‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 27 sur 130 · LE PROPHÉTISME ET LA RELIGION NATIONALE · texte numérisé non relu

LE PROPHÉTISME ET LA RELIGION NATIONALE

gion traditionnelle ; à déciarer fausses et illusoires les plus précieuses espérances de son peuple, à maudire tout ce qu’Israël tenait pour sacré.

Il fit à son temps l'effet d’un blasphémateur et d’un révolté. Le grand prêtre Amatsia le dénonça à l’autorité civile comme conspirateur, ennemi du roi et de la patrie... Puis il le chassa du sanctuaire avec ces paroles pleines de sagesse :

Visionnaire, retourne en Juda, vas y gagner ton pain en débitant tes prophéties, mais cesse de prophétiser à Béthel, car c’est un sanctuaire du roi, une maison royale.

C’est ainsi que le prêtre et le prophète se sont rencontrés. Ils ne se sont pas compris et ils ne pouvaient pas se comprendre. Ils se réclamaient tous deux de Iahvé. Mais le Iahvé d’Amos n’avait presque plus rien de commun avec le Dieu de la religion populaire. Les Israélites se disaient : Iahvé est notre Dieu ; il nous protègera au jour du malheur, il nous délivrera de tous nos ennemis. Il est notre puissant bouclier, il peut briser devant nous les armées et les nations. La conscience sémitique ne pouvait se représenter l’élohim en dehors de la nation. Il naïssait, grandissait et mourait avec elle, et rien ne pouvait l’en séparer”. Annoncer que Iahvé allait abandonner et anéantir son peuple, c'était supposer que Iahvé pouvait se détruire lui-même !

Mais le Dieu qu’annonce le prophète n’est pas un simple Dieu national, il est le Dieu vivant, le créateur du ciel et de la terre, le Dieu des armées”, le maître du monde et des hommes.

1 Amos VII 10 à 13.

2 Voir notre Chapitre I.

3 J] ne s’agit plus ici des armées d'Israël, mais de toutes les puissances qui sont dans le ciel et sur la terre. Il est caractéristique que janïais Amos n’appelle Jahvé l’élohim d'Israël.

Voici celui qui a fait les montagnes et créé le souffle, Et qui fait connaître à l’homme ses pensées,

Celui qui change l’aurore en ténèbres,

Et qui marche sur les hauteurs de la terre,

Son nom est JIahvé, le Dieu des armées...

Il a créé les Pléiades et l’Orion,

I1 change les ténèbres en aurore,

Il obscurcit le jour pour en faire la nuit, Il appelle les eaux de la mer,

Et les répand à la surface de la terre :

Iahvé est son nom !*

Iahvé est le tout puissant et rien ne limite son action. Toute la terre est à lui depuis le sommet du Carmel jusqu’au fond de la mer. Son pouvoir s'étend jusqu’au royaume de la mort ; il peut poursuivre ses ennemis jusque dans le shéol *.

1 Amos IV, 13; V, 8. L’authenticité de ces deux textes est très contestée. On y voit des doxologies interpolées par un rédacteur postérieur. (Wellhausen, Die Kleinen Propheten, Berlin, 1898, p. 5, 80, 81. Stade, Biblische Theologie des A. T., p. 220. Marti, Dodekapropheton, Tübingen, 1904, p. 185, 186, 191. Nowack, Die kleinen Propheten?, Gôttingen, 1904, p. 145, 146, 149.

Cependant ces descriptions de la majesté de Iahvé n’ont rien d’incompatible avec l’ensemble de la théologie d’Amos (conf. IX, 2 à 4), et elles ne sont pas nécessairement un hors-d’œuvre dans le contexte. Le prophète s’indigne contre son peuple qui refuse d'écouter la voix du Dieu des armées, et il montre la folie des adorateurs qui cherchent dans les cérémonies des sanctuaires le créateur, le souverain maître du monde !

2Amos IX, 2 a 6:

D’après l’ancienne tradition hébraïque, la puissance de Iahvé s’arrêtait aux portes du shéol :

Le shéol, Iahvé, ne te loue pas,

La mort ne te célèbre pas ;

Ils n’espèrent plus en ta fidélité, ceux qui sont descendus au tombeau... Esaïe XXXVIII, 18-19.

Les cieux sont les cieux de Iahvé,

Et il a donné la terre aux enfants des hommes.

Ce ne sont pas les morts qui célèbrent Iahvé,

Ce n’est aucun de ceux qui descendent dans le lieu du silence.

Ps. CXV, 16-17.

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