LES HOMMES DE IAHVÉ. PROPHÈTES ET VOYANTS
hommes mystérieux en relations avec l’invisible.
Dans les temps de crise, les foules subissent la contagion de leur délire '. Les nebiim deviennent alors les grands entraîneurs de Ia nation. Lorsque l'étranger envahit la terre de Iahvé ; lorsque les Philistins ou les Araméens oppriment Israël, ils vont pleins de la force de l'esprit, ils relèvent les courages abattus et refont
l’âme de la nation*.
A côté du nabi, l’ancien Israël a connu un autre inspiré, le rohé, voyant. Le voyant vit seul ; son inspiration est moins violente et moins inconsciente que celle du prophète ; son langage est toujours intelligible. Il à la science de l’avenir et il rend des oracles. On le consulte sur les cas graves de la vie privée ou de la politique, et il donne la réponse de Iahvé*. Maïs de bonne
1 Le cas de contagion le plus célèbre est rapporté dans l’histoire de Saül poursuivant David. (1 Sam. XIX, 20 à 24). « On dit à Saül : « David est à Najoth près de Rama ». Saül envoya des gens pour prendre David. Ils virent une assemblée de prophètes qui prophétisaient, ayant Samuel à leur tête. L’esprit de Dieu saisit les envoyés de Saül et ils se mirent eux aussi à prophétiser. On en fit rapport à Saül qui envoya d’autres hommes et ceux-là aussi prophétisèrent. Il en envoya encore pour la troisième fois et ils prophétisèrent également. Alors Saül alla lui-même à Rama Et l'esprit de Dieu fut aussi sur lui, et Saül continua son chemin en prophétisant jusqu’à son arrivée à Najoth près de Rama. Il ôta ses vêtements et il prophétisa aussi devant Samuel. Et il resta nu par terre tout ce jour là et toute la nuit. »
2 C’est, en effet, dans les jours de malheur public et de désorganisation politique, que le prophétisme est le plus actif. Lorsqu’Israël est prospère et jouit paisiblement de l'éclat de sa puissance mondaine, les prophètes sont plus rares et moins écoutés.
3 Saül et son serviteur consultent Samuel pour des ânesses perdues : « Le serviteur dit à Saül : Voici, il y a dans cette ville un homme de Dieu, c’est un homme considéré ; tout ce qu’il dit ne manque pas d'arriver. Allons-y, peut-être nous fera-t-il connaître le chemin que nous devons prendre... Voici, j’ai sur moi un quart de sicle d'argent, je le donnerai à l’homme de Dieu et il nous indiquera notre chemin. I Sam, IX, 6 à 8.
heure, une alliance étroite paraît s’être établie entre le voyant et les nebiim. Samuel, d’après la tradition, était en relations avec les communautés de prophètes d’Ephraïm. Elie, qui vivait comme un voyant, solitaire ét redouté, paraît avoir trouvé chez les fils de prophètes ses plus actifs auxiliaires. Le jour vint où rohé et nabi furent considérés comme synonymes ; et le rédacteur des traditions d’Israël, racontant la première rencontre de Saül et de Samuel, ajouta cette étrange glose :
Autrefois en Israël quand on allait consulter Dieu, on disait : Venez, et allons au voyant ! Car celui qu’on appelle aujourd’hui le prophète, s’appelait autrefois le voyant!.
C’est que voyant et prophète mettent leur enthousiasme au service de la même cause : Pour Israël et pour lahvé ! En face de tous les ennemis, ceux du dehors et ceux du dedans, ils défendent lidéal patriotique et religieux.
Is sont d’abord les collaborateurs fidèles des chefs réguliers du peuple, prêtres ? et rois. Le kohen et le mélek étaient eux aussi les hommes de Iahvé. Samuel est élevé par les prêtres et c’est lui qui sacre les rois. Nathan vit à la cour de David. Il y a des prophètes à Béthel à côté du temple*. Les prophètes sont consultés
* Sam, IX, 9. Les nebiim furent eux aussi consultés moyennant
finance comme les voyants. Amatsia considère Amos comme un marchand de prophéties.
(Amos VII, 13).
2 Par ses fonctions, le rohé est apparenté au prêtre le kohen. Les anciens Arabes appelaient leur devin kohen. Les kohanim consultaient eux aussi Iahvé. Mais ils rendaient leurs oracies non dans des crises d'enthousiasme, mais en se servant de l’éphod, de l’ourim et du tummim.
IT Rois II, 3.