RELIGION MORALE
Traite bien tes gens autant que tu peux, c’est le propre des hommes favorisés de Dieu.
Si tu es grand après avoir été petit, si tu te trouves à la tête de la ville, ne te fais pas un avantage d’être parvenu au premier rang. N’endurcis pas ton cœur à cause de ton élévation, car l’auteur de toute prospérité c’est Dieu...
Ce que déteste le sanctuaire de Dieu ce sont les fêtes bruyantes. Si tu implores Dieu avec un cœur aimant dont toutes les paroles sont mystérieuses, il fait tes affaires, il entend tes paroles, il accepte tes offrandes,
Ne fais pas que ta mère te reprenne, de peur que si elle élève les deux mains vers Dieu, il n’écoute ses prières t.
Ce moralisme trouve son expression systématique dans la doctrine des sanctions d’outre-tombe au tribunal d’Osiris. La confession négative que nous lisons au chap. CXXV du Livre des morts indique non seulement un état de civilisation très avancé mais aussi une haute idée du devoir religieux.
Avant d'entrer dans la salle du jugement et puis devant les quarante-deux divinités du tribunal, l’âme répète ces paroles :
Je n’ai pas fait le mal ; je n’ai pas commis de violence ; je n’ai pas volé ; je n’ai pas fait tuer d'homme traîtreusement ; je n'ai pas diminué les offrandes (des dieux) ; je n’ai pas dit de mensonge ; je n’ai pas fait pleurer ; je n’ai pas été impur ; je n’ai pas tué les animaux sacrés ; je n’ai pas endommagé de terres cultivées ; je n’ai pas été calomniateur ; je n’ai pas été colère ; je n’ai pas été adultère ; je n’ai pas refusé d'entendre les paroles de vérité ; je n’ai pas commis de maléfices contre le roi ni contre mon père ; je n'ai pas souillé l’eau ; je n’ai pas fait maltraiter l’esclave par son maitre ; je n’ai pas juré (en vain) ; je n’ai pas faussé le fléau de la balance ; je n’ai pas enlevé le lait de la bouche des nourrissons ; je
1 Cité par Brugsch, Religion und Mythologie der alten Ægypter, p. 91, et par Amélineau, Essai sur l’évolution historique et philosophique des idées morales dans l’Egyple ancienne, Paris 1895, p. 99 à1101,/220, 312,
mai pas pris au filet les oiseaux des dieux ; je n’ai pas repoussé l’eau en sa saison ; je n’ai pas coupé une rigole sur, son passage ; je r’ai pas éteint le feu en son heure ; je n’ai pas méprisé Dieu en mon cœur. Je suis pur, je suis pur, je suis pur !t
Osiris est vraiment le dieu bon, le juge réparateur et vengeur qui rend à chacun selon ses œuvres, le Dieu de la justice et de la vérité.
Malgré tout ce n’est pas au monothéisme, c’est au panthéisme que la théologie égyptienne a abouti.
Le panthéisme était à la base de la doctrine de l’ennéade. Les dieux sortent de Ràâ et ne sont que des manifestations du soleil, père de toutes les créatures et principe de toute vie”. Il y a aussi un fond de panthéisme dans les hymnes à Amon-Râ, malgré le caractère assez individualisé du dieu de Thèbes, et dans les hymnes à Aten, malgré la tendance très personnelle de la piété d’Aménophis. Cela est plus sensible encore dans d’autres hymnes du nouvel empire, tel l'hymne de Ramsès IV à Osiris...
Ton être, Ô Osiris, est le plus mystérieux. Tu es la lune qui est au ciel, tu te rajeunis à ton souhait, tu deviens jeune à ton gré, tu parais pour dissiper les ténèbres...
Tu es le Nil envahissant ses rives au commencement de la saison ; les hommes et les dieux vivent de l'humidité qui vient de toi.
J’ai trouvé également ta majesté en qualité de roi du monde inférieur. Si Râ se lève tous les jours et vient en ce bas monde pour visiter ce pays et tous les autres, tu es comme lui établi dans la même fonction. On vous nomme ensemble Demdem.. La majesté de Thot
1 Le livre des morts, chap. CXXV. Traduit par Moret, Au temps des Pharaons, p. 215. Conf. Naville, Das ægyptische Todtenbuch, Berlin 1886 Einleitung et La Religion des anciens Egyptiens, p. 158-159.
2 Conf. Wiedemann, Die Religion der alten Ægypter, p. 9 à 28 et H. O. Lange, Les Egyptiens dans le Manuel de Chantepie de la Saussaye, p. 108 à 113.