‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 19 sur 130 · IAHVÉ DÉFENSEUR DU PAUVRE · texte numérisé non relu

IAHVÉ DÉFENSEUR DU PAUVRE

devant de tels débordements'. Lorsque Jéhu rencontra Joram à Jizréel, il répondit à son salut :

Quelle paix tant que durent les prostitutions de Jézahel ta mère et la multitude de tes sortilèges ? !

lahvé, le Dieu d'Israël, est le Dieu de la justice sociale, ‘le défenseur du pauvre et le vengeur de l’opprimeé. Lorsque Achab, après avoir fait massacrer Naboth, allait prendre possession de sa vigne, Elie vint au-devant de lui et lui annonça le châtiment de Iahvé :

Ainsi a dit lahvé : Tu es un assassin et un voleur... Voici, je ferai venir le malheur sur toi, je te balaierai, j’exterminerai ta maison*.

Le crime d’Achab n’avait rien d’inoui dans l'Orient sémitique. David et Salomon ont commis de plus grands forfaits sans qu’Israël ait pour cela moins admiré leur piété et leur sagesse‘. Le meurtre de Naboth pouvait être considéré selon le mot de Renan comme « une expropriation pour cause d'utilité publique ». Mais Île prophète ne peut admettre que le faible ne soit qu’une quantité négligeable et qu’on sacrifie les petits aux caprices des grands. Le prophète est le défenseur des droits du peuple menacés par la nouvelle royauté.

. 1 Voir l’étude si originale et si suggestive de Gunkel : Elias Jahve und Baal, p. 54-56.

? II Rois IX, 22. Jézabel restera pour des siècles, le type de la séductrice qui fait tomber les fidèles dans l’impudicité, Conf. Apocalypse, II. 20-22,

& [ Rois XXI, 19-21.

* Comme David Achah était généreux, n’a-t-il pas épargné son puissant ennemi, Ben-hadad, à la bataille d’Aphek (I Rois XX, 32-34). Comme David Achab pleure sur son crime et se repent (I Rois XXI, 27-29).

5 Dans l'affaire de Naboth se manifeste le conflit entre la civilisation royale et le génie national. Achab, en forçant un homme à lui céder l’héritage de ses pères, violait une tradition vénérable et sacrée.

K, Buade, Die Rel, des V, Israël, p. 112.

Arrivé à cette hauteur, le iahvisme ne pouvait plus se confondre avec le patriotisme vulgaire. Iahÿé n’est plus l’élohim complaisant toujours au service de ses adorateurs et qui fait réussir son peuple en toutes circonstances. Avec Elie, le divorce commence déjà entre les fins politiques que poursuivent les chefs de la nation et la volonté juste de Iahvé. Iahvé n’est nullement servi par les triomphes d’Achab sur les Moabites et sur les Araméens. Il n’hésite pas à châtier le vaillant prince, le bouclier d'Israël et il le livre aux flèches de l’ennemi.

Parce qu'israël a été infidèle «: s’est prosterné aux pieds de Baal, Iahvé le frappera par la sécheresse, la famine, la guerre. Lorsque Elie lassé et découragé se fut réfugié dans la caverne de l’Horeb, Iahvé le réconforta dans une vision grandiose et sauvage et lui montra les impitoyables exterminations qui allaient venir.

lahvé dit à Elie : Sors et tiens-toi dans la montagne devant Ilahvé ! Et voici lahvé passa. Et devant Iahvé, il y eut un vent fort et violent qui déchirait les montagnes et brisait les rochers : Iahvé n’était pas dans le vent. Et après le vent, ce fut un tremblement de terre : Iahvé n’était pas dans le tremblement de terre. Et après le tremblement de terre, un feu ; Iahvé n’était pas dans le feu. Et après le feu un murmure doux et léger. Quand Elie l’entendit il s’enveloppa le visage de son manteau, et étant sorti, il se tint à l'entrée de la caverne!.

1 D’après l'explication traditionnelle de ce texte, le murmure doux et léger symboliserait la bonté de Iahvé, opposée au zèle violent du prophète : « C’est cette voix douce et tendre qui va mêler désormais sa note aux tonnerres de Iahvé et donner au prophétisme cet accent unique de colère et de tendresse qui allait finir par briser et par fondre le cœur de pierre de la vieille humanité. » Darmesteter, Les Prophètes d'Israël, Paris, 1895, p. 31.

On voudrait bien que cette belle interprétation fut exacte. Nous aurions ici une page vraiment prophétique, ce serait l’aurore de l’évangile, la vision du Père céleste, Malheureusement, il n’y a rien de tout cela dans le contexte ; mais seulement l’annonce de crises

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