‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 46 sur 130 · UN RESTE REVIENDRA · texte numérisé non relu

UN RESTE REVIENDRA

bri le prophète demeure ferme, il se dit que le petit troupeau n’a rien à craindre, le petit troupeau ne périra pas. La catastrophe qui va détruire les iniques et les impies ne saurait atteindre ce noyau de justes.

Ainsi se concilie la justice de Iahvé et son ardent amour pour son peuple. Une base morale est donnée à l'espérance messianique, la distinction entre la communauté religieuse et la nation est nettement proclamée*.

Et dès à présent le prophète prépare cette élite sacrée. Pour lui, le reste n’est pas une théorie eschatologique, mais une réalité présente et immédiate. Autour d’Esaïe se groupe un parti de purs iahvistes. Ce sont les témoins de Iahvé au milieu du peuple infidèle et les prémices de l’Israël de l’avenir*.

Une autre idée chère à Esaïe et dans laquelle le prophète exprimait son absolue confiance en Ilahvé et sa foi à la restauration d'Israël c’est l'affirmation de l’inviolabilité de Jérusalem. Jérusalem est la montagne fondée par Iahvé’, la ville de Dieu... * Iahvé a placé

? Au moment de l’invasion de Sennachérib, au milieu de la détresse du pays, Esaïe proclame « Ce qui sera réchappé de la maison de Juda, le reste, poussera de nouveau des racines et portera du fruit. Car de Jérusalem il sortira un reste et de la montagne de Sion des réchappés. Le zèle de Iahvé Sebaoth fera cela ! » Esaïe XXXVII, 31-32, Conf. IV, 2-3 ; XI, 11-16 ; XXVIIL 5.

2 Cependant il n’y a rien ici qui ressemble à une théorie dogmatique et à la distinction paulinienne dont parle Meinhold, Der heilige Reste, Bonn, 1903, p. 31, 32, 63, 159, entre l’Israël selon Ia chair et l’Israël selon l’esprit. La croyance au reste qu’'Esaïe n’a pas inventée (conf. les 7.000 de la vision d’Elie (1 Rois XIX, 18), les restes de Joseph dans Amos V, 15), était probablement une ancienne tradition. Conf. Gressmann, Der Ursprung der israelilisch. jüd. Eschatologie, p. 229 à 238. Il est seulement vrai qu'Esaïe a approfondi cette notion, lui a donné sa portée éthique et l’a placée au centre de son eschatologie.

# Esaiïe VIIL 16.

4 Esaïe XIV, 32

5 Esaïe VIII, 18.

CE

sur la colline de Sion la pierre angulaire contre laquelle se butteront tous les puissants du monde, mais où les affligés de son peuple trouveront un refuge’. Jérusalem, la ville forte, le lion de Dieu* que n’ont pu vaincre les armées de Sennachérib ; la cité sainte entre toutes parce que Iahvé y a établi son trône, Jérusalem, asile sacré du petit troupeau, du reste, la capitale aux grandes destinées avec l’auréole de toutes les espérances, de tous les rêves qui ont soulevé l’âme d'Israël... C’est Esaïe, plus que David, qui a fait Jérusalem. David avait bâti sur l’acropole des Jébusiens une ville royale, centre d’une monarchie orientale avec un palais et une forteresse. Mais Esaïe a fondé la Jérusalem iahviste, la ville messianique que cherchent les peuples.

Il arrivera à la fin des temps,

Que la montagne de la maison de Iahvé Sera fondée au sommet des montagnes Et élevée au-dessus des collines,

Et toutes les nations y afflueront,

Des peuples nombreux viendront et diront :

« Venez, montons à la montagne de Iahvé, A la maison du Dieu de Jacob,

Afin qu’il nous instruise dans ses voies,

Et que nous marchions dans ses sentiers. »

Car de Sion sortira la thora,

Et de Jérusalem la parole de Iahvé !...2

Esaïe XXVIII, 11 ; XIV, 32, XRIX ME NCONE XXI 20;

Jahvé a son feu dans Sion,

Et sa fournaise dans Jérusalem.

