COMPOSITION DU DEUTÉRONOME
tion, — d’ailleurs secondaire — de l’origine et de la date de composition de cette loi. Le livre retrouvé par Hilqiah était-il lPœuvre du grand prêtre lui-même et des réformistes de son temps, le sopher Shaphan, la prophétesse Hulda, peut-être aussi Jérémie‘; ou bien était-ce vraiment une œuvre plus ancienne oubliée dans le temple depuis le temps d’Ezéchias ou de Manassé ? Cette dernière hypothèse est certainement la plus vraisemblable. C’est dans les tristesses de la solitude ou de l'exil que les grands utopistes d'Israël ont élaboré leurs législations. Le code d’Ezéchiel et le code sacerdotal sont l’œuvre de proscrits qui attendaient le retour dans
rablement accueillie par de nombreux critiques (Stade, Bibl. Theologie des A. T., p. 264 et en français Piepenbring, Hist, d'Israël, p. 375 à 400). Mais la distinction de deux sources repose sur des bases bien fragiles. Dans la source A fahvé s’adresserait à Israël (seconde personne du singulier). Dans la source B Iahvé s’adresserait aux Israélites (seconde personne du pluriel). Il y aurait des répétitions, manque de plan unique. Or, ce qui frappe dès l’abord, dans tout le Deutéronome, c’est l’unité de plan et l’unité d'esprit. Ce n’est pas l’hypothèse des documents, mais l’hypothèse des compléments qui seule peut s’appliquer ici. Le livre a subi des retouches et des additions jusqu’au temps d’Esdras. Il est extrêmement difficile, sinon impossible, de rien affirmer de définitif sur l’étendue du Deutéronome primitif. Cependant il reste certain que le livre lu devant Josias contenait autre chose que des textes législatifs. « C'était en même temps qu’un livre de lois, un livre de réforme. » (Westphal). Et ce sont les exhortations et les menaces de l’introduction V à XI qui seules ont pu produire cette profonde impression sur l’esprit du roi et sur tout le peuple. Voir encore : F. Montet, Le Deutéronome.
1 Renan, Hist. d'Israël, TI, p. 209 ; Loisy, La religion d'Israël, p- 192-193 et beaucoup d’autres critiques avec eux, parlent ici très librement de supercherie ou de fraude pieuse. Est-il vraiment indis- |
pensable pour expliquer l’origine du Deutéronome de recourir à une
hypothèse aussi bienveillante. Même dans le cas — d’ailleurs peu vraisemblable — où le livre aurait été écrit par un contemporain de Josias ou par Hilqiah lui-même, l’expression : « J’ai trouvé le
livre de la loi », n’indique pas nécessairement une intrigue de sacristie,
leur patrie. La deuxième thora est elle aussi l’œuvre d’un jiahviste persécuté qui attendait la victoire prochaine de son Dieu.
Le nouveau livre se donnait pour être écrit par Moïse. Sa législation était en effet une édition nouvelle de textes antiques. L’auteur connaissait le livre de Palliance et les vieux documents législatifs d'Israël. Peutêtre est-ce dans sa thora qu’il faut chercher sinon la lettre du moins l'esprit de Moïse prophète et législateur des Béné-Israël'. Mais il ne faut pas oublier que le deutéronomiste est un réformateur et non un compilateur historiographe. Il a en vue le royaume judaïte du vue siècle et non les tribus nomades des anciens temps ; et le faux culte qu’il combat c’est bien l’éclectisme de Manassé, l’adoration des dieux des nations, les abominations sémitiques, les sacrifices humains, l’astrologie, la magie*.
L'apparition du Deutéronome inaugure en Israël une nouvelle conception religieuse, la religion de la thora. Jusqu’à ce jour les prophètes avaient souvent parlé de la thora de Iahvé sans pour cela faire allusion à un texte écrit ayant une valeur canonique. Ni le Code de l'alliance, ni le Décalogue n’avaient été considérés comme la charte fondamentale du iahvisme. La religion des prophètes était un idéal que chacun formulait à sa manière. La parole divine était transmise au milieu des faiblesses de l'inspiration individuelle. Et maintenant le livre va remplacer la prédication orale. Les paroles sacrées vont être formulées pour le présent et pour lavenir. Il faut que les enfants d'Israël aient toujours ces lois sous leurs yeux et qu’ils les transmettent à leurs descendants de génération en génération.
£ Voir Westphal, Sources, IT, p. 41. Cornill, Einleitung, p. 29 à 31. 2'Deut XIT 2092SS EXT XVI 2 EX VIE 02 AE RIT 072003