LA RELIGION SÉPARÉE DE LA VIE PROFANE
distingué du profane. La vie journalière est profane. Le père de famille n’a plus le droit de sacrifier ses bêtes sur l’autel de terre ou de pierre non taillée en se réjouissant devant lahvé. Tout ce qui n’est pas immolé dans le seul temple légitime n’est que vulgaire boucherie. Les prémices, la dîme de la récolte et du bétail doivent être mangés devant Iahvé dans le lieu qu’il s’est choisi‘. En cas de trop grand éloignement, l’Israélite pourra réaliser la valeur de la dîime en argent et ïül achètera à Jérusalem ce qui lui sera nécessaire pour le festin rituel”. Ceci indique un état de civilisation déjà irès avancé et aussi une véritable révolution religieuse. Le iahvisme a cessé d’être une religion agricole’, les fêtes vont perdre bientôt leur caractère champêtre. Trois fois par an, tous les hommes d’Israël devront se présenter devant lahvé. Et ils ne se présenteront pas les mains vides. Or la Pâque n’est plus une fête de nomades, c’est encore la fête des premiers épis, mais c’est surtout une cérémonie commémorant la sortie d'Egypte. La fête des Semaines (Shäbouôth), clôture les moissons, et la fête des Tabernacles célèbre la fin des récoltes (Soukkôth). Mais la célébration de ces fêtes rurales entre les murs du temple à Jérusalem était une étrange anomalie. Il ne pouvait y avoir place dans l’organisation nouvelle pour la simplicité patriarcale et la spontanéité de la vie rustique. Encore quelque temps et Juda ne se souviendra plus de la signification première de ses fêtes ‘.
Pour que les choses saintes ne soient pas profanées,
1 Deut. XII, 13 à 25.
2 Deut. XIV, 22 à 27.
3 Dans sa lutte contre le naturisme, le réformateur doit sacrifier toute la poésie de Ia religion.
4 Dans le Code sacerdotal les fêtes sont l’anniversaire de grands événements historiques.
on les éloigne le plus possible de l’adorateur. Le prètre seul, accomplit les rites sacrés, il « sert Iahvé », dans le sanctuaire. Le lévite du Deutéronome est encore un bien petit personnage à côté du kohen du code sacerdotal, mais sa dignité unique de représentant de Iahvé est affirmée :.
C’est lui que Iahvé ton Dieu a choisi entre toutes les tribus pour qu’il fasse le service au nom de Iahvé lui et ses fils à toujours *.
La réforme deutéronomique devait aboutir au triomphe du formalisme et du sacerdotalisme. Mais cette conséquence n’était pas voulue. Le culte nouveau m'était que le moyen et non le but de la réforme. La volonté de Iahvé doit être réalisée dans une société juste. C’est là le but A côté du code rituel se trouve un code civil, qui par l'élévation de sa morale et la hardiesse de ses conceptions sociales, nous apparaît comme le couronnement de la prédication des grands prophètes.
La justice de Iahvé devient ici synonyme de bonté et de pitié. Le pauvre est aimé de Dieu et celui qui sert Iahvé doit protéger les petits, défendre les veuves et les orphelins. Il ne faut pas que le riche endurcisse son cœur et que l’indigent soit sans secours.
S'il y a chez toi, dans tes portes, quelque indigent d’entre tes frères, tu n’endurciras point ton cœur et ne fermeras pas ta main devant ton frère indigent. Mais tu lui ouvriras ta main et tu lui prêteras de quoi pourvoir à ses besoins. Garde-toi d’être assez méchant pour
1 Le Deutéronome voit dans le lévite un déshérité de la société, comme le pauvre, la veuve et l’orphelin. Deut. XII, 19 ; XIV, 27. « Ne délaisse pas le lévite, car il n’a ni part ni héritage avec toi ! » Mais en rassemblant tous les prêtres lévites à Jérusalem, le législateur préparait l’organisation d’un clergé, la hiérarchie du second temple.
? Deut. XVIII 5.