LA CRISE SOCIALE EN JUDA
Le commencement du vu siècle avait été un temps de gloire et de prospérité pour Juda comme pour Israël. Ozias et son fils Jotham, qui régnèrent plus d’un demisiècle à Jérusalem, furent des princes heureux. Ils firent victorieusement la guerre aux villes philistines et aux tribus du sud, ils imposèrent de lourds tributs aux Ammonites et rouvrirent à Juda la voie de la Mer rouge jusqu’au port d’'Elath. Le bien-être augmentait dans le pays. Ozias aimait l’agriculture ; il fit bâtir des tours dans le désert et fit creuser des citernes ; il avait de nombreux troupeaux dans la steppe et des laboureurs et des vignerons dans les montagnes. On fortifia Jérusalem et l’on éleva de nombreuses citadelles en différents points du royaume. L'armée était bien organisée et pourvue d'instruments de guerre.
Et le chroniqueur du second temple, ébloui par la splendeur de cette renaissance profane, décrit avec complaisance la richesse et la puissance de ces deux rois. Ils faisaient ce qui est droit aux yeux de Iahvé et leur renommée s’étendait au loin, car Iahvé les faisait prospérer et les soutenait merveilleusement dans toutes leurs entreprises ‘.
Mais les prophètes contemporains, Esaïe et Michée ne partagent pas cet enthousiasme naïf. Il en était du royaume de Juda comme dü royaume d'Israël. Les dehors brillants de la civilisation cachaient des misères et des oppressions. Là aussi de nouveaux problèmes sociaux se posaient. Là aussi le système de la grande propriété tendait à remplacer l’ancienne organisation patriarcale. Les riches faisaient peser lourdement leur autorité sur les pauvres gens, et le peuple de Ilahvé était pressuré, dévoré par des chefs avides.
4 II Chron. XXVI, 15 ; XXVII, 6.
Ils convoitent des champs et s’en emparent, Des maisons et ils les ravissent. $ Ils font violence à l’homme et à sa maison,
Au maître et à son héritage.
Ils dévorent la chair de mon peuple,
Ils lui arrachent la peau du corps,
Ils lui brisent les os,
Is le mettent en pièces
Comme de la viande dans une marmite... t
La dépouille du pauvre est dans vos maisons.
De quel droit foulez-vous mon peuple,
Et écrasez-vous la face des pauvres !
Dit le Seigneur Iahvé Sebaoth.…
Malheur à ceux qui ajoutent champ à champ
Et maison à maison,
Jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’espace,
Et qu'ils habitent seuls au milieu du pays
Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal. Qui justifient le coupable pour un présent,
Et refusent de rendre au juste la justice qui lui est due ?.
Jotham avait été remplacé par son fils Achaz. C'était un vrai monarque oriental, présomptueux et prodigue, entouré d’une cour fastueuse et dissolue.
Le pays connut le luxe et l’éclat des plaisirs’. Les filles de Sion étalaient sur les places publiques et dans les rues les splendeurs de leur parure raffinée‘. Les nobles s’amusaient et remplissaient la ville de folle agitation”.
Avec les nouvelles mœurs s’introduisaient les cultes étrangers. Le règne d’Achaz fut marqué par une recru-
1 Michée II, 2; III, 2-3.
2DÉSesIn Eli CV 46,20 #28; 3 Esaïe II, 6.
# Esaïe III, 16 à 26.
5 Esaïe V, 12-22.