Esaïe II, 2-3. La même prophétie se retrouve dans Michée IV, 1 à 4 (texte plus complet et plus original). Nous avons ici, sans doute un oracle qu’on aimait à répéter dans les milieux iahvistes. L’authenticité est très contestée par Wellhausen, Die Kleinen Propheten, p. 142 ; Cheyne, The book of Isaiah, trad. allemande, p. 9 à 10; Marti, Das Buch Isaia, 24 à 28, I1 faudrait considérer cette

LE MESSIÉ 131

Un prince juste et pacifique règnera sur l’Israël nouveau. C’est le Messie, le libérateur, l'enfant miraculeux annoncé par les anciens oracles. Car ce n’est pas Esaïe, ni les prophètes du vin siècle qui ont inventé l’espérance messianique. Elle était une partie très ancienne et très essentielle de la tradition eschatologique d'Israël. Le peuple attendait la venue d’Emmanuel, le roi du Paradis qui devait rétablir la félicité primitive et rendre à Israël paix, justice, puissance et bonheur. Dans les temps de crise on espérait sa venue prochaine. Au moment de la guerre syro-éphraïmite, Esaïe annonce la naissance divine :

Voici, la jeune femme est enceinte, elle enfantera un fils, Elle lui donnera le nom d’Emmanuel:,

prophétie comme une interpolation postérieure, œuvre d’un contemporain de Zacharie et du Trito-Esaïe ou même d’un scribe du commencement de l’époque grecque (Cheyne).

Il est certain que ce large universalisme fait penser à la prophétie post-exilique plus qu’à celle du temps d’Ezéchias. Esaïe parle plus souvent de l’anéantissement des peuples que de leur conversion. Quant à Michée, il annonce la destruction de Jérusalem et non son exaltation. La place centrale donnée au temple et la mention de la thora de Iahvé paraissent supposer la réforme deutéronomique...

Cependant, aucun de ces arguments n’est décisif. Cette vision de Jérusalem, cité de l’avenir, ést la conclusion naturelle de la prédication messianique. Iahvé n'est-il pas le Dieu de l’histoire ? Jérusalem n'est-elle pas la ville où il a établi sa demeure terrestre ; le temple n’est-il pas le lieu où il s’est manifesté à son prophète ? Le fait que cette prophétie est isolée dans le texte d’Esaïe et de Michée et unique dans la prédication iahviste du vin siècle, n’est pas non plus absolument concluant. Rappelons une fois de plus que nous n’avons conservé que des fragments de la littérature prophétique. Il serait téméraire de vouloir grouper à nouveau ces fragments et d’en faire les stades d’une évolution rectiligne.

1'Esaïe VII, 14. L’explication messianique de ce texte, abandonnée par la plupart des exégètes modernes, n’en est pas moins la plus probable. Pour que les paroles du prophète aient pu être intelligibles à Achaz et à ses contemporains, il fallait que la tradition de

L’enfant sera nourri de crème et de miel — les aliments divins par excellence et qui coulent en abondance dans le pays du Paradis’ —. Puis il affranchira son peuple du joug de l'étranger. Il sera la lumière de ceux qui marchent dans la sombre vallée ; il fera cesser la misère et l’anarchie, il fondera son empire dans une gloire éternelle.

Un enfant nous est né, un fils nous est donné,

Et la domination reposera sur son épaule,

On l’appellera l’Admirable, le Conseiller, le Héros divin, Le Père d’éternité, le Prince de la paix ?.

Dans le royaume de Juda lattente messianique était étroitement associée au loyalisme envers la maison de David. Les règnes brillants des premiers fondateurs de la dynastie avaient laissé une profonde impression sur l’âme populaire. Les générations postérieures regardaiïent à ce passé plein de gloire et en espéraient la restauration. Le Messie attendu par Esaïe sera bien un descendant de David et non un héros mythique perdu dans des lointains d’apocalypse. Il doit paraître à Jérusalem sur le trône d’Ezéchias dans un avenir très pro-

lenfant miraculeux qui mangerait du lait et du miel et deviendrait le libérateur de son peuple, fût connue de tous.

On peut d’ailleurs rapprocher le texte d’Esaïe VII, 14 à 16 de Michée V, 2: « Et toi Béthléem Ephrata, petite entre les villes de Juda, de toi sortira celui qui doit dominer Israël, celui dont l’origine remonte aux temps d’autrefois, aux anciens âges. C’est pourquoi il les livrera jusqu’au jour où enfantera celle qui doit enfanter.…. » Conf. les chapitres de Gressmann sur Immanuel et la naissance divine, Der Ursprung der israel. jüd. Eschatologie, p. 270 à 294,

1 Le pays de la promesse pour les patriarches et les Béné-Israël aux temps du désert. n’était-il pas « le pays où coulent le lait et le miel » (Nombres XIII, 27). De même au jour messianique, le lait coulera des montagnes (Joël III, 1-8).

2 Esaïe IX, 5.

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