IAHVÉ LÉ DIEU DES ARMÉES
C’est par libre choix et par un acte d'amour que Iahvé a fait d'Israël son peuple, retiré Israël du pays d'Egypte. Il la conduit quarante ans à travers le désert et il l’a établi dans le pays des Amoréens'… Mais le maître qui a donné a aussi le droit de frapper et de détruire. Israël n’a pas de privilège à revendiquer. IJahvé ne lui doit rien de plus qu'aux autres nations.
On peut dire que chez Amos, le iahvisme cesse d’être une religion nationale. En affirmant son idéal de justice le prophète s'élève au-dessus de toutes les frontières. Tous les peuples seront mesurés à la même mesure et jugés selon l’éternelle loi. Et le prophète, avec une logique impitoyable, affirme que les Koushites, un peuple méprisé, un peuple d'esclaves, ont autant de prix aux yeux de Iahvé que les enfants d’Israël :
N’êtes-vous pas pour moi comme les enfants de Koush, Enfants d'Israël, dit Iahvé, N’ai-je pas fait monter Israël du pays de Mizraïm,
Comme les Philistins de Kaphtor et les Syriens de Qir..?
Jahvé est avant tout le Dieu fort et jaloux, le Dieu justicier qui intervient dans la vie des peuples et qui exerce son jugement par les bouleversements de la nature et par les crises de lhistoire. La prophétie d’Amos n’est qu’un long cri de colère, l’annonce de la vengeance divine et des suprêmes rétributions.
1 Amos II, 10.
? Amos IX, 7. Ici le prophète refuse toute prérogative spéciale à la maison de Jacob ; il n’y a plus de peuple élu. Pourtant, dans d'autres textes, Iahvé appelle Israël ammi « mon peuple », « le peuple que j’ai choisi ». Amos II, 10 ; IIX, 2 ; VII, 15 ; VIII, 2.
Pour l’opposition entre la religion d’Amos et le iahvisme populaire, conf. l’étude de Nowack, Amos und Hosea, Tübingen, 1908, p. 20 à 28.
Le peuple attendait la venue du jour de Iahvé, de la grande catastrophe où le Dieu d’Israël manifesterait sa puissance. Au milieu de ses malheurs et de sa misère, condamné à une vie pénible et sans éclat, Israël s'était consolé en espérant. Il va bientôt venir, le jour du jugement, le jour de fureur, de ravage et de destruction, où Iahvé frappera ses adversaires, exterminera les nations étrangères et rétablira son peuple dans la paix et la félicité des temps paradisiaques ‘.
Amos ose affirmer que c’est là une espérance trompeuse. Les enfants d'Israël ne savent pas ce que le jour de Iahvé leur réserve. Ils disent : Iahvé, le Dieu des armées, est avec nous, car il nous a connus seuls parmi tous les peuples de la terre. Et le prophète de répondre: C’est justement parce que Iahvé vous a connus que vous serez les premiers châtiés*.
+ Cette tradition populaire du jour de Ilahvé ne nous est connue que par certaines pages des prophètes : Ë C’est un jour de fureur, Un jour de détresse et d’angoisse, Un jour de ravage et de destruction, Un jour de ténèbres et d’épais brouillards, Un jour où retentira la trompette et le cri de guerre. Sophonie I, 14-15.
De Sion Iahvé rugit, De Jérusalem ïil fait entendre sa voix.
Maïs Iahvé est un refuge pour son peuple, Une sûre retraite pour la maison d'Israël.
Joël III, 16.
Conf. Esaïe XXIV, 19-20 ; Nahoum I, 3 à 5 ; Ezéchiel XXXII, 7-8. Ce sont là vraisemblablement les fragments d’un mythe eschatologique racontant la lutte de Iahvé contre ses adversaires au milieu des catastrophes. Les prophètes ont fortement spiritualisé les données traditionnelles. Du drame naturiste ils ont fait un drame historique et éthique. Voir Gressmann, Der Ursprung der israelitisch-jüdischen Eschatologie, p. 141 à 158.
2 Amos II, 2.