INVASION DES CULTES ASSYRIENS
du puissant maître. A la faveur de la paix le pays se relevait de ses désastres et retrouvait son ancien bienêtre. Les conditions étaient propices pour une œuvre de pénétration et de lente assimilation. L’aristocratie hiérosolymite recevait de l’Orient les modes et les mœurs nouvelles‘. Même le peuple, par suite de ses fréquentes relations avec les soidats d’Assour', subissait la contagion de l’esprit étranger. Ce qui s’était produit dans le royaume du Nord sous l'influence des Omrides et de l'alliance phénicienne, recommençait en Juda. Mais cette fois le mouvement paraît avoir été beaucoup plus profond et doit avoir pénétré toutes les couches sociales *.
Au point de vue religieux ce fut une véritable invasion des cultes assyriens. Les esprits étaient bien préparés pour cette crise. Nous avons constaté dès le temps d’Achaz une recrudescence de l’idolâtrie palestinienne. Mais ce qui poussait vers les anciens cultes locaux ou vers les dieux des peuples voisins, ce n’était plus un sentiment de naïf écléctisme mais le besoin d’émotions violentes, d’expiations sanglantes. La religion populaire
Pourtant, il se pourrait que Juda ait cédé une fois de plus aux suggestions égyptiennes et se soit uni au Pharaon Tirkah contre Asarhaddon ; ou bien que Manassé ait pris le parti de Shamashshoumoukin contre Assourbanipal. Voir Maspéro, Hist. anc. III, p. 369 et Winckler, Geschichte Israëls, p. 100.
1 Sophonie I, 8,
? ]1 faut aussi tenir compte de l'influence des colons assyriens que Sargon avait déportés dans le royaume du Nord. II Rois XVII, 24 à 31. Le syncrétisme samaritain, tel qu’il est décrit dans ce chapitre, ressemble par bien des côtés au iahvisme du temps de Manassé.
3 L’autel des parfums, retrouvé par Sellin à Taanak, date probablement de cette époque. II est décoré de divers sujets mythologiques, têtes de lion, monstres à visage humain et à corps d’animal, chérubins, arbre de vie aux feuilles roulées en spirale, etc. La signification de beaucoup de ces motifs nous échappe. Mais ils indiquent une culture artistique assez avancée et très pénétrée d’influences étrangères.
de ce temps est une religion de décadence. L'homme ne s'approche de son dieu qu'avec angoisse ; il l'adore avec des meurtres rituels. La pratique de l’immolation des premiers-nés, qui n’avait jamais complètement disparu, prend une nouvelle extension. Manassé avait fait passer son fils par le feu. C’est dans la vallée de Hinnon à côté de Jérusalem que se trouvait le bamoth de Moloch et le bûcher sur lequel on sacrifiait les victimes humai-
nes .
1 II Rois XXXIII, 10 ; Jérémie VII, 31-32 ; Jérémie XI, 1 à 15.
On a beaucoup discuté pour savoir ce qu'était Moloch et d’où venait son culte. Il est douteux qu’il soit d’origine assyrienne. Il rest pas nécessaire de rappeler qu’il ÿ avait un dieu Malik dans le panthéon assyro-babylonien. L’origine phénicienne est beaucoup plus vraisemblable. C’est en Phénicie que la religion du Mélek s’est le plus développée et que les sacrifices humains paraissent avoir été le plus en honneur. L’importance du feu dans les rites du molochisme fait penser au culte du Melkart tyrien (Voir Dussaüud, Notes de mythologie syrienne, Paris, 1905, p. 156 à 161). Mais il ne faut pas oublier que l’immolation des premiers-nés est une très ancienne coutume des Sémites occidentaux et qui avait été pratiquée à toutes les époques sur les bamoth cananéens. Voir notre chap. I. Nous avons vu que le culte de Jahvé n’était pas incompatible avec les meurtres rituels. Le texte très explicite d’Exode XXII, 28-29 est confirmé par les paroles qu’'Ezéchiel fait dire à Iahvé.
« Et même je leur ai donné des lois qui n'étaient pas bonnes,
Et des ordonnances pour les empêcher de vivre,
Je les ai souillés par leurs offrandes,
Quand ils faisaient passer par le feu, tout premier-né ;
C'était pour les détruire,
Afin qu’ils connussent que je suis Jahvé. » x Ezéchiel XX, 25-26.
Dès lors il est permis de se demander si Moloch n’était pas Iahvé lui-même avec les attributs de la royauté. Cela serait bien étrange. Mélek pas plus que Baal ne paraissent jamais avoir été une désignation suffisante pour Iahvé.
Peut-être comme le suppose Loisy (La religion d'Israël, p. 189-190), le bamoth de la vallée de Hinnon était-il primitivement dédié au Mélek de la cité des Jébusiens. Plus tard, les Israélites y auront fait des sacrifices, tout en conservant au lieu sacré son ancien nom, topheth du Mélek ou de Moloch.