‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 31 sur 130 · VOCATION D'OSÉE · texte numérisé non relu

VOCATION D'OSÉE

Le règne de Jéroboam finissait. Sous les dehors toujours brillants agissaient les causes de corruption et de . décadence. L'édifice éphémère de la maison de Jéhu branlait déjà ; au premier changement de règne tout allait tomber en poussière. Et le péril assyrien devenait chaque jour plus imminent. Les armées du roi de Ninive avaient ravagé à plusieurs reprises Damas, Hadrak, les pays voisins d'Israël. Mais le peuple de Iahvé endormi dans une sécurité trompeuse ne comprend pas les signes des temps et refuse d’écouter la voix menaçante de son Dieu. ;

La vocation prophétique d’Osée se rattache à une douloureuse crise familiale’. Sa femme a été infidèle et s’est abandonnée aux pires débordements. Il a dû la chasser de sa maison... Et pourtant, malgré ses fautes, il ne peut cesser de l’aimer.…… Le cœur brisé, il espère encore. Comment a-t-elle pu oublier son premier amour ? Peut-être déçue et malheureuse va-t-elle laisser ses amants et retourner vers son mari !… Alors il lui pardonnera, il sera avec elle comme aux temps d'autrefois, il l’aimera pour toujours.

Et dans son malheur, le prophète voit le symbole de l’infidélité de son peuple. Mais la crise de son âme et son ardente compassion lui font comprendre la bonté de

1 L'interprétation réaliste des chap. I à III, nous paraît la plus vraisemblable. I1 est difficile de ne voir ici qu’une parabole. Cette parabole serait d’étrange allure, même pour l’Orient. En outre, le prophète dans sa lutte contre le syncrétisme sémitique, ne devait pas inventer des images aussi profondément payennes.

Mais il ne faut pas s'arrêter à la lettre du récit. Nous n’avons pas ici des actes symboliques à la manière de ceux d’Esaïe VIII, 1 à ‘4. Et ce n’est vraisemblablement qu'après l’événement, que le prophète en est arrivé à voir dans ses malheurs domestiques, une représentation prophétique des rapports de Dieu et de son peuple. Voir Wellhausen, Die Kleinen Propheten, p. 105 à 108. Smend, Relig. gesch. deStA ET 07188:

Iahvé. Iahvé est l'époux de son peuple, le père des enfants d'Israël.

C'était là une image hardie que les auditeurs du prophète devaient facilement comprendre. Nous avons vu que les Sémites considéraient le Dieu comme le père des membres de la tribu (père au sens matériel et non seulement au sens honorifique)’. D’autres divinités sont appelées mères (mères des dieux et aussi des hommes). Le lien religieux était essentiellement un lien de parenté. Mais la pensée d’Osée reste parfaitement étrangère à toute conception naturiste, elle ne regarde qu’à la crise éthique dans le cœur du père et de l’époux et au drame historique de l’élection du peuple et de sa faute, du pardon et de la réconciliation avec Dieu.

Iahvé aime son peuple, Iahvé a pitié. Après les violences de l’école d’Elie, après la prédication révolutionnaire et catastrophique d’Amos, l’âme d'Israël va s’apaiser dans la vision d’un Dieu d’amour *, d’un Dieu qui se repent et qui pardonne.

L'amour de Iahvé remonte aux anciens jours de l’histoire de la nation, lorsque Israël souffrait dans l’esclavage au pays de Mizraïm et qu’il a été délivré par son élohim :

Quand Israël était jeune, je l’aimais, Et j’appelai mon fils hors d'Egypte. Et moi je suis lahvé, ton Dieu dès le pays d’Egyptez.

t Les enfants du peuple sont appelés fils ou filles de Dieu. En Arabie, il y avait la tribu des fils de Hubal et la tribu des fils de la pleine lune. Les Moabites sont les fils et les filles de Kamosh. Rob. Smith, Die Relig. der Semiten, p. 32. Voir notre premier chapitre, p. 24.

: L'expression chesed, bonté, amour, se retrouve à toutes les pages d’Osée, et aucun prophète ne l’a employée aussi fréquemment.

OS XL AS NII 105 XTIDEA

Page 1