LA PASSION DE JÉRÉMIE
mes de la populace. Il souffre pour accomplir son œuvre.. Il est l’homme de douleurs que le prophète inconnu de l’exil décrira plus tard en traits immortels. Il voudrait se soustraire à sa mission, mais l'inspiration de Iahvé est la plus forte, l’esprit le violente, il faut qu’il parle jusqu’au bout.
Tu m'as persuadé, Ô Iahvé, et je me suis laissé persuader, Tu m'as saisi, tu m’as vaincu !. La parole de Iahvé est pour moi
Une perpétuelle occasion d’opprobre et d’avanie.
J’ai dit : je ne penserai plus à lui,
Je ne veux plus parler en son nom !
Maïs c'était en mon cœur comme un feu brülant,
Enfermé dans mes os.
Je me suis épuisé à le contenir et je n'ai put.
Les autres prophètes ne cessaient d'annoncer la fin de la domination de Babel. Hananiah, fils d’Azzour, allait dans le parvis du temple répétant : « Ainsi a dit Iahvé Sebaoth : Je brise le joug du roi de Babel! » Jérémie luttait de toutes ses forces contre ces dangereuses illusions. Il parcouraïit les rues et les places de Jérusalem avec un joug sur ses épaules en disant : « Pliez votre cou sous le joug du roi de Babel, car je châtierai par l’épée, la famine et la peste la nation qui ne se soumettra pas à lui! » Ur jour Hananiah prit le joug des épaules de son adversaire et le brisa en s’écriant : « Ainsi dans deux années Iahvé brisera le joug de Naboukodorosor, roi de Babel, et l’ôtera du cou
1 Jérémie XX, 7 à 9. Ces paroles ont été placées par le rédacteur postérieur immédiatement après l’épisode de Pashour. Mais il n’y a pas de collection aussi inorganisée que le livre de Jérémie. Il est plus vraisemblable de supposer que ce cri d'angoisse date du temps des grands malheurs sous Sédécias.
de tous les peuples. » La populace applaudit et Jérémie dut s’en aller sous les huées. Mais le lendemain il reparut avec un joug de fer sur ses épaules en s’écriant : « Tu as brisé un joug de bois, et tu auras à sa place un joug de fer. »
Les déportés de Babylone étaient aussi agités que leurs compatriotes de Jérusalem. Des fanatiques entretenaient parmi eux l’esprit de révolte en leur promettant un prompt retour. Jérémie leur écrit une lettre pour les mettre en garde contre ces prophéties mensongères. [Il les exhorte au travail et à la patience :
Bâtissez des maisons et demeurez-y, plantez des jardins et mangezen les fruits. Prenez des femmes, ayez des fils et des filles. Donnez
des femmes à vos fils et mariez vos filles. Multipliez-vous et ne laissez pas votre nombre décroître. Contribuez à la prospérité de
la ville où vous êtes établis et priez Jahvé en sa faveur, car votre prospérité dépend de la sienne. Ne vous laissez pas séduire par les
prophètes qui sont au milieu de vous, ni par vos devins. Ils mentent, je ne les ai pas envoyés, dit Iahvé !? »
Cependant Sédécias cédait aussi à la tentation égyptienne. Il armait en secret et entrait dans la ligue orgaganisée par le Pharaon Apriès avec Tyr, les villes de Phénicie et les Ammonites. L'armée des Chaldéens s’avança de nouveau vers la Syrie. Tyr, Sidon, Jérusalem furent assiégées. Après une courte diversion dans le midi de la Palestine, Apriès abandonna prudemment ses alliés. L’issue de la lutte ne pouvait plus être douteuse. Maïs les partisans de la résistance s’entretenaient dans les illusions les plus insensées. De son côté Jérémie, toujours fidèle à sa ligne de conduite, annonçait avec une clairvoyance et une logique impitoyables la
1 Jérémie XXVII et XXVIII.
2 Jérémie XXIX, 5 à 10.