LES PROPHÈTES CONTRE LA CIVILISATION
Ce n’était pas là une révolution religieuse. Salomon, en des circonstances analogues, avait élevé des autels aux dieux des peuples voisins’, et Israël ne paraît pas y avoir trouvé rien d’anormal. On adorait les nouvelles idoles comme on avait adoré les Baalim et les Astartès des Cananéens. La tendance naturelle du peuple au polythéisme et l'esprit de flatterie et d'imitation rendirent le culte importé par la reine fort populaire à Samarie.
Mais les iahvistes fidèles considérèrent ce syncrétisme comme une infidélité à la tradition nationale, comme une injure à Iahvé. Iahvé ne pouvait supporter l’invasion des coutumes étrangères et les cultes d’un peuple corrompu. La maison d’Omri vit se lever contre elle les partis les plus vivants et les plus énergiques du peuple, les vieux israélites qui ne se laissaient pas éblouir par la magnificence des palais de Samarie, par le luxe et les richesses de la maison du roi.
En réaction contre la civilisation, les Naziréens et les Rékabites revinrent à la simplicité des mœurs primitives.…. L’âme d'Israël était tournée vers le passé. Dans les nouvelles conditions de la vie au pays de Canaan, elle gardaiït en elle la nostalgie du désert et le souvenir toujours vivant des temps primitifs où les patriarches erraient à travers la steppe et dressaient leur tente à l'ombre des chênes de Mamré et aux oasis de Beershéba. L’immigration dans le royaume du nord de nouveaux éléments de population venus du sud de Ia Palestine, des familles de Kénites (peut-être aussi des Lévites venus de Kadès) fortifiait encore cette tendance
XVI, 33), qu’Acbab fit faire une idole d’Astarté. Astarté était chez les Phéniciens, plus que chez aucun peuple sémitique, la déesse des voluptés brutales et des orgies sacrées.
1 1 Rois XI, 3-8,
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ancestrale ‘. La vie du pasteur devint un idéal religieux. Le Kénite Jonadab ben Rékab? fit prométtre à ses enfants de ne jamais abandonner la vie nomade, de ne pas cultiver la terre, de ne pas boire de vin, de vivre sous la tente en gardant les troupeaux *.
C'était une véritable secte religieuse. Tous les vrais iahvistes défendaient ainsi l’idéal patriarcal contre les mœurs cananéennes et étrangères. Les nazirs avaient fait eux aussi vœu de s’abstenir du produit de la vigne et des jouissances de la civilisation. Ils laissaient croître librement leur chevelure comme signe de consécration à Iahvé‘. Ils ne paraissent pas avoir vécu en communauté. Le naziréat était un ascétisme privé. Mais dans la lutte pour Iahvé, les nazirs devinrent des auxiliaires du parti prophétique *.
1 C’est Eduard Meyer qui a signalé l’importance des tribus du sud dans la conservation du mosaïsme et dans la formation de la religion d'Israël. Die Israeliten und ihre Nachbarstämme, Halle, 1906, p. 84 à 88, 132-133, 166-167. La presqu’ile sinaïtique et le Aésert de Judée auraient été la grande forteresse du iahvisme. C’est de là que serait parti le mouvement réformateur du 1x%° siècle, la réaction des nomades contre le syncrétisme cananéen.
? D’après I Chron. II, 55, les Rékabites étaient des Kénites.
5 Jérémie XXXV, 6-7. « Jonadab, fils de Rékab, notre père, nous a donné cet ordre : Vous ne boirez jamais de vin ni vous ni vos fils, et ne vous bâtirez point de maisons, vous ne sèmerez aucune semence, vous ne planterez point de vignes et vous n’en possèderez point. mais vous habiterez sous des tentes toute votre vie. »
Il faut rapprocher de ce texte la description des mœurs des Nabatéens dans Diodore XIX, 94. « Ils vivent sous le grand ciel et c’est une loi parmi eux de ne pas semer de blé, de ne planter aucun arbre fruitier, de ne pas boire de vin, de ne pas bâtir de maisons. Quiconque viole cette loi, est puni de mort. »
Conf. la dédicace retrouvée à Palmyre, « au Dieu bon et rémunérateur qui ne boit pas de vin. » Lagrange, Relig. sémitiques, p. 506-507.
# Juges XIII 14; Nombres VI, 1-9.
5 Amos II, 11-12. Amos cite les naziréens à côté des prophètes comme envoyés de Iahvé.