‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 30 sur 130 · LES TEMPS NOUVEAUX · texte numérisé non relu

LES TEMPS NOUVEAUX

Nous ne nous dissimulons pas tout ce qu’une telle vision a d’inattendu. Amos n’était pas un optimiste. II

bien en opposition avec la manière habituelle du prophète : Amos n’a cessé d'annoncer la ruine totale de la nation et de polémiser contre la confiance trompeuse de ceux qui attendent le jour de Jahvé comme un jour de victoire. Comment a-t-il pu s’oublier ainsi, et parler, non plus de l’anéantissement d'Israël, mais du châtiment des seuls pécheurs et d’une expiation temporaire sur la terre d’exil.

Pourquoi le prophète parle-t-il d’une restauration de la maison de David, puisque Juda, coupable des mêmes crimes qu’Israël, a été frappé des mêmes menaces. (Amos II. 4-5). Cela n’indique-t-il pas un temps où le royaume du nord avait définitivement disparu de la face de la terre et où Juda ou la communauté juive, était dépositaire des promesses messianiques ?

Il est certain que la description de l’Israël restauré a une couleur exilique. Elle rappelle, jusque dans les détails du style, certaines pages de la prophétie deutéro-ésaïaque :

« Ils rebâtiront des villes dévastées et les habiteront, Ils replanteront des vignes et en boiront le vin,

Is feront des vergers et en mangeront les fruits,

Je les planterai sur leur sol... »

Comp. Esaïe LXI, 4; LXV, 21.

Ces arguments sont certainement très graves. Pourtant ils ne suffisent pas à démontrer irrévocablement l’inauthenticité de Ia prophétie. Faisons remarquer :

1° Amos n’a pas inventé l’espérance messianique. Elle était dans l’atmosphère religieuse d'Israël. L'idée qu’un reste se convertira, se trouvait peut-être déjà dans Elie. I Rois XIX, 18.

2° L’eschatologie de rédemption était toujours indissolublement associée à l’eschatologie de destruction. Conf. Gressmann, Die älteste Geschichtsschreibung und Prophetie Israels, Gôttingen, 1910, p. 356.

3° Amos n’a jamais complètement désespéré du salut d'Israël. Même dans les pages les plus sombres, il annonce encore :

« Cherchez Iahvé et vous vivrez…

Cherchez le bien et non le mal, afin que vous viviez, Et qu’ainsi lahvé, le Dieu des armées, soit avec vous. Haïssez le mal et aimez le bien ;

Faites régner la justice à la porte.

Peut-être Iahvé, le Dieu des armées,

Aura-t-il pitié des restes de Joseph. »

L'annonce d’une restauration de la maison de David n’a rien de

n’annonçait pas de bonnes nouvelles. On peut lui appliquer le mot de Wellhausen : « Il est l’un des fondateurs de la religion de la loi et non le précurseur de l’évangile'. »

Cependant aucun prophète n’a douté de lPavenir et du salut final de la nation. Fatigué de son douloureux message, Amos s’est laissé bercer lui aussi par le grand rêve d'Israël. Il a voulu espérer contre toute espérance, croire quand même au pardon de Iahvé.

Osée Quelques années plus tard”, un prophète éphraïmite

Osea ben Beeri vint proclamer un message analogue à celui d’Amos.

si anormal chez un judaïte. D’ailleurs la dynastie qui régnait à Jérusalem avait pour elle le souvenir d’un passé glorieux, tandis que la maison de Jéhu datait d’hier et n’était parvenue que par une révolution de palais.

D'une manière générale, les critiques contemporains, trop soucieux de logiquer la pensée des anciens prophètes, ont abusé de l’hypo-* thèse des interpolations. Renan a combattu cette exégèse ultra-radicale. « En trouvant dans Amos, dans Osée, la description du jour de Iahvé, les annonces de restauration nationale et d’unification du culte, les descriptions paradisiaques de l’avenir et l’annonce de la conversion des païens, on est tenté de voir là des interpolations. Il ne faut pas s’arrêter à ces doutes. Les extraits des anciens prophètes ont été faits d’une manière tendancieuse, en vue d’établir que les prophètes antérieurs à la destruction de Samarie, eurent sur les points importants, les mêmes idées que les modernes. Les passages n'ont pas été fabriqués, mais ils ont été choisis. » Hist. d'Israël, Ii, p. 439.

2 Israelitische und jüdische Geschichte, p. 115.

? La première partie du livre d’Osée, chap. I à III, a été écrite en des jours de prospérité, Israël vit encore dans le bien-être et les fêtes joyeuses (IT, 10 à 15) et le châtiment n’est pas venu sur la dynastie de Jéhu. (I, 4).

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