AMON DIEU PROVIDENCE
beau de visage ; chéri dans Thèbes ; grand des diadèmes dans Habenben ; multiplicateur de couronnes dans On; jugeant les deux adversaires dans la grande salle. Germe des dieux, Vérité, seigneur de Thèbes : c’est dans ton nom d’auteur de la vérité. Maître des provisions, fécondateur des produits végétaux : c’est dans ton nom d’Amon fécondateur de sa mère. Auteur des humains, faisant devenir 1la forme (?) de toute chose ; c’est dans ton nom de Toum-Cheper… S’élancent vers lui les cœurs des êtres ; se tournent vers lui les humains. Il met en fête les deux régions par ses apparitions. Hommage à toi, Amon-Râ, maître du trône des deux régions ! Sa ville (Thèbes) aime son apparition...
On remarque dans cet hymne à côté des attributs naturistes du soleil Rà des attributs plus humains et presque éthiques. Amon est la providence de toutes les créatures, il se préoccupe des plus petits, des plus humbles, il exauce la prière des hommes, il entend la plainte de lopprimé et il juge entre le faible et le puissant. Quelques textes signalés par Erman nous montrent que son culte était vraiment populaire. Cest avec confiance qu’on s’adressait à lui comme au protecteur et à l'ami, comme au père.
Amon-Râ je t’aime et je t’ai placé dans mon cœur. Mon cœur est libre de soucis ; ce qu’a dit Amon arrive. Tu me sauveras de la bouche des hommes...
Et dans une autre prière :
Amon prête l’oreille à celui qui est devant la justice, qui est pauvre et dont l’adversaire est puissant. Les juges le pressurent : Argent et or pour les scribes et vêtements pour les serviteurs ! Cependant il arrive qu'Amon se tranforme en juge suprême pour que le pauvre triomphe ?,
1 Grébaut, L’Hymne à Amon-Râ du musée de Boulaq, Paris 1875.
Conf. la traduc. de Maspéro dans Histoire ancienne Il, p. 542, 545, et la traduction d’Amélineau, L’évolulion des idées morales dans l'Egypte ancienne, p. 168 à 174.
? Erman, La Religion égyptienne, p. 119-120,
La croyance en un dieu volonté morale paraît avoir été essentielle à la religion égyptienne du nouvel empire. Elle était d’ailleurs très ancienne. Dans le tombeau d’un fonctionnaire de la V° dynastie on lit cette inscription :
« Ayant vu les choses, je suis sorti de ce monde où j'ai dit la vérité, où j'ai fait la justice. Soyez bons pour moi, vous qui viendrez après moi, rendez témoignage à votre ancêtre ! ». « C’est le bien (qu’il a fait) ; puissions-nous agir de même en ce monde ». Qu’'ainsi disent ceux qui viendront après. Jamais je n’ai soulevé de plaintes, jamais je n’ai mis à mort. O Seigneur du ciel puissant. Maître universel! Je suis qui passe en paix pratiquant le dévouement, aimant son pére, aimant sa mère, dévoué à quiconque était avec lui, la joie de ses frères, l'amour de ses serviteurs, qui n’a jamais soulevé de plaintes !,
De telles expressions reviennent fréquemment sur les monuments funéraires de toute époque. Elles nous montrent que les dieux ne demandaient pas seulement des sacrifices et des rites magiques, mais qu’ils ordonnaient la fidélité aux liens familiaux, le respect de la vérité, la pitié envers le pauvre, la veuve et l’orphelin.
Dans les traités de sagesse depuis le livre de Ptahotep jusqu'aux papyrus de Boulaq nous retrouvons cette idée fondamentale :
Ne mets pas la crainte chez les hommes car Dieu te combattrait,
Si quelqu'un prétend user ainsi sa vie, Dieu lui enlèvera le pain de la bouche ; si quelqu'un prétend s’enrichir par cette voie, Dieu dit : Je saurai le retirer à moi.
Si quelqu'un prétend battre autrui, Dieu le réduira à l’impuissance, Qu’on ne mette donc pas la crainte chez les hommes, c’est la volonté de Dieu...
1 Traduct. de Maspéro, Etudes de mythologie et d'archéologie égyptiennes II, p. 469.