LA RÉFORME D’AMÉNOPHIS IV
de soldats, que cent mille charriers, qu’une myriade de frères ou de jeunes fils réunis tous ensemble, car le nombre des hommes n’y fait rien, mais Amon l’emporte sur eux. Chaque fois que j’ai accompli ces choses, Amon, par le conseil de ta bouche, comme je ne transgresse pas tes ordres, voici je t'ai rendu gloire jusqu'aux extrémités de la terre ».
Tandis que la voix roule dans Hermonthis, Amon surgit à mon injonction, il me tend la main, et je pousse un cri de joie, quand il me hèle par derrière : «. Face et face avec toi, face et face avec toi, Ramsès Miâmoun, je suis avec toi. C’est moi, ton père ! ma main est avec toi et je vaux mieux pour toi que des centaines de mille. Moi le fort qui aime la vaillance, j'ai reconnu un cœur courageux et mon cœur est satisfait ; ma volonté va s’accomplir ‘ »
Vers le milieu du xiv* siècle l’influence grandissante des prêtres d’Amon paraît avoir porté ombrage à l’un des plus civilisés parmi les Pharaons, Aménophis IV. Ce prince, par un énergique effort autocratique, rompit avec les traditions les plus vénérables de l'empire thébain et accomplit une révolution religieuse absolument inouïe dans les annales de l'Egypte. Il supprima le culte et le sacerdoce d’Amon, chassa la statue du dieu de tous ses sanctuaires et fit marteler son nom dans toutes les inscriptions.
Puis il se choisit une divinité nouvelle, Aten le disque solaire. Pour Aten il bâtit un sanctuaire et une cité royale qu’il appela Khoutaten, lhorizon du disque. Luimême se nomma prophète en chef de Rà Harmakhis et grand voyant d’Aten, et il changea son nom d’Aménophis (consentement d’Amon) en celui de Khounaten (celui qui plaît à Aten) *.
1 Maspéro, Hist. ancienne II, p. 395 à 398.
: Maspéro, Histoire ancienne Il, p. 316 à 338 et Causeries d'Egypte, p. 71 à 84.
Erman, La Religion égyptienne, p. 90 à 102.
Moret, La révolution religieuse d’'Aménophis IV, Paris 1907 et Rois et dieux d'Egypte, Paris 1907, p. 45 à 74,
L'heure était propice pour une telle tentative. L’horizon égyptien tel que nous le montrent les archives d'El Anapgna s’étendait fort au-delà de l’étroite vallée jurqu’au pays de Mitanni, jusqu’à Babylone et jusqu’à Ninive. Aten n’était pas seulement le Seigneur des dieux d'Egypte, il était aussi le dieu des pays tributaires, le dieu de tout l'empire.
Et les cantiques dans lesquels le roi exprimait son adoration pour le nouveau dieu sont d’une inspiration vraiment universaliste.
« Splendide est ton lever à l’horizon céleste, ô Aten, dieu vivant, principe de la vie. Tu parais à l’Orient remplissant la terre de tes bienfaits. Doux et grand, tu resplendis, élevé au-dessus de la terre ; tes rayons enveloppent l’univers, rendant la vie à toutes tes créatures ; avec Râ tu t’avances vers elles, tu les enserres (de ton amour) ; tu dardes tes rayons sur la terre (et le jour suit tes pas).
Quand tu te couches à l’Occident, la terre est dans la nuit, comme un mort couché dans sa tombe bien close. Les yeux ne voient plus, les objets s’effacent, chacun a caché sa tête. Les grands quadrupèdes cessent de courir après leur pâture ; les reptiles sortent de leur trou pour mordre. Le ciel lumineux s’obscurcit et la terre devient comme si les créatures se faisaient muettes : Leur créateur a disparu à l'horizon.
Au matin, il apparaît éclatant sous la forme d’Afen, en jour dissipant les ténèbres. Tu répands tes rayons et la terre est en fête. Les yeux s'ouvrent, les créatures se dressent sur leurs pieds ; tu les as ranimées, tu as rafraîchi leurs membres ; elles commencent par étendre les mains (vers toi). La terre entière est en imploration à ton lever.
Chaque être remplit sa fonction, les animaux se couchent dans les herbes. les arbres et les plantes s’épanouissent, les oiseaux volent hors de leurs nids, et leurs ailes se tendent, implorant ton image. Les animaux meuvent leurs jambes, les oiseaux agitent leurs ailes ; ils vivent, car tu les as éclairés.
Les barques montent et descendent (le Nil) en même temps que tu marches, Ton apparition incite les poissons du fleuve à se mouvoir vers toi. Tes rayons, qui pénètrent jusqu’au sein de la Grande Verte, font féconder les femmes, forment la semence dans les hommes et animent l’enfant dans le sein de sa mère. Tu l’apaises, tu l’empêches de pleurer, tu es sa nourrice dans le ventre maternel. C’est toi qui