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LA RÉFORME SOUS EZÉCHIAS

nous dit les vœux du parti réformiste beaucoup plus que les actes effectifs d’Ezéchias. Les temps n'étaient pas mûrs pour une transformation aussi radicale. Si le roi s’opposa à certaines pratiques idolâtriques il ne put songer à supprimer les bamoth, ces sanctuaires antiques et vénérés de la religion populaire.

Mais le fait qu’il enleva du temple de Jérusalem les symboles de Iahvé et en particulier le néhushtan l’idole nationale est d’une grande importance. Après la ruine du royaume du Nord et de ses lieux sacrés, le sanctuaire salomonien tendait à devenir le centre de la vie religieuse. Malgré leur antiritualisme les prophètes lui restaient très attachés. C’est là qu’Esaïe avait vu Iahvé assis sur son trône et avait entendu son appel. Les sanctuaires locaux devaient perdre chaque jour de leur importance, et déjà se préparait la grande révolution du siècle suivant, la centralisation du culte à Jérusalem :. Ainsi quelque limitée que pût être la réforme d’Ezéchias, elle n’en déterminait pas moins une orientation nouvelle dans l’histoire de la religion d'Israël.

Ces innovations furent mal accueillies par la masse de la nation. Le parti aristocratique n’aimait pas le rigorisme moral des prophètes. Quant au peuple il considérait ia destruction de l’idole comme une affreuse impiété”. Il devait suffire d’un simple changement de règne pour anéantir les espérances des prophètes et provoquer dans le peuple une nouvelle poussée de paganisme.

1 L'établissement d’un sanctuaire central était un moment décisif dans la formation du monothéisme. Conf. l’importance de la Mecque dans la préparation monothéiste avant Mahomet.

2 [II Rois XVIII, 21 ; Esaïe XXXV, 7.

Le syncrétisme sous Manassé ,

Le nouveau roi Manassé était hostile aux tendances réformistes.

« Il fit ce qui est mal aux yeux de Iahvé, imitant les abominations des nations que lahvé avait chassées devant les Béné-Israël. »

Tel est le verdict que lhistorien du temps de l'exil a porté sur lui. Cela ne veut pas dire que le roi fut impie et hostile au iahvisme. Mais il était favorable au parti mondain et conservateur. Il réduisit les prophètes au silence et réprima toute manifestation anti-idolâtrique. En même temps, il ouvrait largement les sanctuaires aux dieux de son maître le roi d’Assour et favorisait le syncrétisme.

C'était le grand moment de la puissance de Ninive’. Au milieu des crises de peuples se propageait la civilisation assyro-chaldéenne. La Palestine vit à plusieurs reprises les armées d’Asarhaddon et d’Assourbanipal qui venaient châtier les villes de Phénicie ou conquérir l'Egypte. La Judée était désormais une province assyrienne. Manassé fut sans doute un vassal fidèle et résigné”. Sa royauté ne pouvait durer que par la grâce

1 Asarhaddon fut le dernier des grands monarques assyriens et aussi le plus puissant. Il] rétablit l’empire ébranlé par les échecs de Sennachérib. Il conduisit les armées d’Assour dans des contrées où elles n'avaient encore jamais pénétré et fit du pays des Pharaons une province assyrienne. Avec cela moins cruel que ses prédécesseurs, capable de pardonner et comme son grand-père Sargon sachant pacifier et organiser. Voir H. Winckler, Geschichte Babyloniens und Assyriens, p. 259-260 et Maspéro, Histoire ancienne, tome III, p. 380-381.

2 Les Chroniques nous parlent d’une révolte de Manassé qui fut suivie de son emprisonnement temporaire à Babylone. Presque tous les critiques tiennent ce récit pour apocryphe (II Chr. XXXIII, 11 à 17).

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