‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 18 sur 130 · ELIE. IAHVÉ ET BAAL · texte numérisé non relu

ELIE. IAHVÉ ET BAAL

Les prophètes doivent avoir formé à cette époque d'importants groupements du côté de Béthel, à Guilgal, dans la vallée du Jourdain et peut-être aussi au Carmel’. Leur popularité était très grande. En face d’un gouvernement paganisé, ils représentaient la conscience nationale et iahviste. Ils étaient les agitateurs d'Israël, les hérauts de Iahvé qui luttaient contre le baalisme et préparaient l’extermination de la maison d’Omri.

Le prophète Elie

La tradition nous a conservé l’image grandiose du plus puissant de ces prophètes, Elie le Thishbite?. Elie est l’homme du désert, il vit dans la solitude et s’abrite dans le creux des rochers. Et lorsqu'il veut se réfugier

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2 Le cadre de la vie d’Elie est légendaire. Comme le remarque Wellhausen, la légende seule pouvait conserver les traits d’une telle figure. « Die Sage kônnte sein Bild festhalten aber nicht die Geschichte. » Israel. und jüd. Geschichte, p. 76. Pendant plusieurs générations, la tradition de l’homme de Iahvé s’est conservée dans les souvenirs populaires, jusqu’au jour où elle a été définitivement fixée par un prophète (probablement originaire du royaume du Nord et contemporain d’Osée). L'auteur de la vie d’Elie est un véritable historien religieux. Il a senti l’importance décisive des grandes luttes qu'il raconte pour l’avenir d’Israël et du jiahvisme. Son récit sobre de style, mais d’yne extraordinaire puissance (ex. le récit du sacrifice sur le Carmel et le récit de la fuite d’Elie), contraste étrangement avec les notices précises mais sèches, de l’annaliste des rois d'Israël. Benzinger, op. cit, p. 105, 106 et 116, 117 et Gunkel, Elias, Tübingen, 1906. p. 35-44. Le livre des Annales des rois nous représente Achab comme un prince vaillant et généreux. Il n’est nullement l’adversaire des prophètes dans les guerres syriennes (Chap. XX et XXII). La Vie du prophète Elie (I Rois XVII, XVIII, XIX et XXI), considère le roi et la reine comme des monstres d’impiété et d'iniquité. Elie est le vrai chef d'Israël, le représentant de la conscience nationale, en face d’un gouvernement apostat et criminel.

62 CHAPITRE Il. — LES PREMIERS PROPHÈÊTES

auprès de son Dieu, ce n’est pas dans les sanctuaires officiels de Béthel et de Guilgal qu’il vient adorer ; mais il marche quarante jours et quarante nuits à travers la steppe jusqu’à la montagne d’Elohim en Horeb. C’est là qu’il retrouve le Iahvé des ancêtres, le Dieu terrible de la montagne, le Dieu pastoral et guerrier qui n’a jamais pactisé avec la civilisation .

Elie est plein de zèle pour Iahvé Sebaoth. Sans tenir compte d’aucune considération politique ni d’aucune tradition cultuelle, il pose la question avec une audacieuse clarté : Pour Baal ou pour Iahvé !

Elie dit au peuple: « Jusqu'à quand boiterez-vous des deux côtés ? Si Iahvé est Dieu, suivez-le ; et si c’est Baal, suivez-le ! ? »

Il déclare une guerre impitoyable à l’idolâtrie phénicienne et massacre de sa propre main les 450 prophètes de Baal.

Le monothéisme universaliste a commencé là. La foi au Dieu unique n’est pas le produit d’une laborieuse spéculation philosophique, mais l’aboutissant d’une lutte pour la conservation nationale, d’une réaction violente contre le syncrétisme*.

Cet enthousiasme fanatique pour la pureté de la religion iahviste procède de raisons morales autant que patriotiques. La tare du baalisme phénicien était dans ses pratiques grossièrement superstitieuses, obscènes et cruelles. Et la conscience israélite devait se révolter

+ Elie le prophète nomade. V. Gressmann, Die älteste Geschichtsschreibung und Prophetie Israels, p. 269, 270.

? I Rois XVIII, 21.

* Elie ne s’est pas seulement élevé contre le Baalisme phénicien, il devait aussi s’opposer au iahvisme baalisé et aux pratiques idolàtriques de la religion populaire. Le Dieu d’Israël pouvait-il supporter le paganisme des bamoth cananéens !

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