LES GRANDS COURANTS MONOTHÉISTES
l'influence égyptienne. La religion égyptienne s’affirmait alors dans ses plus hautes manifestations et le monarque réformateur Aménophis IV essayait de faire du monothéisme une religion nationale.
Tel est le cadre oriental où le iahvisme devait paraitre. Les grandes personnalités religieuses de la préhistoire d’Israël ne sont pas des météores tombés du ciel. Ils appartiennent vraiment à la culture humaine de leur temps.
Cette philosophie de l’histoire est séduisante. Quand on lit les larges synthèses de Winckler et le très clair et très suggestif exposé de Baentsch, on est d’abord charmé — sinon convaincu —. Unité splendide des mouvements religieux de l’Orient ; l'Egypte et Babylone, civilisations voisines et certainement apparentées préparant dans cette terre de transition du Sinaï et de Kadès la plus grande révolution religieuse de l’humanité…. le tableau est grand. Le problème des origines mosaïques que l’école de Wellhausen, Stade, avait un peu trop radica-
« Hébreux, ni Grecs n’ont emprunté à l'Egypte une seule de leurs « conceptions ». La coïncidence entre idées israélites et idées égyptiennes, dans la mesure où elle n’est pas une simple apparence, se borne à ces conceptions que toutes les religions ont en commun. Le même savant dit encore : « J’ai lu un grand nombre d’écrits où l’on « cherche et signale l'influence de l'Egypte sur les institutions des « Hébreux, mais je n’ai rien trouvé qui valût la peine d’une réfutation », Kuenen, Relig. nationale et religion universelle, p. 46-47.
Mais la discussion que Kuenen croyait définitivement close recommence. Les théories panorientalistes nous ont de nouveau rendus attentifs aux origines égyptiennes d’Israël. Et ici encore les exagérations et les imaginations de l’hypercritique se sont donné libre carrière. Le chef d'œuvre du genre est le livre de D. Vôlter d’Amsterdam, Ægypten und die Bibel (ouvrage parvenu à sa troisième édition !). La préhistoire d'Israël est interprétée à la lumière de la mythologie égyptienne, Abraham = Râ, Isaac — Toum, Moïse n’est autre que Thot, Iahvé, dieu du Sinaï est identique à Chepra.
1 B, Baentsch, Altorientalischer und israelitischer Monotheismus, p- 77 à 82 ; À, Jeremias, Das À. T, im Lichte des A. O., p. 324 à 400,
lement résolu se pose à nouveau. Au lieu de Pétroit horizon de la tribu et des conceptions grossières de l’élohisme primitif, nous retrouvons ici les aspirations les plus élevées de l'humanité religieuse.
Cela reconnu il faut ajouter que le monothéisme des adorateurs de Sin le dieu lune, ou d’Aten le disque solaire n’est pas évident, et que les courants monothéistes du second millénaire restent une hypothèse encore fort problématique.
Les tendances panthéistes dans la théologie égyptienne!
On a beaucoup discuté et l’on discutait encore il y a quelques années sur le monothéisme égyptien. Brugsch en Allemagne et Pierret en France, reprenant les théories des anciens égyptologues Champollion, Chabas, de Rougé, ont prétendu que la religion égyptienne était dans son essence monothéiste. Le polythéisme n’y serait qu’apparent. La multiplicité des dieux et la mythologie devraient être considérées comme un symbolisme destiné à représenter sous forme visible et sensible le Dieu invisible, inaccessible, toujours caché maïs partout présent. Les prêtres et les savants comprenaient le sens mystérieux et profond de ces symboles et ils considéraient les divers dieux comme des manifestations du principe suprême. Pour eux, sous ces manifestations innombrables, Dieu était un°.
1 Dans cette partie de notre étude, nous avons cité les textes les plus caractéristiques de la théologie égyptienne. En outre, nous avons essayé de résumer aussi fidèlement que possible les interprétations des maîtres de l’égyptologie contemporaine : Maspéro, Naville, Erman, Moret, etc.
4 Pierret, Mythologie égyptienne, Paris 1879, p. 8 à 11 et Les interprétations de la religion égyptienne, Paris 1906.