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RÉFORMES CULTUELLES DE JOSIAS

tra sa gloire dans la thora de Iahvé. Il se fera donner une copie de cette loi qu’il aura toujours avec lui...

On ne pouvait plus audacieusement sacrifier les conditions de la vie civilisée au rêve d’une société sainte, d’une communauté iahviste. C’est l'Eglise juive que le Deutéronome préparait. La nation avec ses rois, ses guerriers et ses nobles va bientôt disparaître. Mais il restera l’Israël fidèle, groupé autour de son temple avec ses prêtres et ses scribes.

Pour le moment l'Etat existait encore et la réforme deutéronomique ne pouvait être que très partiellement appliquée. Josias supprima les symboles idolâtriques. Toutes les idoles qui s’élevaient dans le temple, en particulier la grande statue d’Astarté, et tous les ustensiles des dieux étrangers furent brûlés et leurs cendres furent dispersées. On fit disparaître de l’entrée de la maison de lahvé les chevaux et les chars du soleil. On renversa les maisons des hiérodules d’Astarté, établies dans le sanctuaire. Les bamoth d’Astarté, de Kamosh et de Milkom qui s’élevaient sur la colline des oliviers furent souillés, ainsi que le topheth de Moloch, dans la vallée de Hinnon. Le zèle iconoclaste du roi s’étendit à tous les bamoth de Juda. Josias brisa les statues et renversa les autels. À la faveur de la décadence assyrienne, Juda avait étendu son influence sur une partie de l’ancien territoire d’Ephraïm. Josias en profita pour détruire le sanctuaire de Béthel. Il brûüla les bamoth qu’avaient fait les rois d'Israël. Les prêtres de l’armée des cieux, ceux qui offraient des parfums aux Baalim, au soleil et à la lune, furent chassés. Des mesures sévères furent prises contre les nécromans et les devins. On s’attaqua aussi aux superstitions privées, aux images domestiques, aux téraphim.

Le roi voulut aussi rassembler à Jérusalem, autour du

1 Deut. XVII, 14 à 20.

temple, tous les prêtres des villes de Juda. Si cette mesure avait été rigoureusement appliquée, elle eût produit un profond bouleversement dans le pays. Mais tout nous porte à croire que la réforme fut moins radicale que le texte de II Roïs XXIII ne le laisserait supposer. Il ne suffisait pas de quelques édits royaux pour changer le cœur du peuple et établir le monothéisme. Nous savons par Jérémie et Ezéchiel que les idolâtries des bamoth subsistèrent jusqu’à la ruine de Jérusalem. II ne fallut rien moins que la fin de l'Etat judaïte et la crise de l’exil pour détacher les enfants d'Israël de leurs sanctuaires locaux *.

Quant au programme de réforme sociale : année de relâche, libération des esclaves hébreux, utopie d’une nation sainte et pacifique, d’un peuple de frères, il devait rester lettre morte. La réalité était trop brutale, le Deutéronome ne pouvait pas être appliqué. Très tard seulement, à la veille de la ruine, sous la pression du parti prophétique — et peut-être aussi pour refaire l’armée décimée par les dernières défaites — Sédécias fit proclamer l'émancipation de tout esclave hébreu qui aurait servi six ans. Mais l’aristocratie hiérosolymite revint vite de ce mouvement de générosité. Le roi retira son édit et les esclaves rentrèrent sous le joug. Ce lamentable égoïsme révolta l’âme de Jérémie.

Vous avez repris vos esclaves. Vous les avez fait rentrer dans l'esclavage... Vous avez refusé de proclamer leur liberté. Eh bien ! ainsi a dit lahvé : Je proclame liberté contre vous à l’épée, à la peste et à la famine?!

* Il est probable que les familles sacerdotales de la province ne se résignèrent pas facilement à un changement de régime qui les dépouillait de leurs privilèges pour les réduire à des fonctions subalternes. Après la mort de Josias, le peuple revint à ses anciennes traditions cultuelles et à ses superstitions domestiques.

? Jérémie XXXIV, 16-17.

Jérémie. — L'individualisme religieux

Les années qui suivirent la promulgation du code deutéronomique furent pour le parti iahviste un temps de travail fécond. Le rêve des législateurs et des visionnaires entrait dans la réalité. Juda allait devenir la nation sainte, le peuple fidèle à Iahvé.

Mais l'illusion fut de courte durée. L’œuvre de Josias allait sombrer dans les accidents de la politique -orientale. Le Pharaon Néchao, voulant avoir sa part des dépouilles de lAssyrie vaincue, venait de pénétrer en Palestine. Le petit roi de Juda se porta contre lui avec son armée. Mais il fut vaincu à Meguiddo et on ïe rapporta mourant à Jérusalem. Ses successeurs furent des princes incapables, beaucoup plus préoccupés de leurs plaisirs que du salut du royaume et de la loi de Tahvé.

Ce fut la fin du mouvement réformateur. L'âme iahviste sentit douloureusement cet échec. Pourquoi le pieux monarque était-il mort laissant son œuvre inachevée ? Pourquoi l’effort des hommes de Iahvé n’avaitil pas abouti. ? Les temps qui précédèrent la ruine de Jérusalem furent sombres et pleins d’angoisse, et non seulement à cause des misères de la nation et des catastrophes qui s’annonçaient, mais surtout à cause de la

grande déception des âmes, du désastre de l’idée prophétique. t

Jérémie fut l’homme de cette époque troublée, le serviteur de Iahvé qui mène le deuil sur les péchés de son peuple, le martyr qui malgré les outrages et les persécutions, vient annoncer l’acte justicier, la fin de Jérusalem. |

La parole de Iahvé lui avait été adressée en ces termes :

Avant de t’avoir formé dans le sein de ta mère je te connaissais, avant que tu fusses sorti de son ventre je t'avais consacré et établi prophète au milieu des nations. Je répondis : Ah ! Seigneur lahvé ! je ne sais point parler, je suis un enfant. Et Ilahvé me dit : Ne dis pas : je suis un enfant, car tu iras vers qui je t’enverrai et tu diras tout ce que je t’ordonnerai. Ne les crains point, car je suis avec toi pour te délivrer, dit Iahvé. Puis Iahvé étendit sa maïn et toucha ma bouche ; et Iahvé me dit : Voici, je mets mes paroles dans ta bouche. Vois, je t’établis aujourd’hui sur les nations et sur les royaumes pour que tu arraches et que tu abattes, pour que tu ruines et que tu détruises, pour que tu bâtisses et que tu plantes.

Aucun prophète n’a possédé à un pareil degré le sentiment de son inspiration prophétique, ni porté si loin l’intensité de la conviction, la fidélité obstinée à sa mission divine’. Iahvé l’a envoyé parmi les nations pour leur faire boire la coupe du vin de sa colère’ ; il a mis en lui sa fureur pour qu’il la répande sur les hommes de Juda‘ ; sa parole est comme un feu ct Israël est

1 Jérémie I, 4 à 10.

2 I] est complètement dominé par ce sentiment et il ne peut s’y soustraire. Il a tout quitté pour se consacrer sans réserve à son ministère ; il a renoncé aux joies de la vie de famille (XVI 1 et 2). Il vit dans l'isolement, tout entier à sa prédication.

3 Jérémie XXV, 16.

+ Jérémie VI, 11.

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