‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 70 sur 130 · FIAT JUSTITIA · texte numérisé non relu

FIAT JUSTITIA

ruine de la patrie. Cette prédication était plus redoutable que toutes les machines de siège des Chaldéens; «elle débilitait les bras des gens de guerre ». Sédécias qui croyait en Jérémie voulut avoir de lui l’annonce de quelque miracle de Iahvé en faveur de son peuple. Le prophète fut inflexible. Tahvé lui-même allait combattre contre son peuple. Dans sa fureur il allait exterminer tous les habitants de Jérusalem, hommes et bêtes, par la peste et la famine, et ceux qui échapperont, tomberont entre les mains de Naboukodorosor qui les détruira sans merci’.

Jeté en prison par les chefs, Jérémie continua à annoncer ses prédictions sinistres et à exhorter le peuple à se rendre aux Chaldéens. Appelé secrètement auprès du roi, il ne sut lui dire que cet oracle : « Va te rendre aux officiers du roi de Babylone et tu auras la vie sauve ; mais sans cela Jérusalem sera livrée aux flammes et tu tomberas aux mains des Chaldéens !°? »

Pour comprendre un tel état d'âme il faut se défaire des préjugés patriotiques modernes. Et Renan fait preuve d’une étrange sévérité lorsqu'il décrit le grand prophète comme « un fanatique haineux, un possédé de lidée piétiste ». Avec Jérémie on verrait poindre déjà « une sorte d’esprit monacal étranger à toute idée d'honneur militaire. et tenant la lutte contre la fatalité pour de l’orgueil* ».

Nous devons saluer dans les crises d’âme de Jérémie une grande victoire de la conscience religieuse. Au milieu des orages qu’il amassait contre lui et lorsque l'édifice national sombrait dans l’abîme, le prophète a osé affirmer que la pensée de Iahvé s’accomplissait et

1 Jérémie XXI, 3 à 7.

2 Jérémie XXXVIII, 14 à 26.

5 Renan, Hist. d'Israël, tome III, p. 154, 155, 351.

que le peuple recevait le juste salaire de ses péchés. Fiat justitia, pereat patria ! Israël avait üune mission supérieure à la gloire des champs de bataille ou même à l'indépendance politique. Israël devait réaliser la justice de Iahvé.

Au reste, même lorsqu'il annonce la ruine de son peuple et de sa ville, Jérémie est patriote à sa manière. I! croit en Israël et il ne désespère jamais de l'avenir. Pour lui, comme pour les prophètes ses prédécesseurs, le triomphe de la justice de Iahvé est inséparable de la restauration nationale. Au lendemain de la première déportation il annonce le rétablissement de Juda. C’est vers ces exilés dispersés sur les fleuves de Babylone que le prophète ne cesse de regarder. Le peuple demeuré en Palestine est comme une corbeille de mauvaises figues ; il n’est bon qu’à être jeté au rebut. Mais dans la détresse se prépare un peuple nouveau. L’exil est un temps d’épreuve nécessaire à la régénération d'Israël.

Je les regarderai d’un œil favorable et je les ramènerai dans ce pays, je les rétablirai et je ne les détruirai plus, je les planterai et je ne les arracherai plus. Et je leur donnerai un cœur pour me connaître et ils sauront que je suis lahvé. Ils seront mon peuple, je serai

leur Dieu, quand ils seront revenus à moi de tout leur cœur.

À la veille de la ruine, Jérémie dans sa prison reçut de Iahvé l’ordre d'acheter le champ de son cousin Hanaméel, fils de Shalloum. Et devant des témoins, il pesa l'argent, et plaça le contrat d'acquisition dans un vase de terre pour qu’il se conservàt plus longtemps.

Car ainsi parle lahvé Sebaoth, le Dieu d’Israël : On achètera encore des maisons, des champs et des vignes dans ce pays !?

1 Jérémie XXIV, 6-7.

2 Jérémie XXXII, 6 à 15,

Ce tal

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