‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 25 sur 130 · LA PUISSANCE ASSYRIENNE · texte numérisé non relu

LA PUISSANCE ASSYRIENNE

de les détruire les déportant sur des terres nouvelles. Ils ont épuisé l'Orient à force de pillages et de massacres. Impuissants à organiser ', ils n’ont jamais réussi à établir l’unité de l'empire. La civilisation de Ninive, Assour, Dour-Sharroukin, Kalak était riche de toutes les dépouilles des vaincus, mais sans originalité. Les basreliefs de ses palais, avec leurs scènes de guerre, de triomphe et de supplices, nous disent la force barbare d’un peuple de soldats”. Mais dans le domaine des arts de la paix, l’Assyrie n’a rien créé. Elle a tout reçu de Babylone. C’est Babylone et non pas Ninive qui a formé l'Orient ; Babylone l’éducatrice des peuples, la mère des civilisations...

Ces terribles conquérants durent produire sur les peuples syro-palestiniens une grande impression d’épouvante. Certes, les guerres exterminatrices n’avaient pas manqué jusque-là... Les armées égyptiennes aux xvi° et xv° siècles n'étaient pas miséricordieuses pour les vaincus. La domination de Damas au 1x° siècle n’avait rien de pacifique. Les petits peuples eux aussi s’entr’égorgeaient sans pitié et le roi d'Israël venait d’écraser Moab dans une guerre sanglante”... Mais cette fois, c’étaient des avalanches d'hommes qui emportaient tout sur leur passage.

1 I] faut faire une exception pour Sargon qui doit avoir eu des préoccupations civilisatrices et qui pratiquait une politique relativement clémente pour les peuples vaincus, lorsqu'ils lui paraissaient facilement assimilables, Maspéro, Hist. ancienne, II, p. 272-275.

? Esaïe XV, XVI. Renan, Histoire d'Israël, IL, p. 416 à 419, voit dans cette complainte sur Moab, l’œuvre du prophète Jona ben Amittaï.

Mais c’est trop donner à la conjecture.

Amos

Au moment où le fléau dévastait la Syrie du Nord, Amos, l’un des bergers de Tékoa, monta à Béthel pour annoncer les menaces de Iahvé".

Iahvé châtiera les peuples à cause de leurs crimes. Damas sera détruit et son pays deviendra un désert, Gaza et les villes des Philistins seront punies, Tyr, Edom, Ammon et Moab seront dévastées par le fer et par le feu...

Jusqu’à six fois, le prophète crie : « Malheur ! » aux nations coupables. A la septième fois, c’est au peuple de Jahvé lui-même que le châtiment est annoncé.

Ainsi parle Iahvé :

A cause de trois crimes de Juda

Et à cause de quatre, je ne révoquerai pas cet arrêt. J’enverrai le feu dans Juda,

Et il dévorera les palais de Jérusalem...

Ainsi parle Iahvé,

A cause de trois crimes d'Israël...

Voici je vais vous fouler,

Comme foule la terre un chariot plein de gerbes ?.

Le prophète qui osait proclamer cet étrange message était un Judaïte des déserts du Sud. Il avait grandi dans

1 Amos ne désigne jamais expressément Assour. Il n’en est pas moins vrai que la puissance assyrienne était à l’arrière-fond de son horizon politique. L’ennemi arrivait aux portes de la Palestine et la menace du prophète : ruine et déportation, devait paraître d’une saisissante actualité. Conf. V, 27 ; VI, 14.

Valeton jr. Amos und Hosea trad. allemande, Giessen, 1898, p. 10-11, fait coïncider la vocation prophétique d’Amos avec l’avènement de Tiglat-phalasar III (745). Ce prince fut l’un des guerriers les plus actifs et les plus redoutables et le bruit de ses premières campagnes aurait paru au prophète le signe précurseur du jugement de Iahvé.

? Amos II 4, 5, 6, 13.

AMOS LE BERGÈR DE TÉKOA 8i

un milieu patriarcal et semi-nomade où se conservaient encore les mœurs primitives et l’ancienne religion. C'était un pur iahviste. Iahvé était pour lui, non l’élohim de Béthel et de Guilgal, mais le Dieu des pères. Et c’est dans la solitude de la steppe et dans le silence de la nuit orientale qu’il avait entendu l’appel divin’.

Le lion rugit. Qui ne serait effrayé ?

Le Seigneur Iahvé parle. Qui ne prophétiserait ?

Puis il était monté vers les villes d'Israël et tout ce qu’il y voyait remplissait son âme d’amertume et de colère. Les guerres syriennes — un siècle de luttes incessantes avec des tributs ruineux et de cruelles razzias — avaient multiplié les misères. La renaissance du règne de Jéroboam n’avait profité qu’à une classe de privilégiés, les officiers heureux des dernières campagnes, les courtisans et les fonctionnaires du roi. L’antique simplicité avait disparu et la trop grande inégalité des fortunes entraînait les pires injustices. Les riches exploitaient les pauvres, accaparant les champs, spéculant sur le pain de l’indigent.

Ecoutez-moi, mangeurs de pauvres,

Grugeurs des faibles du pays !

Vous dites : « Quand la nouvelle lune sera-t-elle passée, Afin que nous vendions nos blés ?

Quand finira le sabbat, pour que nous ouvrions nos greniers ? Nous diminuerons l’épha et nous augmenterons le sicle,

1 Amos refuse d’être appelé prophète ou fils de prophète. Il n’a rien de commun avec les hommes à visions qui gagnent leur pain en débitant leurs prophéties. Il ne paraît pas avoir été en rapport avec les écoles de nebiim. Mais il se considère comme ayant reçu une vocation spéciale. Iahvé l’a pris derrière le troupeau et lui a dit : Va et prophétise !

* Amos VII, 10 à 15.

Et nous aurons de fausses balances pour tromper. Puis nous achèterons les misèrables pour de l’argent, Et le pauvre pour une paire de sandales,

Et nous vendrons jusqu’à la criblure de notre blé’. »

A la porte de la ville, les juges vendaient la justice au plus offrant et les petits devaient courber la tête et garder le silence *.

L’immoralité grandissait avec la richesse. Sans se soucier des malheurs du peuple, une aristocratie de jouisseurs étalait son luxe arrogant. Les femmes, ces « vaches de Basan », donnaient l’exemple de l’égoïsme et de l’impudeur*. Les hommes vivaient dans l’oisiveté menant joyeuse vie :

Couchés sur des lits d'ivoire,

Mollement étendus sur des divans,

Ils mangent les agneaux du troupeau,

Et les veaux engraissés à l’étable.

Is chantent au son du nébel,

Ils inventent des instruments de musique comme David, Is boivent le vin dans de larges coupes,

Ils se parfument avec l’huile la plus exquise

Et ne se soucient pas de la plaie de Joseph #.

Et le Tékoïte annonce la destruction des palais d'hiver et des villas d'été. Le bruit des orgies cessera, les riches et les chefs du peuple seront emmenés à la tête des captifs sur une terre étrangère :

Ainsi parce que vous avez foulé le misérable, Et que vous avez pris de lui du blé en présent, Vous avez bâti des maisons en pierre de taille,

1 Amos VIII, 4 à 6.

2 Amos V, 10 et 12.

& Amos IV, 1.

* Amos VI, 4 à 6.

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