IAHVÉ DIEU DE LA GUERRE
semblait bon, c’est pour secouer le joug de l’oppresseur ou pour résister à l’invasion de l’ennemi que les Israélites dispersés dans les montagnes de Palestine se levaient et allaient à la bataille au nom de Iahvé.
La guerre est la fonction divine par excellence. fahvé marche à la tête de son peuple comme un vaillant guerrier !.
Jahvé est un puissant guerrier,
Iahvé est son nom,
I1 a lancé dans la mer les chars de Pharaon et son armée, Ta droite Ô Iahvé a manifesté sa puissance,
Ta droite Ô Iahvé a écrasé l’ennemi?,
L’arche sainte était portée dans le combat, elle était le signe de la présence de Iahvé au milieu de ses soldats.
Quand l'arche partait, Moïse disait : « Lève-toi Iahvé et que tes ennemis soient dispersés ! » Et quand elle s’arrêtait il disait : « Reviens Iahvé vers les myriades et les milliers d’Israël* !
C’est Jahvé qui suscite les héros du champ de bataille, Débora, Gédéon, Jephté, Saül, David ; il les remplit de son esprit et il les mène à la victoire. Nul ne peut résister devant Israël lorsque son Dieu combat avec luit.
Nul n’est semblable au Dieu d'Israël.
Devant toi il chasse l’ennemi
Et il dit : « Extermine ! ».…
Qui est comme toi Israël,
Un peuple sauvé par Iahyé,
Le bouclier de ton secours
Et l’épée de ta gloires…..
1 Juges V, 23 ; II Sam. V, 24.
2 Exode XV, 3-6,
# Nombres X, 23.
* Israël signifie : « Dieu combat, »
? Deut. XXXIV, 26-27-29,
Terrible était cette religion de la guerre !. [ahvé est impitoyable. Quand on prononçait le chérem en son nom, c'était la destruction complète de la ville et l’extermination du peuple ennemi. Des maisons, il ne reste pierre sur pierre, et les hommes et les bêtes sont passés au fil de l'épée’. Ce sont là ces Guerres de lahvé;: dont la tradition glorieuse se conserva longtemps en Israël et que racontait l’un des plus vieux écrits de la littérature hébraïque. Iahvé s’y était montré le Dieu vaillant et puissant, le Dieu des armées ‘.
Pourtant Israël n’était pas une race de conquérants et de destructeurs, mais plutôt un peuple pacifique ; beaucoup plus épris des joies douces et calmes de la vie agricole que des féroces exploits du champ de bataille.
Ils se reposeront à l’ombre de leur vigne et de leur figuier, Sans que personne vienne les troubleré.
C’est pourquoi le dieu des hordes guerrières du désert s’est attaché à la terre fertile de Canaan, « le pays où coulent le lait et le miel ». Il est devenu le dieu des
1 Cétait l’enthousiasme féroce d’un peuple jeune et fort : « Voici un peuple qui se lève comme une lionne, Et qui se dresse comme un lion ; Il ne se couche point qu’il n’ait dévoré sa proie Et qu’il n'ait bu le sang de ses victimes. »
Nombres XXIII, 24.
2 Josué VI, 24; VIII, 26 ; I Samuel XV.
5 Exode XVII, 16 ; Nombres XXI, 14 ; 1 Sam. XVIII, 17 : XXV, 28 ; XXX, 26.
* Le sens de cette expression est discuté. Il n’est pas certain qu’elle ait signifié primitivement le dieu des armées célestes, des étoiles. Jahvé Sebaoth est plutôt le Dieu des armées d'Israël qui conduit son peuple au combai. Conf. I Sam. XVII, 45.
5 Ce n’est que poussé par la nécessité ou pour s’affranchir de la domination étrangère, qu’'Israël s’est fait guerrier,
6 Michée IV, 4.
IAHVÉ LE PROTECTEUR ET L’AMi DE SON PEUPLE 33
. champs. Comme les Baalim qu'il a subjugués, il assure la fertilité au sol, il envoie la pluie du ciel, il veille sur la prospérité du troupeau, il donne à son peuple l’abondance. L’agriculteur et l'artisan tiennent de lui leur habileté. Les belles récoltes, les moissons abondantes, les fruits de la vigne et de l'olivier sont une manifestation de sa bienveillance ‘.
