LES GRANDS COURANTS MONOTHÉISTES
Il reste cependant — et nous l’avons constaté à diverses reprises — que la religion tribale et l’antique simplicité nomade ont préparé l’évolution du ‘iahvisme. Il est également vrai qu'Israël a subi de ses voisins sémitiques des influences profondes. Ces influences ne l’ont pas précisément orienté vers le monothéisme, mais plutôt vers l’idolâtrie. Cependant elles ont étendu son horizon, elles lui ont fait comprendre l'action mondiale et la puissance universelle de Iahvé.
C’est là tout ce qu’il nous est permis d'affirmer. Pour le fond de la question il faut renoncer à parler de l'instinct monothéiste des Sémites.
Le L*
Le génie sémitique ne suffisant pas à expliquer l’origine du mosaïsme et du prophétisme, on a parlé de l'influence des civilisations supérieures avec lesquelles Israël n’a cessé d’être en contact, la civilisation égyptienne et la civilisation babylonienne.
Dans des aperçus pleins de science et d’ingéniosité H. Winckler, Alf. Jeremias, B. Baentsch nous ont décrit les courants monothéistes dans la première moitié du second millénaire. Avant d’être la religion d’un peuple, le monothéisme aurait été l’idéal d’une élite ou bien une doctrine ésotérique enseignée dans certains sanctuaires, ou bien une tendance plus ou moins vague dans les religions nationales. Vers le xv° siècle, sous l’influence des relations entre les différents peuples, après mille ans de civilisation babylonienne et à l’âge d’or de la civilisation égyptienne, l’idée d’un dieu unique était dans l’atmosphère spirituelle de l'Orient.
Les patriarches l’ont trouvée en Chaldée et en Mésopotamie. Winckler nous expose comment la plus an-
cienne doctrine religieuse babylonienne avait ses sanctuaires les plus vénérés à Our-Casdim et à Harran. Le mythique Abraham était un adorateur de Sin, le dieu de la lune, que Mardouk, le dieu sauveur du printemps,
avait pas encore supplanté comme divinité suprême de la Chaldée:.
Les patriarches furent aussi en relations avec l’Egypte. Joseph était égyptien et Moïse avait été élevé à la cour du Pharaon”°. Au moment où les Chabiri (Hébreux) entrent dans l’histoire le pays des Khäâti était sous
1 Winckler, Abraham als Babylonier, Joseph als Ægypter, Leipzig 1903, p. 24 à 26.
Dans un autre ouvrage, Geschichte Israëls II, Die Legende, p. 28 à 48, le même auteur montre les motifs mythologiques lunaires de la tradition d'Abraham. Abram et Abraham seraient des désignations du dieu Sin. Milka et Sara seraient les divinités féminines adorées à côté du dieu Sin à Harran. Les 318 serviteurs sont le chiffre de l’année lunaire quand on en soustrait les 36 jours où la lune reste invisible.
Baentsch, Altorientalischer und israelitischer Monothéismus, p. 59 à 62, renchérit encore sur ces interprétations. L’ancien dieu du Sinaï ne serait autre que le dieu lunaire Sin importé jusque dans les déserts arabiques, Sinaï signifierait qui appartient à Sin. A côté du Sinaï, il y a le désert de Sin; de même il y a un mont Nébo. Donc le dieu Sin était adoré comme summus deus par les habitants de la presqu'île sinaïtique, ibidem, p. 69 à 73. Conf. Zimmern, K. I. À. T.5. p. 364 à
? L'influence égyptienne a été fort diversement appréciée au cours du dernier siècle. Dans le premier enthousiasme suscité par les découvertes de l’égyptologie, beaucoup de savants parlaient de l’origine égyptienne de la religion israélite. Moïse n’aurait fait que propager parmi les Béné-Israël le monothéisme ésotérique des grands sanctuaires. Renan voyait encore dans le sacerdoce lévitique une création égyptienne. Moïse était un lévi, c’est-à-dire un de ces égyptiens nécessaires au culte qui suivirent Israël au désert. Hist. d'Israël, Tome I, p. 149, 150, 160.
Ces hypothèses ont assurément fait leur temps. Kuenen citant Le Page Renouf, a pu écrire : « Toutes les tentatives pour chercher auprès du Nil le berceau du judaïsme échouent l’une après l’autre ». « On peut déclarer en toute assurance, écrit Le Page Renouf, que ni
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