‹ Les Prophètes d'Israel et les religions de l'OrientChapitre 72 sur 130 · RELIGION INDIVIDUALISTE · texte numérisé non relu

RELIGION INDIVIDUALISTE

Mais le Messie n’est pas essentiel à la cité de l’avenir. C’est par le bras de Iahvé et non par les victoires du roi terrestre que Juda sera relevé.

La restauration nationale n’est pas le but unique. Avec Jérémie et la prophétie du vue siècle, un nouvel élément apparaît dans le iahvisme : l’individualisme religieux.

Nous avons vu comment dans l’ancienne religion le simple membre du peuple restait à l’arrière-plan. Iahvé et Israël, il n’y a pas d’autre terme. Tout pour la nation. La prédication des prophètes était d’abord restée enfermée dans ce cadre. Amos, Osée, Esaïe sont collectivistes. Quand ils parlent de péché, de conversion, de salut, ils donnent à ces mots une toute autre portée que nous. Il s’agit pour eux de péché social, de conversion sociale et de salut social.

Cette conception avait sa force et sa vérité. Elle comprenait beaucoup mieux que la piété juive et chrétienne la loi de solidarité. L’individu ne peut séparer sa destinée de la destinée de son milieu. Il se perd en le laissant perdre, il ne se sauve qu’en le sauvant. Les hommes de Dieu ne prennent pas leur parti des immoralités et des injustices. Ils sont les messagers de lavenir qui viennent préparer le royaume messianique et le salut d'Israël.

Et maintenant l'effort des prophètes s’est brisé im-

1 C’était une attitude héroïque. Comme l’a dit Wellhausen « Il suffit que le peuple vive éternellement. Sur lindividu passe la roue de l’histoire ; pour lui, il ne reste que le sacrifice, mais point d’espérance. Sa seule récompense est dans la prospérité de la nation. » Israel. und jüd. Geschichte, p. 107-108.

Elie, Osée, Esaïe, Michée, ont eux aussi pressenti un aspect plus individuel de la religion. Mais jusqu’à l’exil, la prophétie était avant tout une prophétie politique et s’adressait nécessairement au peuple considéré dans son ensemble.

puissant contre la dureté de la nation infidèle. Les appels à la repentance ont retenti en vain. Et Juda a reçu le salaire de ses crimes. Il a disparu du nombre des peuples. Mais Iahvé reste ; il n’abandonnera pas son juste serviteur.

Avec Jérémie, la valeur absolue de l'individu est affirmée. Dieu est l'ami de l’âme humaine ; il connaît les siens, il est avec eux.

Et toi, Ô Iahvé tu me connais, Tu me vois, tu m'as sondé, et mon cœur est avec toi‘

L’innocent ne sera plus frappé avec le coupable. Un Barouk et un Ebed-mélek ne succomberont pas dans la catastrophe”. Les enfants ne seront plus punis à cause des crimes de leurs pères, mais chacun portera la peine de son péché.

En ces jours-là on ne dira plus :

Les pères ont mangé des raisins verts,

Et les dents des enfants en ont été agacées, Mais chacun mourra pour son iniquité*,

La religion s’intériorise. [lahvé est près du cœur de chacun des siens. Il n’est plus besoin d’intermédiaires entre l’âme et Dieu. Les institutions religieuses : loi, culte du temple, sont maintenant inutiles. C’est une alliance nouvelle plus spirituelle que la première.

Voici, les jours viennent, dit Iahvé, Où je traiterai avec la maison d'Israël et la maison de Juda Une alliance nouvelle,

1 Jérémie XII, 3.

? Jérémie XLV, 5 ; XXXIX, 18.

# Jérémie XXXI, 29-30.

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