RELIGION ET JUSTICE SOCIALE
Mais vous ne les habiterez pas ;
Vous avez planté d’excellentes vignes, Mais vous n’en boirez pas le vin.
Je changerai vos fêtes en deuil,
Et vos chants de joie en lamentations.
Je couvrirai de sacs tous les reins,
Et je rendrai chauves toutes les têtes !,
Il convient ici de se recueillir et de méditer sur ce cri de la conscience révoltée. Nulle part, dans l’ancien monde, nous n’avons trouvé des paroles comme celleslà. Les petits de la terre portaient douloureusement leur fardeau, victimes de tous les jeux de la force ; des multitudes d’esclaves étaient sacrifiés aux exigences d’une civilisation brutale, les peuples étaient broyés sous les chars de guerre. Et personne ne nous en a conservé la plainte”. Mais en Israël, les prophètes se sont levés pour protester au nom d’un Dieu juste et miséricordieux.
Il faut que la justice soit. C’est par la justice que Iahvé veut être adoré... La religion des sanctuaires avec ses rites compliqués est idolâtrie et mensonge.
Allez à Béthel et péchez,
A Guilgal et péchez plus encore !
Offrez le matin votre sacrifice,
Et payez vos dîmes au troisième jour !
Faites vos sacrifices d’action de grâce avec des azymes ; Publiez bien haut vos dons volontaires,
Puisque c’est cela que vous aimez, enfants d'Israël 2.
PPATDOSEN LL VIII 10;
? Dans la littérature religieuse de l'Egypte et de Babylone, les dieux sont quelquefois considérés comme les protecteurs du faible, (Voir notre dernier chapitre). Mais nulle part ailleurs que chez les prophètes, la préoccupation sociale et humanitaire n’a été placée au centre de la religion.
# Amos IV, 4-5.
84 CHAPITRE ill, — AMOS, OSÉE
Ce n’est pas dans les cérémonies de l’autel que Iahvé se manifeste. Ce ne sont pas les adorations du temple qui sauveront les enfants d'Israël au jour de la ruine’.
Amos est le plus grand représentant de la tendance anti-cultuelle dans le iahvisme. Il a senti la vanité des offrandes et des sacrifices sanglants. Le sacrifice esi une pratique inutile et une déviation de la religion :
Je haïs, je méprise vos fêtes,
Je ne puis sentir vos assemblées,
Quand vous m’apportez des holocaustes et des oblations, Je n’y prends aucun plaisir ;
Et les veaux engraissés que vous m'offrez en action de grâces, Je ne les regarde pas.
Loin de moi le bruit de vos cantiques,
Que je n’entende plus le son de vos nébels !
Mais que le droit jaillisse comme une source,
Et la justice comme un fleuve qui ne tarit point ! M'avez-vous offert des sacrifices et des oblations,
Pendant les quarante années du désert, maison d’Israël..….?.
Et le prophète n’hésite pas à annoncer la ruine du sanctuaire et la destruction du grand autel de Béthel. Jahvé lui-même brisera les cornes de l’autel et la ville sainte sera anéantie*.
Ce n’était pas la première fois que les prophètes parlaient d’un Dieu juste, garant de l’ordre moral et social. Nous avons vu que cette conception n’était pas étrangère à l’école d’'Elie. Même la religion populaire se représentait Iahvé comme un justicier impitoyable pour les iniques. Mais jamais encore cette vérité n’avait été proclamée avec tant de force. Nul n’avait ainsi affirmé le principe éthique jusque dans ses conséquences les plus révolutionnaires. Amos n'hésite pas à renverser la reli-
1 Amos V, 4 à 6.
2? Amos V, 21 à 25.