MONOTHÉISME BABYLONIEN
chaque jour et que l’on commence à peine à classer, des historiens comme F. Delitzsch, Alf. Jeremias, H. Winckler, B. Baentsch croient découvrir des courants monothéistes (monotheistische Strômungen ou Unterstrômungen) |.
Ici encore il ne faut pas se laisser arrêter à l’animisme et au polythéisme populaires. Au-dessus des cultes locaux * et nationaux avec leur mythologie compliquée”, il y avait comme en Egypte des spéculations théologiques. Et d’abord chaque cité, chaque sanc-
adoucir les contours. Je prends la religion égyptienne pour ce qu’elle se donne : un polythéisme avec ses contradictions, ses redites, avec ses dogmes parfois cruels, parfois ridicules pour un moderne, avec ses familles de dieux à demi-humaines.… » Etudes de mythologie et d'archéologie éggyptiennes, p. 277-278.
1 F. Delitzsch, Babel und Bibel, p. 48 à 52.
Winckler, Religionsgeschichtlicher und geschichtlicher Orient, p. 36 à 47.
B. Baentsch, Altorientalischer und orientalischer Monotheismus, p. 1 à 35.
À. Jeremias, Monotheistische Strôomungen innerhalb der babylonischer Religion. On trouvera dans ce dernier livre un exposé très complet de la question. Notre discussion vise généralement les théories de Jeremias.
2 A l’origine, chaque ville adorait son dieu spécial. Ea est le dieu d’Eridou, Sin Nannar le dieu d’Our, Ninib le dieu de Soumer, Bel le dieu de Nippour, Shamash le dieu de Larsah. Lorsqu'une cité grandit en puissance et étend sa domination sur les cités voisines, son dieu tend à devenir le prince des dieux. (Sin Nannar au temps de l’empire d’Our, Shamash au temps de l’empire de Larsah, Bel Mardouk avec le triomphe de Babylone).
Cette religion reste étrangère à tout exclusivisme. Le dieu vaincu prend place dans le sanctuaire du vainqueur. En outre, il conserve sa prédominence dans son ancienne cité. Jusqu'à la fin, malgré toutes les agitations de la politique et toutes les combinaisons de la théologie, les dieux babyloniens resteront attachés à leur ville sacrée.
3 Au temps d’Assourbanipal, 884-860, on comptait 6.500 dieux et 900 génies terrestres ou célestes. F. Jeremias, Les Babyloniens dans le Manuel de Chantepie de la Saussaye, p. 153.
tuaire tendent à exalter la divinité locale et à la placer au-dessus de tous les autres dieux. En même temps les prêtres cherchent à grouper et à hiérarchiser le panthéon.
Dans cette classification la cosmologie et l’astronomie devaient jouer un grand rôle. Les Babyloniens adoraient les grandes forces cosmiques et leurs dieux étaient identifiés avec les étoiles et les planètes’. A Ia tête des dieux on plaçait Anou le maître des cieux. Anou habite le sommet de la voûte céleste ; il commande à l’armée des astres. Le code de Hammourabi l'appelle « le dieu suprême roi des Anounnaki ». Cette suprématie d’Anou est affirmée dans les documents les plus anciens *. Elle a résisté à la conquête babylonienne. Mardouk s’est incliné devant [a dignité nominale du père des dieux”.
Mais Anou n’est pas le maître unique. Il partage le gouvernement du monde avec Bel le seigneur de la terre et des hommes et avec le dieu de l’Apsou Ea, le maître des sources et des fleuves qui habite l'océan.
1 Le culte des astres était sans doute très populaire et très ancien chez les Chaldéens. Cest sous l’influence babylonienne que le culte des astres, la mythologie astrale et l’astrologie se sont répandus dans tout le monde sémitique (chez les Arabes nomades et chez les Sémites nord-occidentaux. Winckler, Himmels und Weltenbild der Babylonier et Hommel, Grundriss der Geographie und der Geschichte des À. O., p. 84 à 90. Maïs l’identification de chaque dieu avec un astre spécial et l’organisation du panthéon suivant le système zodiacal et le système planétaire est vraisemblablement une construction de la théologie sacerdotale. D’ordinaire on associait les 7 plus grands dieux à la lune, au soleil et aux cinq planètes : Shamash le soleil, Sin la lune, Nergal Mars, Nabou Mercure, Mardouk Jupiter, Ishtar Vénus, Ninib Saturne. Mais cette classification était assez instable. Aïnsi Ninib était considéré comme le dieu de la constellation d’Orion.
2 Anou est considéré comme père des dieux dans FPinscription de Goudea ou la déesse Baou est appelée la fille d’Anou. M. Jastrow, Die Religion Assyriens und Babyloniens 1, p. 84.
: Voir le poème de la création.