LES MYTHOLOGIES SÉMITIQUES
« La façon nette et simple dont ils conçoivent Dieu séparé du monde excluait ces grands poèmes divins où l’Inde, la Perse, la Grèce ont développé leur fantaisie, et - qui n'étaient possibles que dans l'imagination d’une race laissant flotter indécises les limites de l'humanité et de l’univers.. Qu'il y a loin de cette étroite et simple conception d’un Dieu isolé du monde et d’un monde faconné comme un vase entre les mains du potier à la théorie indo-européenne animant et divinisant la nature, comprenant la vie comme une lutte, l’univers comme un perpétuel changement et transportant en quelque sorte dans les dynasties divines la révolution et le progrès. »
Ces considérations ne sont pas complètement exactes. Le polythéisme anthropomorphique qui organise la société divine à la manière des sociétés humaines, et qui multiplie les dieux et les héros, n’était pas étranger à l'Orient babylonien et phénicien. Sans doute, nous ne connaissons la mythologie phénicienne que par les fragments de Philon de Byblos, c’est-à-dire par des documents d’époque absolument récente et dont le sémitisme est fort mélangé d’influences grecques. Mais ce que nous apprenons chaque jour de la religion assyro-babylonienne nous montre suffisamment quelle était l’imagination mythologique des Sémites. Anou dans le poème de la création, Ishtar, dans l’épopée de Gilgamesh, sont des héros étrangement humains. Même dans la Bible, malgré la réaction monothéiste qui en a inspiré ou corrigé la plupart des livres, nous trouvons des restes nombreux des mythes populaires : luttes de Iahvé contre les monstres de l’abîme, mariage des Béné-élohim avec les
1 Renan, Hist, des langues sémitiques, p. 7. Contre la théorie de Renan, voir Rob, Smith, Die Religion der Semiten, p. 34-35.
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filles des hommes, création, déluge, tour de Babel, etc.
Il reste cependant que les Sémites n’ont possédé que des mythologies peu développées. Le mythe de la lutte de Tiâmat et du dieu créateur, l'épopée de Gilgamesh sont presque sobres et relativement peu dramatiques à côté des mythes de l’antiquité classique. Et quant aux Sémites du Sud, les plus primitifs, leur religion hénothéiste et leur civilisation patriarcale ne pouvaient être un terrain très propice à l’éclosion des légendes divines.
Il y avait à côté des dieux des déesses dont la puissance était très grande et le culte très répandu. Mais il ne paraît pas que le dualisme sexuel ait joué primitivement aucun rôle dans les religions sémitiques. Ce n’est qu'aux époques de syncrétisme que les divinités se marieront, engendreront et enfanteront. Shamash est un dieu chez les Babyloniens et une déesse chez les Minéens et les Sabéens‘. Bien qu’elle soit presque toujours associée au Baal comme déesse parèdre chez les Sémites du Nord, Astarté n’en est pas moins une divinité masculine chez les Sémites du Sud’. Astarté, Ishtar, la grande déesse de l’amour voluptueux et de la génération, que l’on adorait depuis la Phénicie jusqu’aux plaines de Chaldée par les pratiques d’un culte obscène, n’est pas nécessairement l’amante, l'épouse ou la mère ; chez les Assyriens, elle est aussi la déesse vaillante et guerrière qu’on invoque dans les combats 3.
1 F. Hommel, Grundriss der Geographie und Geschichte des À, O., p. 86-87.
? Wellhausen, Reste arabischen Heidentums, p. 208.
3 Morris Jastrow j, Die Religion Babyloniens und Assyriens. édit. allemande, Giessen, 1905-1913, I, p. 81 à 83 et 214 à 218.
Assourbanipal s'adresse à l’Ishtar d’Arbèles avant de partir en guerre contre lPElam : « Toi reine des combats, dame des batailles, princesse des dieux... Tiouman, le roi d’Elam, qui méprise les dieux d’Assour a demandé ses armes pour courir sus à l’Assyrie, O toi