‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 42 sur 130 · IAHVÉ LE MAITRE DE L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

IAHVÉ LE MAITRE DE L'HISTOIRE

Et par delà l’horizon étroit des montagnes de Palestine, Esaïe découvre le spectacle de l’histoire universelle, les lois de la grandeur et de la décadence des empires, l'éternel drame du monde et de l'humanité. Jahvé est à l’œuvre parmi les hommes, il a suscité Assour comme verge de sa colère pour briser les nations et punir Ephraïm et Juda, ses enfants rebelles.

C’est ainsi qu’à force de foi, la conscience iahviste devait s'élever jusqu’à la vision du Dieu universel. Le triomphe de lAssyrie démontrait le néant des idoles des peuples. Les élohim sémitiques étaient impuissants devant ces désastres. Maïs Iahvé règne et il dirige le monde selon la loi de la justice éternelle. Dans cette pensée les prophètes ont trouvé force et confiance. Comme l’a dit un grand historien religieux : « Là où les autres voyaient le renversement de ce qu’ils avaient de plus sacré, les prophètes voyaient le triomphe de Iahvé sur les vaines apparences, sur les folles superstitions. Tout pouvait tomber en poussière, pour eux, l’essentiel restait. Les crises qu'ils traversaient leur apparaissaient comme le mythe d’un drame divin qu’ils avaient prévu d'avance. Partout les mêmes lois, partout le même but de l’évolution. Les peuples sont des personnalités agissantes. Israël est le héros et Iahvé le poète de la tragédie‘ »

Jahvé est le saint d'Israël.

Jahvé est le maître de l’histoire.

Ce sont là les deux thèmes essentiels de la prédication d’Esaïe et en même temps les deux principes directeurs de sa politique. Car Esaïe fut le grand politique de son temps et l’histoire de ses idées est inséparable de l’histoire de Juda et de l'Orient au vur° siècle.

1 Wellhausen, /sraelitische und jüdische Geschichte, p. 112.

Sa première intervention eut lieu sous Achaz au moment de la guerre syro-éphraïmite. Retsin; le dernier roi de Damas et Pékakh l’usurpateur qui avait remplacé Manahem en Israël, oubliant leur propre faiblesse, s'étaient alliés contre la maison de David. Les soldats d’Aram campaient déjà en Ephraïm et Juda devait s'attendre aux pires désastres. Une grande anxiété régnait à Jérusalem, et le cœur d’Achaz et le cœur de son peuple étaient comme les arbres de la forêt agités par le vent. C’est alors qu’'Esaïe alla au devant du roi pour le rassurer et pour l’exhorter à la confiance. Qu'il regarde à Jahvé ; Iahvé le protègera, lahvé le délivrera de ses ennemis’.

Achaz était un prince trop mondaiïin, trop peu religieux pour attendre le salut de la seule protection de son élohim. Il aimait mieux appeler à son aïde le puissant roi d’Assour. Il envoya des messagers à Tiglatphalasar pour lui dire : « Je suis ton serviteur et ton fils ; monte et délivre-moi de la main du roi d’Aram et de la main du roi d'Israël qui se sont levés contre moi * ». Et le prophète de s’indigner contre cette alliance profane. Malheur au peuple qui a méprisé les eaux de Siloé et qui a rêvé de l’Euphrate. L’Euphrate débordera en effet sur le pays, Aram et Ephraïm seront inondés. Mais Juda n’échappera pas à la catastrophe ; et son terrible allié ne l’épargnera pas*.

C’est ainsi que s’affirme l’opposition entre les ambitions politiques des chefs du peuple et l’idéal religieux des purs iahvistes. Nous avons vu le commencement de ce conflit dans lhistoire d’Elie le Thisbite lorsque

1 Esaïe VII.

PIOROIS ENVIE 8 Esaïe VIII, 5 à 8.

Page 1