulmane, il y aurait eu dans le seul sanctuaire de la Mecque, des centaines d’idoles (360 ou 365), les dieux de toutes les tribus de l’Arabie.
? Lagrange, Relig. sémitiques, p. 70 à 83.
LE MOT EL, L'HÉNOTHÉISME TRIBAL 259
EI est cité comme un dieu araméen à côté de Reshef, Hadad et Shamash :.
Mais de ce que El, nom appellatif, ait pu devenir un nom personnel, il ne s’ensuit nullement « que la nature divine était à ce moment considérée comme unique ». Tout au plus peut-on admettre que la tendance à concevoir la divinité sous une forme plus ou moins abstraite préparait le terrain aux conceptions monothéistes *.
De même aussi l’hénothéisme tribal pouvait orienter l’adoration du Sémite, sinon vers un dieu unique, du moins vers un élohim spécial. Les liens entre cet élohim et les membres de la tribu sont très intimes et très forts. Les membres de la tribu doivent rester fidèles au dieu parent. Mais nulle part, sauf dans la religion des prophètes, le culte du dieu tribal n’a été exclusif des autres cultes. IL était permis d’adorer divers dieux locaux et de sacrifier aux dieux des tribus voisines. Dans les noms théophores on pouvait se réclamer d’un élohim étranger. Chez tous les Sémites les rapports entre tribus, migrations, conquêtes, relations commerciales, ont eu pour résultat de mêler les cultes et d’allier les dieux”. Les vaincus acceptaient les dieux des vainqueurs et le vainqueur emmenait dans sa capitale les idoles des vaincus “ Une alliance politique se scellait par l’adop-
1 Inscriptions de Sindjirli dans Lagrange, Religions sémitiques, p. 491 à 498 et J. Halévy, Nouvel examen des inscriptions de Sindijirli, Paris.
2 « Le mot El était a priori, désigné chez les Sémites pour devenir le nom du Dieu unique. » Ed. Montet, De la notion de la divinité contenue dans les mots Elohim, Eloah, El et Iahevéh, p. 3.
3 Bacthgen, op. cit, p. 258 à 260. Lagrange, Les Religions sémitiques, p. 449 à 452,
4 Lorsque Assourbanipal, vainqueur du roi d’Elam, s’empara de Suse, il saccagea la ziggourat et il emmena en exil les statues des dieux avec leurs richesses et leurs prêtres. Et l’idole de Nana qui avait
tion des dieux de l’allié comme par un mariage princier. Les commerçants sabéens et hymarites ont importé les dieux de Babylone en Arabie, et les dieux de Syrie ont émigré à Palmyre, chez les Nabatéens, et jusqu’à la Mecque.
Ces phénomènes de syncrétisme avaient pour premier résultat la multiplication des divinités. Le dieu étranger adopté par une ville ou par un peuple devenait un dieu nouveau. En même temps les panthéons s’organisaient et se hiérarchisaient par voie de différenciation sexuelle, On plaçait une Baalat et Milkat à côté du Baal et du Mélek. La plupart des dieux eurent ainsi leur déesse parèdre.
Cependant à côté de cette tendance fortement polythéiste nous pouvons constater une tendance vers la concentration des divinités. Les différents élohim peuvent être amalgamés et réduits à des types plus généraux. La divinité mâle et la divinité femelle sont étroitement unies et invoquées ensemble. Souvent ce sont deux dieux du même sexe ou de sexe différent qui sont désignés sous un même nom et n’en forment plus qu’un. Eshmoun-Melkart, Eshmoun-Ashtart chez les Phéniciens', Hadad-Ramman chez les Syriens, Ashtar-Kamosh dans linscription du roi Mésa, Bel-Mardouk à Babylone, Allât-Athtar chez les Arabes”. D’autres fois des cultes antiques tombaïent en désuétude et des cultes
été enlevée de Chaldée, 1.600 ans auparavant et conduite en Elam, fut renvoyée à Our et instaurée de nouveau dans son temple. Maspéro, Histoire III, p. 436.
1 Voir dans l'inscription phénicienne de Ma’soub, le cas très caractéristique de l’Astarté désignée sous le vocable de Milkaastarté d'Ashéra et de El Hammon (Lagrange, Relig. sémitiques, 488-489 ; Von Landau, Die phônizischen Inschriften, Leipzig, 1899, p. 14-15 ; Lidzbarski, Altsemitische Texte, Giessen 1907, p. 28.
2 Baethgen, op. cit, p. 254 à 258.