CIVILISATION ET SYNCRÉTISME RELIGIEUX
le pays des Khâti jusqu’en Juda. Les Omrides luttèrent énergiquement pour briser ce joug, et ils y réussirent dans une certaine mesure. Achab défit plusieurs armées araméennes et cessa de payer tribut.
Avec un sens très remarquable des conditions politiques, les Omrides s’appuyèrent sur Juda enfin réconcilié avec Israël, et sur la Phénicie où le roi Ithobaal venait de restaurer l’ordre après une longue anarchie. . Omri maria son fils à une princesse phénicienne Jézabel fille d’Ithobaal, et Achab maria sa fille Athalie au fils de Josaphat.
Israël connut de nouveau la puissance et la prospérité. Les Moabites, qui depuis le schisme s’étaient affranchis, rentrèrent sous le joug. Omri donna à son royaume une forte capitale, Samarie. Achab bâtit des villes nouvelles ! et organisa le pays en districts.
Sous l'influence de la Phénicie, les mœurs de l’aristocratie se transformèrent. Les farouches montagnards d’Ephraïm oubliaient la vie simple d'autrefois. Le bienêtre augmentait. Le luxe, l’industrie, l’art de bâtir devinrent ce qu’ils avaient été à Jérusalem sous Salomon. Achab se fit construire un palais avec des jardins à Jizréel et une maïson d'ivoire à Samarie ‘.
Mais dans cette œuvre de restauration, les Omrides se heurtèrent aux instincts les plus profonds d’Israël. Leur puissance était toute profane, fondée sur la seule force de leur armée de mercenaires, sur l'éclat de leurs richesses et sur l’habileté de leur diplomatie.
La tradition a fait d’eux les adversaires du iahvisme, les persécuteurs des adorateurs de l'Eternel. Sans doute, c’est là une accusation injuste. Omri, Achab, Jotham
I Rois XVI, 34 ; XXII, 39.
I Rois XX, 14-15.
I Rois XXI, 1 ; XXII, 39.
furent certainement attachés au culte national comme l’avaient été leurs prédécesseurs. Achab, l’impie, le maudit avait donné à ses enfants des noms théophores authentiquement iahvistes : Achaziah, Jéhoram, Athaliah. Il s’entourait de prophètes de Iahvé et les consultait dans les occasions difficiles *. Maïs tout élargissement de l'horizon politique d'Israël favorisait le syncrétisme religieux. Il convenait d’être hospitalier pour les dieux des pays alliés : Jézabel put faire élever un temple à Samarie en l’honneur du Baal de ses pères” comme si elle avait été dans une colonie phénicienne. Et les enfants d'Israël purent adorer Melkart, le dieu du soleil brülant et de la chaleur de l'été“. Le feu sacré était allumé dans son sanctuaire, symbole de la vie et de la mort, de la création et de la destruction. Son culte était sévère et cruel. Il aimait les sacrifices de taureaux et les sacrifices d'enfants et de jeunes filles. Ses prêtres l’adoraient avec des danses sauvages en poussant des hurlements et en se tailladant les chairs ‘. Et à côté du Baal, on adorait sa déesse parèdre Baalat, Milkat, Astarté ; et des hiérodules des deux sexes lui étaient consacrés”,
1 I Rois XXII, 1-23.
? Ithobaal (Baal est avec lui), avait été grand prêtre de lAstarté sidonienne.
# Voir Tiele, Hist. comp. des rel. de l'Egypte et des peuples sémitiques, p. 311-319. Baethgen, Studien z. s. R. p. 20-28, Fr. Jeremias, Les Araméens el les Phéniciens dans le Manuel de Chantepie de la Saussaye, p. 179. Dussaud, Notes de mythologie syrienne, p. 131 à 160. Melkart était le maître de Tyr et le roi de la cité. Les Phéniciens ont importé son culte dans toutes les colonies. Aux époques du syncrétisme, le Baal tyrien, dieu colonisateur et vainqueur des Barbares, a été identifié avec Héraklès. Corpus inscriptionum semiticarum, 1, p. 150 à 152. Lagrange, Religions sémitiques, p. 487-488,
* I Rois XVIII, 26-29.
5 La mention des 400 prophètes d’Astarté (1 Rois XVIII 19) est probablement une glose. Voir Benzinger, Die Bücher der Kônige, Tübinguen, 1899, p. 109. Cependant, il est dit expressément (I Rois