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manière encore trop exceptionnelle dans les psaumes babyloniens. La plupart du temps la faute, connue ou inconnue, n’est qu’un manquement cérémoniel dont on
s’accuse. Et le remède du péché consiste dans l’accom-
plissement de certains gestes et dans la récitation de certaines formules rituelles. Nous sommes ici en pleine
magie. La lamentation et la prière sont un moyen de conjurer le malheur. Ces belles poésies religieuses dont
nous admirons l’ardent mysticisme faisaient partie
d’un rituel expiatoire ‘ Et lorsque nous parlons du « sentiment du péché »
chez les Babyloniens il faut se garder de donner à ce
mot son sens biblique”. C’est de maladie et non de coulpe qu’il est question dans les psaumes de pénitence. Le dieu dans sa colère a envoyé le mal à l’homme. Quand ce dieu a été apaisé le malade guérit. Point de remords, point de repentance, point de volonté de réparation.
1 Il est à peu près certain cependant qu'avant de devenir des for-
mules pour usages rituels ou magiques les psaumes babyloniens ont
commencé par être des élans de l’âme. Ils sont les documents d’une religion très idéaliste et très personnelle, la religion d’une élite.
2 S'il faut établir un rapprochement entre Babylone et la Bible, disons que les psaumes de pénitence sont aussi apparentés aux pratiques du Code sacerdotal qu’à la religion du Psautier,
On voit par cet exposé avec quelles réserves il con-
vient de parler du monothéisme oriental.
Les courants monothéistes que l’on a cru découvrir
dans les religions de l'Egypte et de Babylone leur étaient en partie communs avec beaucoup d’autres religions de l’Ancien et du Nouveau Monde. La piété inté-
rieure et la méditation religieuse profonde tendent inconsciemment vers l’unité du divin. « On peut soutenir, a dit À. Lang, qu’en un certain sens, toutes les races
d'hommes sont probablement monothéistes, comme en un autre sens, on peut traiter de polythéistes les chré-
tiens qui vénèrent les saints Au moment où les hommes sont animés de sentiments vraiment religieux, si grossière que soit la race à laquelle ils appartiennent, ils élèvent leurs âmes vers un protecteur, une puissance
supérieure, un être qui veille sur l'humanité : cette élé-
vation de l’âme vers l’ami puissant est une aspiration et non point un dogme ; c’est un sentiment religieux et non une conception mythologique, elle est dans sa forme monothéiste et non polythéiste. L’être auquel s’adresse le sauvage aux moments de besoin ou de désespoir peut porter le nom d’un faucon, d’une araignée ou d’une sauterelle, mais nous pouvons être bien sûr que celui qui le prie ne pense guère à ces animaux à l'heure du péril. On peut raconter de la sauterelle et du faucon les histoires les plus ridicules et les plus infà-
mes, il se peut que dans le mythe l’être qu’on évoque
fasse partie d’une nombreuse société d’hommes et d’ani-
maux surnaturels ; mais le Boschiman qui implore Cagu pour qu’il lui donne de la nourriture, le Murri qui dit à son enfant que Pund-Jel veille sur lui du haut des cieux, le Mélanésien qui invoque Zat lorsqu'il franchit la ligne des brisants, ne songent guère sans doute à la légende grossière ni aux mythiques compagnons de leurs dieux.
On peut donc admettre en principe que, lorsque l’hom-
me se tourne vers un protecteur surnaturel invisible,
pour un moment, il est théiste et souvent monothéiste ‘. »
Quant aux spéculations plus ou moins ésotériques des prêtres telles que nous les trouvons exprimées dans les hymnes et les textes rituels, elles sont assurément un moment important dans lévolution spirituelle de l'humanité. Mais il ne paraît pas qu’elles aient jamais abouti à la religion d’un dieu unique et universel. L’affirmation d’un monarchisme divin, d’un roi au-dessus d’une hiérarchie, ou la conception panthéistique d’une
substance éternelle ne sont pas le monothéisme.
La pensée religieuse orientale, même dans ses formes
les plus élevées, ne s’est jamais affranchie du naturisme
et de l’idolâtrie. Les théologiens égyptiens à la grande époque thébaine, comme les poètes des hymnes et des psaumes babyloniens, restaient fidèles aux croyances de la religion populaire et ils conservaient respectueuse-
ment toutes les superstitions animistes de la foule. Non
seulement leur conception métaphysique du monde n’était pas en conflit avec le polythéisme idolâtrique, mais elle le supposait. Il ne paraît pas qu’en Egypte ou
? And. Lang. Mythes cultes et religions, trad, française de L. Marillier, Paris 1896, p. 361-362,
Seul le Dieu d'Israël a proscrit les images qi lées. Celui que les cieux des cieux ne peuvent contenir n’habite pas dans des sanctuaires bâtis de main d'homme, et il ne se laisse pas représenter sous forme sensible. Il est vrai que Iahvé a commencé lui aussi par être un élohim naturiste, dieu de l’orage ou dieu du volcan. Même pour les prophètes et les psalmistes il est resté le Dieu dont les cieux racontent la gloire :
Il s’enveloppe de la lumière comme d’un manteau, Il étend les cieux comme un pavillon.
