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AMON LE GRAND DIEU DE THÈBES

Ce furent les rois de Thèbes plus encore que les théologiens d’Héliopolis qui firent l’unité religieuse de Egypte comme ils firent son unité politique. Dès la XI° dynastie commence l’hégémonie thébaine. Elle est interrompue par l'invasion des Hyksos. Mais elle est fondée définitivement et glorieusement par l’expulsion des Asiatiques barbares. Alors l’empire égyptien arrive au comble de sa puissance et l’éclat d’Amon ne cesse de grandir.

Aucune divinité d'Egypte n’a possédé un clergé aussi riche et aussi nombreux. Les rois partageaient avec lui les dépouilles de leurs guerres et les tributs du pays de Pounit et du pays des Khäti, et ils lui bâtissaient des temples splendides. Le cinquième de l'Egypte était la propriété du dieu’.

De même que le Pharaon est le maître des hommes, Amon est le seigneur des dieux. Il résume vraiment en lui toute la puissance divine ; il est le dieu créateur et le dieu nourricier. Il a formé les dieux, les hommes et les bêtes, il est le maître bienfaisant de la nature. C’est lui qui fait la fécondité de la terre et la joie des vivants. Il est identique au soleil, il possède toute la puissance de Rà. Mais ïl est surtout le grand dieu de Thèbes”, le dieu de la famille royale. Le Pharaon

politaine, pour faire entrer le plus de divinités possibles dans sa classification, organisa à côté de la première ennéade deux ennéades secondaires ce qui faisait en tout vingt-sept dieux.

1 Maspéro, Histoire ancienne II, p. 312 à 314, 557 à 561 et Causeries Egypte, Paris 1907, p. 251 à 256.

2 Quelque grand que fût Amon, il n’avait jamais cessé d’être le chef de l’ennéade thébaine et aussi le chef d’une triade. Sa déesse parèdre était Mout et son fils s'appelait Chons. En outre, les dieux des autres nomes, tout en s’inclinant devant la puissance politique du maître, conservaient leurs temples et leurs adorateurs. Ils n’étaient pas tellement déchus de leur gloire première, Et lorsqu'ils enrichissaient le clergé thébaiïin, les rois du nouvel empire n’oubliaient pas

l'adore comme le Dieu de l'Etat féodal, « le maître du trône des deux régions, du roi du midi et du nord ». C’est lui qu’on invoque dans les grandes circonstances de la vie de l'Etat, c’est lui qui appelle les princes au trône et qui inspire leurs décisions.

Nous avons conservé un très remarquable document de cette religion officielle dans la prière que Ramsès II avait fait graver après ses campagnes de Syrie sur les murs et les pylônes des temples d’Amon. C’est ce qu’on a appelé le poème de Pentaouirit.

Au cours d’une guerre contre le Khâti, le Pharaon est surpris par 2.500 chars ennemis. Ses soldats fléchissent et l’abandonnent. Ramsès s’aperçoit qu’il est seul contre des adversaires innombrables. Alors il invoque Amon.

« Qui donc es-tu, mon père Amon? Un père oublie-t-il son fils? Or, ai-je fait quelque projet à ton insu ? Ai-je pas marché et me suis-je pas arrêté à ta parole ?.. Que sont donc ces Asiatiques pour ton cœur ? Amon humiliera-t-il ceux-là qui ignorent le dieu ; or, t’ai-je pas consacré des offrandes innombrables ? Remplissant ta demeure sainte de mes prisonniers je te bâtis un temple pour des millions années, je te prodigue tous mes biens pour tes magasins, je t'offre le monde entier pour enrichir tes domaines. Certes un sort misérable soit réservé à qui se bute à tes desseins, mais heureux soit à qui t’apprécie, ce qu’il fait pour toi d’un cœur plein d'amour.

Je t’invoque, ê mon père Amon ! Me voici au milieu de peuples si nombreux qu’on ne sait qui sont les nations conjurées contre moi, et je suis seul de ma personne, aucun autre avec moi. Mes nombreux . soldats m'ont déserté, aucun de nos charriers n’a regardé vers moi, quand je les appelais, pas un d’eux n’a écouté ma voix quand je leur criais. Mais je trouve qu’Amon vaut mieux pour moi qu’un million

les sanctuaires des dieux de Memphis, d’Héliopolis et d’Abydos. Rä, Ptah, Set, Osiris conservent sous les Aménophis et sous les Ramsès, une place prééminente. Après ses victoires en Syrie, Ramsès II leur fit élever de nombreux sanctuaires.

Voir Maspéro, Histoire ancienne II, p. 304-305 et Tiele, Hist. comp. des religions de l'Egypte et des peuples sémitiques, p. 108.

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