LE DÉCALOGUE ET LE CODE DE L'ALLIANCE
peuple Afin qu'Israël vive et qu’il soit heureux dans le pays que lahvé lui a donné’.
Mais ce qui élève la législation de l’alliance fort audessus de toute législation et de toute religion sémitique, c'est un grand sentiment d'humanité, de respect des faibles, d’amour pour les opprimés et pour les vaincus :. Les membres faibles du peuple ne sont pas une quantité négligeable et ne doivent pas être sacrifiés au bien-être des forts. Le maître a des obligations envers son esclave. On ne doit affliger ni la veuve ni l’orphelin, on ne doit pas être dur avec l’indigent ; il n’est pas permis de faire fléchir le droit du pauvre ; car Iahvé relève le droit de l’innocent et châtie impitoyablement les orgueilleux et les iniques. Tous les sept jours, il y aura un jour de relâche pour que le bœuf et l’âne se reposent et que l’esclave puisse reprendre haleine. Tous les sept ans, les terres et les fruits de la vigne et de l'olivier seront laissés aux pauvres d'Israël ; tous les sept ans, les esclaves d’origine israélite seront relâchés. L’étranger luimême doit être respecté et traité avec bienveillance. Qu'Israël se souvienne qu’il a été étranger au pays de Mitzraim.
1 Ces limites étaient nécessaires. Les hommes de ce temps ne pouvaient s'élever jusqu’à un plus vaste horizon.
? Voilà ce qu’on ne trouve pas dans le code de Hammourabi. L’incontestable parenté entre la législation babylonienne et la législation hébraïque une fois reconnue, il convient d’affirmer contre toutes les prétentions, panbabylonistes, la grande supériorité morale du Livre de l'alliance. A part l’ordonnance sur le rachat des prisonniers, $ 32 et les lois qui défendent au créancier une trop grande cruauté vis-à-vis du débiteur insolvable, $ 48, $ 113 à 117, on chercherait en vain dans tout le code de Hammourabi, des préoccupations de pitié et de miséricorde envers le faible. Voir Johannes Jeremias, Moses und Hammurabi, p. 51 à 54. E. Sellin, Die altestament®, Religion im Rahmen der Orientalischen, p. 24-25. Ph. Berger, Le code d'Hammourabi, dans Conf. du Musée Guimet, T. XX, p. 191 à 240,
Un tel code était une admirable utopie. Le législateur du livre de l’alliance place la justice de Iahvé au-dessus de toutes les nécessités politiques et économiques. Cette justice ne trouve son accomplissement que dans l’amour et la miséricorde. La pitié est au-dessus de la légalité‘.
Le Dieu qui a donné à son peuple cette thora n’est plus un élohim comme les autres. Les élohim des peuples étrangers, les petits bons dieux locaux et nationaux font pauvre figure à côté de lui. Iahvé est déjà le Dieu de l’histoire, le tout puissant créateur du monde, le maître des hommes et des choses.
Le iahviste voulant raconter l’histoire de son peuple et l’œuvre de Iahvé fait commencer son récit à la création du monde et l’histoire d'Israël s’étend jusqu’au cadre grandiose d’une histoire universelle. Les traditions cosmogoniques de l’Orient servent de fond à la description des gestes de Iahvé. Mais une pensée religieuse d’une incomparable spiritualité transforme les données traditionnelles et en fait quelque chose d’absolument nouveau. Un Dieu personnel, le Dieu vivant est à l’œuvre dans le monde. Il y manifeste sa puissance et son activité par les révolutions cosmiques et par les crises de l’histoire.
Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre ; il fit l’homme à son image en soufflant dans ses narines un souffle de vie” ; il lui donna une aide semblable à lui ;
* Ici Renan remarque avec beaucoup de justesse : « Le parfait contraste avec cela, c’est l’inflexibilité juridique des Romains pour lesquels la loi n’a en vue que le droit absolu et ne connaît pas de pitié. » Hist. d'Israël, IL, p. 376.
? Ici encore, c’est par son caractère éthique que la tradition hébraïque se distingue de la tradition babylonienne. Le prophète insiste sur le caractère personnel du créateur et sur son indépendance vis-à-vis de la création. Les idées d’abîme et de matière primitive passent à larrière plan, le principe actif et volontaire est seul