I1 forme avec les eaux le faîte de sa demeure ; Il prend les nuées pour son char ;
11 s’avance sur les ailes du vent ;
11 fait des vents ses messagers,
Des flammes de feu ses serviteurs
Mais ici les attributs naturistes ne sont qu'un décor grandiose. L’essentiel c’est l’action historique du Dieu vivant. Le monothéisme hébreu est avant tout une religion éthique. C’est par l'affirmation de la justice de Jahvé que la prédication des prophètes a commencé. Ve C’est en luttant pour cet idéal de justice qu’Amos, Esaïe et Jérémie ont dégagé le iahvisme de son cadre national et que le prophète de l’exil a affirmé le rôle mondial d'Israël et la souveraineté universelle de Iahvé.
1 Pour la comparaison entre le monothéisme hébraïque et le monothéisme oriental, voir Sellin, Die alttestamentiliche Religion im ‘Rahmen der andern altorientalischen, p. 59 à 70. Gunkel, Israel und Babylonien, Gôttingen 1903, p. 28 à 34. Marti, Die Religion des Alten Testament unter den Religionen des vorderen Orients, p. 43 à 47.
1 Psaume CIV, 2 à 5. Nous trouvons dans ce psaume le même sentiment de la nature et souvént les mêmes expressions que dans les hymnes à Aten et à Amon-Rà.
À birations morales parfois très pures et très élevées. 2
Mais quelle est la religion, en dehors du iahvisme, quia
proclamé comme dogme fondamental et comme pre- mier devoir religieux : « Dieu est absolument juste, et il faut que la justice soit ! [ahvé aime la miséricorde et
non les sacrifices ! » Au nom de quelle divinité natio-
nale a-t-on annoncé le jugement suprême :
Les yeux de Iahvé sont sur ce royaume pécheur Je le détruirai de sur la face de la terre !
Quelque grandes qu’aient pu être les influences orien-
tales sur la religion d’Israël, il reste dans le monothéisme des prophètes un élément essentiel que l’on ne saurait expliquer par les antécédents de la race sémitique ou par les influences des civilisations voisines. Ici sans doute intervient un facteur souvent méconnu par notre déterminisme historique, mais qui n’en a pas moins une certaine importance dans lhistoire de lhumanité, et particulièrement dans l’histoire de la pensée religieuse : c’est la libre personnalité. Le monothéisme hébreu est une création individuelle, une variation spontanée dans l’évolution et non un résultat de l’action du milieu. En Israël il s’est élevé des hommes de Dieu.
vrérre
Table des Matières
CHAPITRE PREMIER. — Le iahvisme populaire...
Les religions sémitiques ................. 11
El, Baal, Mélek. — La religion tribale. — Naturisme. — Les mythologies sémitiques. — Crainte et sentiment de 1 dépendance. — Sainteté et impureté. — Sacrifice tribut et expiation. — Religion de la parenté et sacrifice communiel.
Tahve Dieu d'Israël. 7.25, 7. CU ve AE
lahvé, dieu naturiste, élohim de la montagne, du feu, de l'orage. — lahvé, le dieu guerrier. — lahvé, ami et protecteur de son peuple. — lahvé, dieu du jugement. — La puissance de lahvé.
Re IE dahvistes ee 0 ct re 371 0
Les sanctuaires. — Les symboles cultuels, tendance anti- But) idolâtrique. — Evolution du sacrifice. — Lois de pureté, “500 circoncision.
14 Re. IJahvé et les élohim, la monolâtrie....... Men Le
De Israël et ses voisins. — Influences syncrétiques. — Survi- AE vances animistes. — Religion hénothéiste.
CHAPITRE 1. — Les premiers prophètes. La lutte contre le syncrétisme et la civilisation........ 49
LS Dieers prophètes ee ane ee EE ne.
… Les nébim. — L'inspiration prophétique. — Les hommes de lahvé, prophètes et voyants.
Le prophète Elie. Tahvé et, Baal. ........ SES
Civilisation profane. — Les prophètes contre la civilisation et le baalisme. — Rékabites et Naziréens.
Elie le Thishbite. — Pour lahvé ou pour Baal ! — Iahvé défenseur du pauvre. — Iahvé juge son peuple. — Triom- phe du parti prophétique. RES La‘iradition mosaique...
Iahvé, dieu législateur. — Le décalogue et le Code de l'alliance. — Opposition à l'animisme et à l'idolâtrie. — Religion de justice et de bonté. — Philosophie de l'histoire, le peuple élu. R