LE MESSIE
chain. Le prophète croit en la royauté. Malgré les déceptions du passé ‘ il attend le salut de l’Isaïde qui doit régner à Jérusalem sur le trône d’Ezéchias. Ezéchias n’était-il pas un prince selon le cœur des iahvistes et comme le prototype du roi juste envoyé de Dieu. Esaïe idéalise la royauté présente et en fait l’agent de la future restauration d'Israël.
A côté des traits classiques de la tradition messianique, il y a dans l’espérance d’Esaïie un grand souffle éthique et spiritualiste. Le Messie ne sera pas seulement le roi victorieux, le dominateur de peuples, il sera le prince juste et pacifique, l’ami des humbles et des opprimés.
L'esprit de Iahvé reposera sur lui, Esprit de sagesse et d'intelligence, Esprit de conseil et de force,
Esprit de connaissance et de crainte de Iahvé. Il respirera la crainte de Iahvé,
Il ne jugera point sur l’apparence,
Il ne prononcera pas sur un oui dire, Mais il jugera les petits avec équité, Il fera droit aux humbles de la terre.
La justice sera la ceinture de ses flancs Et la fidélité la ceinture de ses reins?.
1 On sait qu'Esaïe avait fait plus d’une fois l’expérience de l’incapacité morale de la royauté. Par moments, nous trouvons chez lui comme chez Osée, le rêve d’un Israël patriarcal sans prince et sans gouvernement centralisé,
« Je rétablirai tes juges tels qu’ils étaient autrefois, Et tes conseillers tels qu'aux premiers temps, Et l’on t’appellera ville de justice, cité fidèle. » {, 26.
? Esaïe XI, 2 à 5. On a, ces derniers temps, fortement contesté l’authenticité des prophéties messianiques d’Esaïe. D’après Cheyne, Einleitung in das Buch Isaia, p. 44 à 46, 60 à 66 ; Marti, Das Buch Isaia, p. 94 à 96, 113-114; Volz, Die vorexil, Prophelie und der
Cependant, ce roi de lavenir n’est pas toujours au premier plan de l’horizon. Ce qui préoccupe le plus le prophète ce sont les événements immédiats de lhistoire, les gestes de Iahvé parmi les nations. Pour que le règne messianique soit possible ne faut-il pas d’abord que la puissance d’Assour soit anéantie par le Saint d'Israël. Iahvé s’est servi d’Assour pour châtier et pour détruire. Et Assour s’est enorgueilli de sa force, il n’a pas compris qu’il n’était qu’un instrument.
Messias, p. 58-63 ; Güthe, Jesaia. Tübingen, 1907, p. 63-66, ces prophéties seraient de l’époque exilique ou post-exilique.
Le style très poétique et plein d’apax legomena, n'aurait pas la marque ésaïaque. Il est difficile de placer ces textes, non seulement dans le contexte, mais encore à une date quelconque de la prédication d’Esaïe. Le caractère royaliste et davidique de l’espérance ne laisse pas d’étonner chez un prophète qui fut toujours en conflit avec les rois. L’Israël nouveau qu'Esaïe annonce chap. I, 26-27, ne doit-il pas être le peuple gouverné par lahvé. Point n’est besoin d’intermédiaire entre Dieu et sa nation. C’est après la ruine de V’Etat judaïte, lorsque les restes de Benjamin et de Juda souffraient vaincus et opprimés, qu’on rêvait d’une restauration de la maison de David, d’un roi fort et victorieux. Quant à la vision d’un renouveau de Ia nature et d’une restauration de l’âge d’or, nous la trouvons pour la première fois dans Esaïe LXV.
Certainement ces objections ont leur gravité. Mais cette méthode qui tend à prévaloir parmi les critiques contemporains, et d’après laquelle l’eschatologie messianique serait un signe évident d’inauthenticité, n'est-elle pas un peu trop tendancieuse ? À force de disséquer et de comparer les textes, on finit par perdre de vue les ensembles. Cette grande espérance qui domine la religion d'Israël, ce mythe de la destruction et de la restauration messianique dont nous retrouvons les vestiges à toutes les pages de la prophétie, ont de trop larges proportions, pour qu’on puisse en faire de simples interpolations, une œuvre des scribes du judaïsme.
Le poème du second David, loin d’être en opposition avec l’ensemble de la prophétie d’Esaïe, nous apparaît plutôt comme son point culminant, Le triomphe du Messie est un postulat de la conscience iahviste...