LE PANTHÉISME ÉGYPTIEN
de vous. C’est lui qui vous enfante. Cest lui qui vous donne vos noms, c’est lui qui vous perfectionne. Ha ! il appelle son corps au milieu de vous. Ha ! c’est lui qui est votre créateur...
Ainsi s’achève l'identification de l’humain et du divin. L’être se perd dans linfini.
La même doctrine nous est révélée dans cet étrange chapitre XVII du Livre des morts. L’âme découvre le grand mystère du monde, l’unité de la substance universelle dans la variété des formes et dans l'écoulement perpétuel des phénomènes ; Dieu est en nous et nous sommes en lui.
Je suis Toum, celui qui existait seul dans le Noun ; je suis Râ quand il se lève au commencement pour gouverner ce qu’il a créé. Je suis le dieu grand qui se crée lui-même, c’est-à-dire le Noun, père des dieux. Qu’est-ce que cela ? (glose) : C’est Râ créant ses membres qui deviennent les dieux de la suite de Rä.
Je suis Hier et je connais Demain. Qu'est-ce que cela ? (glose) : Hier, c’est Osiris (la mort) ; Demain, c’est Râ (l’avenir).
Je suis le grand oiseau Benou qui est dans Héliopolis ; je suis la somme des existences et des êtres. Qu'est-ce que cela ? (glose) : Le Benou, c’est Osiris à Héliopolis. La somme de l’existence et des êtres, c’est son corps ; autrement dit, c’est toujours et jamais ; toujours, c’est le jour ; jamais, c’est la nuit’,
Cette conception ne manquait pas de grandeur et sans doute des âmes d’élite y ont trouvé la source de la force et de la consolation”. Mais il n’y avait là qu’une explication philosophique du monde et de la vie, et cela ne pouvait suffire à constituer une religion.
1 Le livre des morts, chap. XVII, cité par Moret, Au temps des Pharaons, p. 222, conf. Brugsch, Religion und Mythologie der alten Ægypter, p. 21 à 26 et Wiedemann, Religion der alten Ægypter, p.137 à 139.
2 Voir le Dialogue d’un fatigué 4e la vie avec son âme, publié par Erman. Conf. Gressmann, H. Ranke Altorientalische Texte zum À. T. p. 195-198.
Dans leur enthousiasme pour l’égyptologie certains savants n’ont pas hésité à comparer la religion égyptienne avec celle des prophètes et de l’évangile :
Amélineau estime « que longtemps avant Moïse, longtemps avant les prophètes, longtemps avant les philosophes grecs, l'Egypte avait su trouver des maximes qui peuvent supporter la comparaison avec les préceptes les plus élevés des prophètes hébreux, des philosophes grecs et du Christ. » Et le même auteur croit découvrir dans le papyrus moral de Boulaq l'idéal évangélique du culte en esprit et en vérité ‘.
Cette conclusion est quelque peu exagérée.. Il semble au premier abord que de la religion du jugement d’Osiris à la religion du Décalogue il n’y ait qu’une étape. Mais cette étape n’a jamais été franchie?
Le monarchisme divin dans la religion babylonienne
C’est surtout vers Babylone que les théoriciens du monothéisme oriental ont tourné leurs regards. Dans l'immense matériel assyro-babylonien que l’on exhume
1 L'évolution historique et philosophique des idées morales dans l'Egypte ancienne, p. VII, VIII, 220-221.
? Et elle ne pouvait l’être. Il convient de citer ici les lignes par lesquelles Maspéro conclut son étude sur Religion und Mythologie de Brugsch.
« Certes on ne m’accusera pas de vouloir déprécier les Egyptiens. Plus je me familiarise avec eux et plus je me persuade qu’ils ont été un des plus grands peuples de l’humanité, l’un des plus originaux et des plus créateurs, mais aussi qu’ils sont toujours demeurés des demibarbares. Leur religion présente le même mélange de grossièreté et de raffinement qu’on retrouve dans tout le reste. La plupart de ses mythes lui sont communs avec les tribus les plus sauvages de l’ancien et du nouveau monde... Elle a été jetée au monde par des barbares et elle a reçu d’eux une empreinte si forte que cent générations r’ont pu, je ne dirai pas l’effacer, mais en amollir les aspérités et en