C’est dans tous les événements de la vie que Iahvé
veille sur les enfants de son peuple. Partout où les destinées d'Israël sont en jeu, il intervient, prenant toujours le parti de ses adorateurs et les faisant triompher per fas et nefas. Son action se fait sentir dans la vie des grands et dans la vie des humbles. Il rend la fécondité à la femme stérile, il dirige Eliézer vers Rébecca, il montre son chemin à lesclave égarée, il veille sur les affaires de Jacob, il assure les succès de David. Dans les moments de crise, il inspire les gestes décisifs qui libèreront son peuple, il envoie Moïse vers Pharaon, il donne ordre à Samuel d'établir un roi sur Israël.
Avant tout, Iahvé est le garant de l’ordre social et le Dieu du jugement?. C’est en son nom que les anciens, les chefs de famille, les nobles et les rois rendent la justice :. C’est Iahvé qui préside aux contrats, son nom est invoqué dans les serments: C’est par l’ordre de
1 [saac bénit Jacob en disant : « Oui, l’odeur de mon fils est comme l’odeur d’un champ qu’a béni Iahvé.
Que Dieu te donne de la rosée du ciel Et de la graisse de la terre, Et abondance de froment et de vin. »
Genèse XXVII, 27-28.
Conf. Osée II, 23-24.
? Voir la belle étude de Smend Jahve’s Richten dans Lehrbuch der alttestamentlichen Religionsgeschichte. Leipzig, 1893, p. 99 à 109. 3 Nombres XI, 16-17.
Genèse XXXI, 49-54 ; I Sam, XX, 42: II. Sam, XXI; 1-3.
34 * CHAPITRE PREMIER. — LE IAHVISME POPULAIRE , k
lahvé que la loi est proclamée. Et malheur à qui la viole : Iahvé lui-même le châtiera. Le meurtrier doit être égorgé devant son autel'. Le sang versé ne peut être vengé que par le sang, même s’il le faut par le sang innocent.
Jahvé prend soin des membres faibles du peuple, du pauvre, de l’orphelin et de la veuve, et il les défend contre la brutalité des forts ?. La plainte de l’opprimé monte jusqu’à lui, et les oppresseurs iniques sont chàtiés.
En tout cela, il s’agit de conservation sociale beaucoup plus que de morale pure. La justice de Iahvé ne regarde pas à l’intention, mais aux conséquences nationales de l'acte mauvais. Son châtiment est suspendu sur toute faute qui menace la sécurité d'Israël.
La manière dont ce châtiment est exercé nous paraît assez étrange et capricieuse. Tantôt la colère de Iahvé s’enflamme violente et irrésistible, alors l’acte justicier est immédiat ; Dieu frappe sans pitié, il extermine les rebelles . Tantôt Iahvé temporise et même il endurcit les hommes dans leur péché pour les punir ensuite avec plus de sévérité’. Par moments, il semble avoir oublié la faute et ne plus se soucier des coupables. Il faut que les opprimés l’appellent à leur secours.
Dieu des vengeances, lahvé, Jusques à quand !...5
1 Genèse IV, 10 ; XLII, 22 ; Exode XXI, 14.
2 Exode XXII, 21-27.
3 Pharaon et Abimélek sont frappés quoique innocents. Genèse XII, 10-20 et XX. D’autre part Jacob, malgré ses fautes, est favorisé par Iahvé qui prend son parti et le fait arriver.
4 Nombres XVI, 45 ; XXI, 6 ; Josué VII, 1 ; I Sam. XXV, 39.
5 Il endurcit le cœur de Pharaon. Ex. IX, 12. Il excite David et le fait pécher. II Sam. XXIV, 1.
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