CIVILISATION PROFANE
au conseil royal! et ils accompagnent l’armée en temps de guerre *.
Mais le jour va venir où les inspirés s’opposeront à la religion baalisée des sanctuaires et à la politique mondaine des maîtres de l'Etat. Et c’est dans cette crise de la conscience iahviste qu’est le moment décisif de Phistoire d'Israël.
La lutte contre la civilisation et le syncrétisme
Israël évoluait de l’état semi-patriarcal à l’état de nation civilisée. La puissance de David et de Salomon avait étendu son horizon au-delà des frontières de Palestine, de Tyr à Damas et du Liban jusqu’à l'Egypte. La maison de David comptait désormais parmi les dynasties de l'Orient. Elle dominait de nombreux peuples tributaires. Elle était en relations avec les cours étrangères. Des princesses égyptiennes et phéniciennes ornaient le harem du roï ; et la reine de Séba venait pour contempler la magnificence et la sagesse de Salomon. Jérusalem, l’ancienne cité des Jébusiens, était devenue une capitale avec des palais bâtis à la manière égyptienne et un temple au clergé nombreux, au cérémoniel magnifique.
Cet éclat profane devait être de peu de durée. David et Salomon avaient méconnu la destination de leur peuple et ils avaient bâti sur le sable. Israël n’était pas fait pour entretenir une forte armée, une flotte, une cour brillante. La civilisation salomonienne que les chroniqueurs d'Israël vantent comme un âge d’or était quelque chose de factice, un grand « en vain ». D’ailleurs, elle
4 I Rois XXII, 1 à 28.
AH ROISEITI, 10à7 19.
ne pénétra guère que Jérusalem et une partie du pays de Juda. Les tribus du Nord n’abandonnèrent jamais leur vie primitive, revendiquant âprement leur liberté et maudissant les exactions du pouvoir royal. A plusieurs reprises, elles essayèrent de secouer le joug et l’on entendit le cri de révolte : « À vos tentes, Israël ! » À l’avènement de Roboam, elles s’affranchirent *.
Les temps qui suivirent furent des jours de crise et de décadence. Le royaume du Sud réduit à Benjamin et à Juda continuait une existence précaire au milieu des souvenirs de son grand passé. Le royaume du Nord restait agité, incapable d’organisation. Les révolutions de palais faisaient et défaisaient les dynasties. Point de grande capitale, point de gouvernement centralisé. L'autorité du prince était incertaine et sa puissance médiocre.
Cependant, les Omrides parurent qui furent des chefs énergiques et de vaillants guerriers. En des circonstances difficiles, ils donnèrent à Israël une place de premier ordre parmi les peuples syro-palestiniens*.
Damas était alors au faîte de sa puissance. Il maintenait sous sa suzeraïineté les peuples voisins depuis
1 Cette révolution paraît avoir été provoquée ou encouragée par les prophètes. Achija de Silo arrêta dans les champs Jéroboam fils de Nebath et il lui dit : « Ainsi parle Iahvé. Voici, je vais arracher le royaume de la main de Salomon et je te donnerai dix tribus... Je te bâtirai une maison comme j'en ai bâti une à David et je te donnerai Israël. » I Rois XI, 26 à 40.
? Les inscriptions assyriennes distinguent les Omrides parmi les petits rois vassaux de Damas. Même après le massacre des enfants d’Achab, ils appellent Israël « la maison d'Omri ». Jéhu est appelé par Salmanazar II « Jéhu fils d’'Omri ». Maspéro, Histoire ancienne, II, p. 780. Winckler, K.I.A.T.®, p. 247.
# A la bataille de Karkar, Adadidri, roi de Damas, marche à la tête de douze rois et d’une armée de 100.000 hommes. Maspéro, Histoire ancienne, III, 69-71.