PROPHÉTIE DE DESTRUCTION
Ces menaces ne devaient se réaliser que plus tard. Longtemps encore le prophète criera malédiction à son peuple au milieu de l'indifférence des foules. Personne ne s’effrayera de ses prédications. Mais à la mort de Josias, les jours mauvais commencent. Le pauvre Juda est ballotté dans les mêlées de peuples. Après Megguiddo, le Pharaon Néchao s'empare de Jérusalem et emmène Joachaz en captivité. Jojaqim qui fut établi à sa place était un despote oriental de petite envergure. Au lieu de refaire le pays épuisé par linvasion étrangère et par un lourd tribut, il n’était occupé que de modes égyptiennes et il se faisait bâtir de nouveaux palais au moyen de la corvée. Et Jérémie de crier dans les rues de Jérusalem :
Malheur à celui qui bâtit sa maison sur l'injustice,
Et ses pavillons sur l’iniquité ;
Qui fait travailler son prochain sans le payer,
Sans lui donner son salaire...
N'es-tu donc roi que pour te rengorger dans tes palais de cèdre ?
C’est pourquoi, ainsi parle Iahvé au sujet de Jojaqim, fils de Josias, [roi de Juda :
Les pleureurs ne pleureront pas sur lui
C’est la sépulture d’un âne qu’on lui donnera,
On le traînera et on le jettera hors des portes de Jérusalem.
(Wellhausen, /sraël. und jüd. Gesch., p. 134. Cornill, Das Buch Jeremia, p. 84. Duhm, Das Buch Jeremia, p. 48 et 65. Cheyne, op. cit. p. 35 à 42. Certains détails de la description semblent bien s’appliquer à ces terribles envahisseurs. C’est une nation lointaine qui vient des extrémités de la terre, ses cavaliers sont rapides comme l’ouragan, ils ravagent tout devant eux. Mais il est permis d’avoir des doutes sur cette identification. Gressmann parle avec raison de la couleur apocalyptique de ces prophéties. L’ennemi qui vient du Nord serait, non un peuple déterminé, mais un fléau mythique analogue à Gog et Magog dans Ezéchiel.
1 Jérémie XXII, 13 à 19.
Jojagim n’avait cure des prophéties de Jérémie. Il n’aimait pas les réformistes qui avaient été tout puissants du temps de son père. Il avait de nouveau permis le culte des bamoth et il frappait impitoyablement les prophètes protestataires”. Mais Jérémie était une puissance morale avec laquelle il fallait compter, et on ne pouvait espérer s’en débarrasser par une mesure de simple police. Personne n’osait fermer la bouche à l’homme de Dieu.
Cependant ses malédictions passionnées produisaient une vive impression sur les esprits et elles étaient parfois un sujet de grand scandale. Depuis le temps d’Esaïe la croyance en l’inviolabilité de Sion et de son temple était devenue un dogme intangible. Iahvé avait promis par l’organe de ses prophètes que la montagne sainte ne serait jamais profanée par l’ennemi. Or Jérémie n’hésitait pas à annoncer les pires catastrophes : Jérusalem devait être détruite et ses habitants taillés en pièces.
Un jour sur l’ordre de Iahvé il se rendit au topheth de la vallée de Ben-Hinnon et devant les anciens du peuple et les chefs des prêtres il fit entendre de terrifiantes paroles :
« Voici les jours viennent, dit Iahvé,
Où j'anéantirai dans ce lieu le conseil de Juda et de Jérusalem... Et je ferai de cette ville une solitude et un objet de dérision, Et les passants la contempleront avec stupeur,
Ils ricaneront à propos de ses malheurs,
Et je leur ferai manger la chair de leurs fils et de leurs filles, Et ils se mangeront les uns les autres,
Au milieu de l’angoisse et de la détresse
Où les réduiront leurs ennemis... ?
1 Jérémie XXVI, 20 à 23.
2 Jérémie XIX, 6 à 9,