CONCENTRATION DES DIVINITÉS
nouveaux les remplaçaient. Nous constatons qu'avec les grandes mêlées de peuples certains dieux prennent une importance -considérable et deviennent très populaires. Tels Melkart de Tyr, Hadad de Damas, Adonis-Tammouz, et surtout la grande Astarté.
Cette tendance à la concentration et cette exaltation de certains dieux principaux sont-elles allées jusqu’à Vaffirmation d’un dieu suprême placé au sommet du panthéon et auquel tous les autres dieux auraient été subordonnés. Certains indices peuvent nous le faire supposer. Et d’abord les termes par lesquels la tradition hébraïque désigne l’élohim de Melchisédec roi de Salem El Elion :. Cette mention doit être rapprochée d’un très intéressant document retrouvé dans les fouilles de Taanak : c’est la lettre écrite en cunéiformes où un prince cananéen du milieu du second millénaire, Achijami, s'adressant à son voisin Ashiratjashour de Taanak le salue par cette formule : « Puisse le Seigneur des dieux protéger ta vie ! » Cette lettre a beaucoup frappé A. Jeremias et Baentsch”, et on n’a pas manqué
1 Philon de Byblos nous parle aussi d’un El Elioun, nommé UYroTos adoré par les Phéniciens. On ne doit pas tirer de conséquences trop importantes d’un texte aussi moderne. Dussaud, Notes de mythologie syrienne, p. 139 à 141, croit qu'Elioun-Hypsistos est une pure invention de Philon qui multiplie à tout prix les divinités phéniciennes. Mais la mention de El Elion, dans Genèse XIV, 19, nous montre bien qu’une telle divinité n’était nullement étrangère à l'horizon sémitique.
2 A, Jeremias, Das À. T. im Lichte des A. O., p. 323-324 ; Baentsch, Altorientalischer und israëlitischer Monothéismus, p. 57-58. Il est vrai que la traduction donnée par Hrozny était de superbe allure et laissait entrevoir un sentiment religieux très profond :
« À. Ishtarwashour : Achi-jawi. Le Seigneur des dieux protège ta vie, car tu es un frère, et l’amour est dans tes entrailles et dans ton cœur ». Et plus loin : « Y a-t-il encore des larmes pour tes villes ou bien les as-tu de nouveau recouvrées ? Il est au-dessus de ma tête celui qui est au-dessus des villes. Et maintenant regarde s’il ne veut pas aussi
d’en tirer des conclusions fort excessives sur le monothéisme cananéen au temps de Moïse. En réalité l’expression bel-ilanu, nous montré seulement que lidée d’une monarchie polythéiste n’était pas étrangère à la conscience sémitique :.
Cependant ce n’est qu’à une époque beaucoup plus récente que nous voyons cette tendance à l’unité se préciser. Ici divers facteurs ont préparé l’évolution religieuse : en premier lieu, les circonstances politico-sociales. Comme l’a fait remarquer Robertson Smith, le caractère despotique des royautés orientales devait avoir sa répercussion sur la religion. Dans la cité grecque et romaine la royauté n’a jamais réussi à s'établir fortement ; le pouvoir est resté entre les mains de l’aristocratie. Aussi les dieux de l’Olympe sont-ils représentés comme une société de puissances à peu près indépendantes sous l’autorité purement nominale de Zeus. Chez les Sémites la royauté est tout, toute la vie du peuple s’exprime en elle. L’absolutisme du maître oriental prédisposait à l’hénothéisme, à la conception d’un dieu souverain au-dessus de la foule diverse des élohim °.
te témoigner de la bonté. Quand il montrera sa face, ils (les ennemis), succomberont honteusement et grande sera la victoire. »
Malheureusement, une nouvelle traduction donnée par Ungnad, ne laisse rien subsister de cet admirable cantique au dieu innommé, « À Ashiratjashour, tu diras : Ainsi parle Achijami : Le Seigneur des dieux protège ta vie. Tu es mon frère et nous aimons... et dans ton cœur il y a cela que moi dans... Et plus loin : « Donne ordre à tes villages pour qu’ils fassent leur travail. Sur ma tête est tout homme qui…… les villes. Et maintenant vois encore que je t'ai fait du bien... Si... est présent. ainsi »
Gressmann, Die Ausgrabungen in Palästina und das A. T., p. 19-20.
1 Ce que nous savions déjà. Conf. les hymnes babyloniens à Sin ou à Mardouk.
2 Robertson Smith, Die Religion der Semiten, p. 51 à 53.
Conf. Kuenen, Religion nationale et religion universelle, p. 19. « La pensée fondamentale de toute religion sémitique c’est la reconnais-