‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 41 sur 130 · L’'INFIDÉLITÉ D’ISRAEL · texte numérisé non relu

L’'INFIDÉLITÉ D’ISRAEL

reprend les expressions d’Osée ; Jérusalem est devenue une prostituée, un repaire d’assassins'. Et dans une magnifique parabole — une des plus belles pages de la littérature hébraïque — le prophète décrit l’infidélité et l'ingratitude de son peuple qui était la nation sainte, la vigne de Iahvé et qui n’a porté que de mauvais fruits :

Je veux chanter à mon bien-aimé le cantique de mon bien-aimé sur sa vigne, Mon bien-aimé avait une vigne sur un coteau fertile. Il en remua le sol et en ôta les pierres, il y planta les meilleurs ceps, il bâtit une tour au milieu, il y creusa une cuve ; puis il attendit qu’elle produisit du raisin, et voilà qu’elle produisit du verjus..

Et maintenant, habitants de Jérusalem et gens de Juda, soyez juges entre moi et ma vigne ! Que devais-je faire à ma vigne que je n’aie fait. Pourquoi, lorsque j'attendais d’elle des raisins, n’at-elle produit que du verjus ?

Eh bien, je vais vous dire ce que je compte faire à ma vigne. J’êterai sa haie pour qu’elle soit broutée, j’abattrai sa clôture pour qu’elle soit foulée aux pieds. J’en ferai une ruine ; elle ne sera plus taillée ni cultivée ; les ronces et les épines y pousseront ; et je défendrai aux nuages de laisser tomber de la pluie sur elle.

La vigne de Iahvé Sebaoth c’est la maison d'Israël. Et les hommes de Juda sont la plantation qu’il chérissait. IL attendait la droiture, et voici du sang versé ; la justice, et voici des cris de détresse?.

Le iahvisme est désormais une religion éthique affranchie des pratiques formalistes des prêtres et des superstitions grossières de la foule. Esaïe lui aussi polémise contre le faux culte : Le peuple se rassemble nombreux et assidu dans le temple de Jérusalem ; les prêtres offrent à Iahvé de coûteux sacrifices, des holoth et des shelamim, ils organisent des cérémonies magnifiques. Tout cela n’est que vanité,

mÉSaiesl1: 21; 2 Esaïe V, 1 à 7.

Le Seigneur dit : Ce peuple s'approche de moi avec des paroles,

Il m’honore des lèvres,

Mais son cœur est éloigné de moi,

Et son culte n’est qu’une tradition apprise, un commandement [d'homme :,

lahvé ne peut supporter les dévotions d’un peuple inique et corrompu, il se détourne des adorateurs qui tendent vers lui des mains souillées de sang. Que le pécheur se convertisse et change ses voies, qu’il apprenne la justice et la bonté, alors Iahvé écoutera sa prière *, FAR Eee

Que m'importe la multitude de vos sacrifices, dit lahvé,

Je suis rassasié des holocaustes de béliers et de la graisse des veaux, Le sang des taureaux, des agneaux et des boucs, je n’en veux plus. Quand vous venez vous présenter devant ma face,

Qui vous a demandé de fouler mes parvis !

Cessez de m'apporter des offrandes vaines,

Dont la fumée m'est en abomination !

Et vos nouvelles lunes, vos sabbats, vos assemblées,

Je ne puis supporter vos crimes et vos fêtes.

Vos nouvelles lunes, vos fêtes, mon âme les haït,

Elles me sont à charge, |

J'en suis las !

Quand vous étendez vos mains,

Je couvre mes yeux pour ne pas vous voir,

Quand vous multipliez vos prières,

Je n’écoute pas !

Lavez-vous, purifiez-vous,

1Esaie XXIX, 13.

2 Nous entrevoyons déjà les premiers signes d’une piété nouvelle plus individuelle et plus riche aussi que le moralisme des anciens prophètes. Esaïe est le prophète de la foi, de la confiance en la bonté toute puissante de Tahvé.

J’espère en Iahvé Qui cache sa face à la maison de Jacob, Je place en lui ma confiance.

(Esaïe VIII 17).

LA REVANCHE DE IAHVÉ 117 PT D OC AN TO D PME Vo CRU

Otez de devant moi la méchanceté de vos actions ; Cessez de faire le mal,

Apprenez à faire le bien ;

Cherchez la justice,

Protégez celui qu’on opprime,

Faites droit à l’orphelin,

Défendez la veuve !

Et puis venez ct alors nous verrons ! dit lahvé. Si vos péchés sont comme le cramoisi,

Ils deviendront blancs comme la neige ;

S'ils sont rouges comme la pourpre,

Ils deviendront comme la laine,

Pour le moment, ce n’est pas la conversion du peuple que le prophète annonce et le pardon qu’il promet, mais le châtiment. Il est venu pour endurcir les cœurs jusqu’à ce que Juda soit mûr pour la destruction.

lahvé lui avait dit : Endurcis le cœur de ce peuple.

Pour que ses yeux ne voient point et que ses oreilles n’entendent [point Et que son intelligence ne comprenne point.

Et je dis : Jusques à quand, Seigneur ?

Il répondit :

Jusqu'à ce que les villes soient dévastées, Et sans habitants.

Jusqu'à ce qu’il n’y ait plus personne dans les maisons, Et que le pays soit ravagé et devienne un désert?.

Car Iahvé est le Dieu du jugement et c’est dans le jugement que sa sainteté se manifeste’. Iahvé est le justicier puissant et terrible du jour suprême. Esaïe

lHsalcuIs 11 à 18.

2 Esaïe VI, 10-11.

ë Et Iahvé Sebaoth apparaîtra grand dans Je jugement Et le Dieu saint sera sanctifié dans la justice ! Esaié VeuL6,

reprend le cadre grandiose des traditions eschatologiques de son peuple et décrit en puissantes images la manifestation victorieuse du Dieu des armées. La main de Iahvé est étendue sur les hommes. Elle frappe et elle détruit. Les méchants seront consumés par la colère divine comme le chaume est consumé par le feu. Dans leur terreur, ils chercheront à se cacher dans les cavernes et dans le creux des rochers

Devant la terreur de Iahvé, Et l’éclat de sa majesté, Quand ïil se lèvera pour épouvanter la terre... ?

Et tous les pécheurs, tous ceux qui se sont révoltés contre Ilahvé périront.

Les événements de l’époque allaient préciser les traits de cette prophétie du jugement. Pendant que se continuait l’obscure et stérile guerre entre Juda et les peuples voisins, l’Assyrie envahissait la Palestine. L’éternelle menace des prophètes, guerre exterminatrice et déportation, devenait d’une singulière actualité. Le destructeur des pleuples était là et il avançait chaque jour plus vers le sud. En ces temps d’angoisse et de détresse, au milieu des conflits de nations qui ensanglantaient l'Orient, les prophètes ont affirmé avec une audacieuse sérénité la toute puissance de Iahvé. Dans les brutalités de la politique assyrienne ils ont vu l’accomplissement d’une œuvre de justice, l’action d’un Dieu vivant, châtiant Israël et dirigeant les peuples.

1 C’est la revanche inévitable du Saint d'Israël que les enfants de Juda ont méprisé.

« J’aurai ma revanche contre mes adversaires, Je me vengerai de mes ennemis. »

Esaïe I, 24-28.

? KEsaïe II, 21.

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